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Madeleine et Michel Pilon au Mans. © Sabine de Rozières

Madeleine et Michel Pilon au Mans. © Sabine de Rozières

Appelés à servir

Infirme moteur cérébral, en fauteuil roulant, Michel Pilon est diacre permanent du diocèse du Mans et marié depuis 40 ans à Madeleine. Itinéraire d’un couple atypique.

"C’est en tombant de vélo, quand j’avais 16 ans, que j’ai entendu l’appel du Christ", raconte Madeleine. Le message qu’elle entend à cet instant précis est clair et net : "La vie que tu engages ce n’est pas ta vie. Laisse ce que tu vis de côté et mets-toi à mon service". Elle est en seconde et ne voit pas bien où ça la mènera. Un jour, on lui propose d’encadrer une colonie de vacances pour enfants malades pendant trois semaines au cours de l’été. Suite à cette expérience décisive, elle souhaite devenir éducatrice spécialisée. Bac en poche, Madeleine part étudier à Tours. En deuxième année elle est envoyée faire un stage dans l’Indre, à Valençay.
Un mois après son arrivée, débarque Michel. Un jeune homme hors cadre, toujours à faire mille choses malgré son handicap très lourd. "Ce n’était plus moi qui dirigeait ma vie, mais le Christ". Michel a 24 ans et vient à Valençay pour un an, avec le projet bien précis de se former pour apprendre à taper à la machine, et avec en tête le projet d’ouvrir une usine pour personnes handicapées. Madeleine l’assure : "Quand je l’ai vu c’était limpide, je me suis dit, c’était pour ça l’appel !".

 

Des premiers temps difficiles
Pour correspondre, ils s’envoient des cassettes qu’ils enregistrent, "pour éviter qu’on lui lise mes lettres", raconte Madeleine. Ça a duré 18 mois. "Quand j’ai dit à mes parents que j’étais amoureux ils ne m’ont pas cru, se souvient Michel, ils ont essayé de me raisonner mais voyant que c’était peine perdu, ils m’ont laissé faire".
Mariés en 1973, aujourd’hui leurs trois enfants sont grands et ils ont six petits-enfants dont les deux derniers ont été baptisés par Michel.
Du côté de Madeleine, ça n’a pas été aussi simple. "Ma famille n’a pas du tout accepté, ça a été un niet catégorique. Ça s’est vraiment décanté à la profession de foi de notre fils aîné Benoît car il priait tout le temps pour que ses grands-parents soient là, lorsque Michel leur a demandé,  ils n’ont pas osé dire non. C’est comme ça que le contact s’est renoué." Au quotidien leurs relations ont fini par s’apaiser et redevenir normales, mais il aura fallu près de 15 ans.

 

Savoir prendre le temps de la rencontre est essentiel
Du temps, il en aura fallu aussi entre la première évocation du diaconat avec un prêtre et l’ordination : vingt ans. Pour Michel, il y a trop de méconnaissance de la part des prêtres par rapport au handicap : "Heureusement qu’on est solide dans notre foi pour d’autres raisons. Sinon on aurait tout rejeté."
Comment exercer un ministère diaconal avec des bras et des mains non coordonnés, qui font le contraire de ce qu’on leur demande, une élocution très difficile et des gestes brusques ? Sans compter qu’à Sillé-le-Guillaume où le ménage réside, l’église n’est même pas accessible aux fauteuils roulants. Et pourtant ça marche ! Pour Madeleine, "Michel a été ordonné pour rappeler que le diacre n’est pas quelqu’un qui fait, mais quelqu’un qui est une présence, c’est un témoin du Christ serviteur. Les collègues diacres nous disent que la présence de Michel parmi eux les fait réfléchir sur leur mission". Et les paroissiens apprennent à le connaître par le biais de ses homélies, lues à l’ambon par un membre de l’équipe paroissiale. Ils viennent à lui beaucoup plus facilement maintenant. Avec Michel plus que quiconque, il faut prendre du temps pour la rencontre. 

A la question de savoir s’il a fallu du courage pour entamer cette vie peu commune, aujourd’hui Madeleine répond illico : "Non ce n’est pas du courage, je suis tombée amoureuse de Michel et je ne me suis pas posée toutes ces questions". Elle est devenue Directrice de la maison d'accueil spécialisé (MAS) Les Collines à Sillé-le-Guillaume et aumônier de la maison de retraite. "Pour les personnes handicapées c’est important que Michel soit diacre, c’est un vrai signe que le Christ n’abandonne personne". 

 

Sabine de Rozières - ol.ombresetlumiere.fr

 

Voir également la vidéo réalisé par KTO : "L'amour plus fort que le handicap".

  

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