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« Inscrire la politique de santé mentale dans le long terme »

A l’automne dernier était institué un Conseil national de santé mentale. Interview de son président Alain Ehrenberg, sociologue et directeur de recherche au CNRS, connu pour ses travaux sur la dépression.

Quelle est la raison d’être, la vocation, de ce Conseil national de santé mentale ? Où en est sa mise en place ?

Sa création résulte de la décision de passer d’une politique par plans successifs à une politique à long terme. Le Conseil est à la fois une instance de concertation, qui regroupe à peu près l’ensemble des acteurs, professionnels, usagers et familles, et une instance consultative d’expertise et de stratégie pour l’action publique. Son rôle est de faciliter la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation de la loi, de donner des avis sur les sujets dont il sera saisi ou dont il se saisira, mais également d’alimenter la réflexion des pouvoirs publics à moyen et long terme.

Depuis son installation en octobre dernier, nous avons élaboré le cadre et les méthodes de travail en vue d’articuler les questions de court terme et celles de moyen et long terme. L’enjeu est que le Conseil soit reconnu à terme comme une autorité morale.

Quelles sont les priorités en termes de politique de santé mentale ?

Tous les rapports publiés depuis une quinzaine d’années soulignent les ruptures de parcours entre le sanitaire, le médicosocial et le social. La priorité est donc de les réduire.

Vous êtes sociologue à la tête de cette instance. Quel est l’apport d’un regard sociologique sur les problématiques de troubles psychiques ?

Les problèmes regroupés par la santé mentale sont des plus hétérogènes, ils vont des schizophrénies au « malaise dans la société » et au « bien-être », et les limites du domaine sont incertaines, pensez aux conflits sur l’autisme. Il faut un cadre de pensée sociologique pour comprendre en quoi ces problèmes sont devenus, au-delà des pathologies psychiatriques, des soucis transversaux à toute la société. Pensez au phénomène de la souffrance au travail. Nous avons affaire à une nouvelle situation de la souffrance psychique. Elle est l’expression des changements dans nos manières d’agir en société qui se sont instituées à partir des années 1970 : valorisation forte de la liberté de choix, de l’initiative individuelle, de l’innovation et de la créativité, de la transformation de soi, etc…Tous ces idéaux placent l’accent sur l’autonomie individuelle et la capacité à agir de l’individu. Ils impliquent un autocontrôle émotionnel plus exigeant. Cette exigence est la source de nombreuses difficultés personnelles.

Recueilli par Cyril Douillet, ombresetlumiere.fr – 16 mars 2017

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