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    Avec 12 Jours, Raymond Depardon nous livre un documentaire poignant sur les personnes hospitalisées sans leur consentement en psychiatr

Rares sont les occasions au cinéma d’écouter la souffrance et la vérité des patients en psychiatrie. Raymond Depardon nous permet d’en faire l’expérience. © 12 Jours - Palmeraie et désert

Rares sont les occasions au cinéma d’écouter la souffrance et la vérité des patients en psychiatrie. Raymond Depardon nous permet d’en faire l’expérience. © 12 Jours - Palmeraie et désert

12 Jours

Avec 12 Jours, Raymond Depardon nous livre un documentaire poignant sur les personnes hospitalisées sans leur consentement en psychiatrie. Il nous plonge au cœur de questions existentielles et éthiques.

L’histoire

Selon les dernières statistiques de l’IRDES, en France en 2015 plus de 92000 personnes, âgées de 16 ans et plus, ont été prises en charge sans leur consentement en psychiatrie. Un chiffre en hausse depuis la loi du 27 septembre 2013 qui impose que ces personnes soient présentées à un juge des libertés et de la détention avant 12 jours puis tous les six mois si nécessaire. Pour la première fois, Raymond Depardon et Claude Nougaret ont filmé ces audiences publiques à l’hôpital du Vinatier, à Lyon. Elles y sont assurées par quatre juges des libertés et concernent des patients issus de différents services d’hospitalisation et d’une Unité pour les malades difficiles (UMD), jugés irresponsables de leurs actes. Les documentaristes ont filmé pendant sept semaines 72 audiences. Ils ont choisi de présenter celles de 10 patients.

L’avis d’O&L

Après plusieurs documentaires sur la psychiatrie (San Clemente, Urgences) et sur la justice (Délits flagrants, 10ème chambre), Raymond Depardon filme la rencontre de ces deux mondes. Dans une salle du centre hospitalier se retrouvent face à face un patient accompagné d’un avocat, et un juge des libertés. En arrière-plan, un infirmier ; le psychiatre qui soigne le patient n’est pas autorisé à être présent pour le laisser libre de parler des conditions de son hospitalisation. Qu’est-ce qu’être libre quand on est atteint de troubles psychiques et que l’on fait l’objet d’une hospitalisation d’office ou à la demande d’un tiers ? Un magistrat est-il à même de juger à partir d’avis médicaux motivés par un ou plusieurs psychiatres, et de l’écoute du patient, si ce dernier peut bénéficier d’une remise en liberté ou doit être soigné contre son gré pour le protéger ? Sans donner de réponse, Raymond Depardon montre l’impuissance et la fragilité auxquelles la maladie psychique confronte tous ceux qui la côtoient. Dans la salle d’audience, usant de trois caméras – une pour le patient, une deuxième pour le juge et une troisième pour un plan général de la scène – le réalisateur met à égalité chacun des interlocuteurs dans un dialogue qui relève parfois de l’absurde quand par exemple le magistrat se retranche derrière la procédure et un jargon juridique. « Pourquoi me parlez-vous de collège ? Je ne suis plus à l’école ! », rétorque ainsi un patient à la juge qui lui dit qu’un collège de médecins a émis un avis défavorable à sa sortie d’hôpital... Au fil des audiences, on sourit parfois, on frémit à d’autres devant le déni de la maladie, on est surtout saisi par ces vies meurtries – « J’suis fou, j’ai la folie d’un être humain », lâche, désespéré un jeune homme.

Rares sont les occasions au cinéma d’écouter la souffrance et la vérité des patients en psychiatrie. Raymond Depardon nous permet d’en faire l’expérience avec un regard qui a l’art de mettre de la poésie dans des lieux qui font peur : les plans larges montrant les couloirs et la cour de l’hôpital sont à la fois sobres et beaux. La composition musicale d’Alexandre Desplat ajoute une note d’intériorité. Un film fort, qui interroge chacun sur les notions de liberté, de responsabilité, et sur la place des personnes en souffrance psychique dans notre société.

Florence Chatel, ombresetlumiere.fr - 27 novembre 2017

Documentaire de Raymond Depardon, produit par Claudine Nougaret, 1h27. Sortie en salle le 29 novembre 2017.

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