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Nicolas et Clotilde Noël à Lourdes au printemps dernier avec leurs deux filles lors de la célébration où elles ont reçu l'onction des malades. © D.R.

Nicolas et Clotilde Noël à Lourdes au printemps dernier avec leurs deux filles lors de la célébration où elles ont reçu l'onction des malades. © D.R.

Accueillir Marie dans nos vies

Clotilde Noël est mère de huit enfants et l’auteur de deux livres, "Tombée du nid" (éditions Pocket) et "Petit à petit" (Salvator), où elle raconte l’adoption de Marie, cette petite fille atteinte de trisomie 21. Depuis, elle et son mari ont adopté Marie-Garance, qui souffre d’un handicap cérébral. Leur venue à Lourdes en famille, ce printemps, fut pour Clotilde un moment de grâces.

C’est une amie, Marie-Axelle Clermont maman du petit Gaspard (entre Terre et Ciel), qui nous a offert ce cadeau d’un pèlerinage à Lourdes avec l’ordre de Malte. Elle nous l’a proposé sans savoir que nous avions ressenti une très forte émotion en apprenant que notre deuxième petite fille adoptée s’appelait aussi Marie.

Nous ne connaissions pas le Sanctuaire. Avant de partir, nous nous sommes forcés à ne pas avoir d’attente, pour ne pas être déçus d’une part, et pour nous abandonner. Nous appréhendions un peu la foule, l’organisation etc. J’ai même douté, me demandant si nous avions raison de faire ce voyage. Finalement, nous sommes partis en nous disant que nous n’avions rien à perdre mais tout à y gagner.

L’ordre de Malte nous était inconnu également. Avec eux, tout a été très simple. Dès le départ dans le train, il y avait une grande émotion et une vraie joie de voir ceux qui étaient là, les malades comme les aidants. Il y avait une ambiance incroyable, tout le monde se disait bonjour, les gens en uniforme étaient rayonnants, ce n’était pas du tout plombant. Nos enfants ont tout de suite été pris en charge avec d’autres jeunes. Tout était serein, simple, on se laissait porter… On se disait aussi que c’était bien de le vivre en famille, pour que les grands voient qu’il y a des gens qui se mettent au service des plus fragiles en y consacrant leur vie pour certains, pour qu’ils aient un échange aussi avec d’autres familles de malades.

Se laisser faire

Un moment fort de notre venue au Sanctuaire a été le chemin de croix sur la colline, avec Marie-Garance et trois autres enfants malades. Ce fut une occasion de rencontrer d’autres familles et de pouvoir partager avec elles, échanger et rire aussi, sans aucun vernis. J’ai été marquée par ce chemin de croix à taille humaine, qui donnait l’impression d’y être. La station où le Christ tombe et se retrouve vraiment sous sa croix m’a bouleversée, cela m’a fait penser à tous les moments où j’ai cru ne jamais pouvoir me relever devant les difficultés… Et je me suis dit intérieurement : « accepte aussi tes faiblesses. » En voyant la Vierge au pied de la croix, s’est exprimé en moi le désir de mêler mon cœur au sien. Elle a mis au monde un enfant qui ne lui appartient pas, tout comme nos enfants ne nous appartiennent pas, elle non plus n’a pas choisi le prénom de Jésus. Et là devant la croix, elle a vu son enfant rejeté, mort avant elle. A cause de leur maladie, nos Marie aussi nous quitteront peut-être plus tôt. En fin de compte, et sans pour autant comparer ma situation à la sienne, je me sens plus proche de la Sainte Vierge, elle me comprend mieux que personne. Nos deux filles étaient déjà dans son cœur bien avant d’être dans le nôtre.

Après cela, il y a eu les piscines, à 8h du matin. Moi qui ne connaissais pas, je me suis laissée faire par ceux qui savaient. Je suis allée d’abord dans la piscine avec Marie-Garance contre moi, puis avec Marie, et seule ensuite. C’était une renaissance avec la Vierge Marie. Je n’avais jamais eu de dévotion mariale, je priais surtout le Christ… Nous avons eu une sorte de conversion avec les adoptions. Avec elles, j’ai pris conscience que je pouvais accepter que Marie me regarde avec douceur. « Il faut te laisser aimer par elle », me suis-je dit.

Remercier

Un jour, pendant l’organisation de ce voyage, Nicolas mon mari m’a demandé si, devant la Vierge à la Grotte, j’allais prier pour que nos deux Marie guérissent. Et bien non, nous n’y allions pas d’abord pour demander quelque chose, mais pour remercier. Il y avait pour nous une évidence d’être là. Nous avons fait la démarche du sacrement des malades pour nos filles, mais c’était pour demander aussi la guérison des cœurs, pour dire au Seigneur : « que Ta volonté soit faite. » Que notre fille marche un jour, ou ne marche pas, nous l’acceptons. Nous voulons que nos filles soient heureuses ; que ce soit en fauteuil ou pas : ça c’est le Christ qui sait. Ainsi, nous nous arrêtions cinq jours pour nous abandonner à Sa volonté, pour dire merci. Car c’est important de prendre le temps de regarder ce qui a mûri sur le chemin, et ce que l’on est devenu aujourd’hui.

Ce fut un temps fort en couple aussi, un temps où nous avons lâché l’organisation, ce qui nous a permis d’écouter comment vivaient les autres parents, ceux qui ne l’avaient pas choisi. Les relations humaines étaient très simples, nous étions sur la même longueur d’onde avec les autres pèlerins. Ce n’était pas austère, il y avait beaucoup de rires, de beaux témoignages. Finalement nous nous sommes laissés porter, grâce aux deux Marie, pour dire au Seigneur « Fais de moi ce que Tu veux».

Clotilde Noël (recueilli par Caroline Bauchet), ombresetlumiere.fr – 1er juillet 2017

Allez sur la page Facebook Tombée du nid.

Lire le dossier sur « Lourdes, source de consolation » : Ombres et Lumière n°218

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