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© David De Lossy / Thinkstock

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Apprenons ensemble à prier

Et si nous relancions la prière en famille ? Le Père Bissonnier (1911-2004), pionnier de la catéchèse spécialisée, avait publié en 1979 ce texte sur l'éducation à la prière. Extraits.

Prier, pour l'enfant comme pour nous, c'est se savoir aimé, et riche de cet amour, répondre par notre propre amour. Cet échange d'amour entre Dieu et nous constitue le fondement même de la prière. Avant donc d'apprendre des prières à l'enfant, ce qui n'est pas un mal en soi, apprenons à le prier, à entrer en relation avec Lui. Bien sûr, des paroles toutes simples, toutes courtes, pourront aider l'enfant à entrer dans cette relation d'Amour, des "petits mots doux", comme : "Seigneur, tu m'aimes… Moi aussi… je t'aime… Je voudrais t'aimer plus…T'aimer mieux… Apprends-moi, Seigneur… " Certains enfants, même très handicapés, peuvent trouver d'eux-mêmes quelque chose à dire, si nous leur en laissons la possibilité et si nous les stimulons discrètement :"As-tu envie de dire quelque chose au Seigneur ? Un petit mot ? Celui que tu veux." Et nous, à notre tour, de répéter après lui. Nous serons parfois émerveillés de ce que l'enfant dira et nous fera dire. Entre temps, laisser des silences. L'enfant handicapé pourrait bien d'ailleurs être de ce point de vue aussi, notre maître. N'abusons-nous pas des mots ? Faisons-nous assez de place à l'Esprit afin qu'il puisse lui-même prier en nous ? On peut aussi prier "symboliquement" avec le langage du corps. Un simple geste des mains, un simple mouvement du corps, parfois l'inclination de ce corps tout entier, pourront être plus significatifs pour l'enfant, que bien des mots dont le sens lui échappe.

S'il te plaît, merci

De même, n'hésitons pas à orienter l'enfant handicapé vers la prière gratuite, désintéressée, la prière d'amour, d'adoration, de louange ! Evitons en revanche l'abus de demandes : "Pour papa, pour maman, pour le petit frère, pour être bien obéissant, pour qu'il fasse beau demain…" Elles ne sont pas mauvaises, bien sûr, ces prières. Elles sont une manifestation de ma foi en l'Amour du Seigneur. Mais qu'elles viennent après cette prise de conscience que je suis aimé et que Dieu notre Père attend de moi que je l'aime, comme Jésus, avec Jésus, avec l'Esprit d'amour de Jésus. Quant à la prière de remerciement, elle peut, elle aussi, être magnifique de gratuité, mais le risque est qu'elle se restreigne à rendre grâce pour des biens matériels et aussi qu'elle devienne pour l'enfant une sorte de corvée, comme dire merci à la dame qui a donné un bonbon. Pour éviter cela, qu'on ne remercie pas seulement pour ce qui est bon, mais pour ce qui est beau et que l'enfant lui-même trouve de quoi il veut dire merci. Nous serons souvent étonnés en découvrant quels sont les sujets d'action de grâces qui viennent spontanément au cœur des enfants, même des plus atteints. Comme aussi de leur fidélité, dans la prière de demande, à prier pour des personnes que nous avions, nous, oubliées depuis longtemps. Et puis et surtout, que puisse être évoqué dans la prière, tout ce qui passe par la tête et par le cœur d'un enfant. Ne nous étonnons pas s'il prie pour tel personnage qui à nous, ne nous plaît guère. Ne soyons même pas surpris s'il prie pour un bon chien malade ou pour une plante qui n'a pas encore fleuri. Tout ne peut-il être dit à un Dieu qui est notre Père ?

Un jaillissement du cœur

Si nous avons à être, nous, parents, de ceux qui apprennent à l'enfant à prier, c'est peut-être bien de lui que nous apprendrons à le faire plus simplement, ce qui sera un progrès par rapport à notre prière d'adulte parfois si rationnelle, si encombrée de nous-mêmes et de tous nos soucis. Nous découvrirons aussi comment le faire plus profondément au contact de cette prière jaillie du cœur de l'enfant handicapé, de sa détresse parfois, de son immense besoin d'être pris en considération, d'être aimé pour ce qu'il est et de donner sa propre mesure. En communiant à cette requête, à cette générosité, notre prière à nous pourra progresser vers plus de vérité, d'intensité, retrouver peut-être un élan nouveau, une sève nouvelle. "Je te bénis, Père, Seigneur du Ciel et de la Terre, d'avoir caché cela aux sages et aux habiles et de l'avoir révélé aux tout-petits." Puissions-nous faire écho à cette exclamation de Jésus dans notre propre prière !

Henri Bissonnier

Ombres et Lumière n°146

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