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Bipolaire, ma vie de foi est un combat

Pauline est atteinte de troubles bipolaires. En communauté depuis dix-huit ans, elle nous parle de sa vie de foi.

La prière communautaire est un grand soutien. En effet, quand tout devient difficile et demande un effort, il y a au moins un rythme, des rendez-vous fixés. Mais ma vie de prière n'est pas toujours facile. Le silence rend parfois l'angoisse insupportable et j'ai bien du mal à rester à la chapelle. Le trésor pour moi est La Prière du Temps Présent : les Psaumes expriment toutes sortes de sentiments, de la louange (j’y arrive peu !) à la révolte, en passant par la plainte et l’angoisse. "J'ai en partage des nuits de souffrance. Etendu sur ma couche, je me dis : "A quand le jour ?" Sitôt levé : "Quand serai-je au soir ?" Et des pensées folles m'obsèdent jusqu'au crépuscule" Job 7, 2. Ces auteurs me permettent de crier vers le Seigneur sans me sentir étrangère ou de prier au nom de ceux qui sont habités par ces sentiments quand je suis dans une période plus sereine. Je ne suis pas seule à porter cette maladie; la communauté la porte avec moi. C'est un soutien discret, je n'étale pas mes états d'âme (ce qui serait dangereux pour l'équilibre de la communauté) mais je me sens comme le paralytique déposé par quatre hommes aux pieds de Jésus (Marc 2,1-12). L’accompagnement par une Sœur de la communauté (sans oublier évidemment l’aide du médecin et du prêtre) : pouvoir dire ma souffrance, avoir un regard autre pour relativiser parfois, encourager souvent, être là simplement avec moi. Quand je ne sais plus où je vais ni pourquoi, il importe de me laisser guider, de vivre une certaine obéissance, salvatrice.

Ce qui m'aide beaucoup aussi est d'avoir à faire bonne figure devant les autres, ça me force à m'intéresser à eux, à me décentrer. Mais il y a des jours, surtout dans la dépression, où l'effort est trop important, où la fuite des autres prend le dessus. Au début de ma maladie, je voulais absolument guérir. Maintenant je sais que je suis malade et qu'il me faut consentir à cette réalité. Mais c'est toujours à refaire ! Ma vie spirituelle est une lutte permanente entre une part de moi qui voudrait s'abandonner à Dieu dans la confiance, car je sais que son amour est là en permanence quels que soient mon humeur et mon état d’âme, et l'autre qui souffre et voudrait abandonner la lutte ou la relation avec Lui, quand la mort seule semble pouvoir arrêter la souffrance. Il me faut chercher à donner un sens à ma vie telle qu'elle est aujourd'hui (et non pas à la souffrance en elle-même) : voir par exemple les autres se dépenser à fond dans nos missions d’évangélisation et moi être épuisée sans rien faire est décourageant ; mais lorsque je l'accepte avec humilité, je suis sûre qu'il y a une fécondité.

Pauline

Pour aller plus loin, voir Ombres et Lumière n° 170 sur les personnes bipolaires

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