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Jean-Yves Tual, président du Festival, et Pascal Duquenne, membre du Jury, entourent le producteur de My feral heart, prix de la meilleure fiction. © DR

Jean-Yves Tual, président du Festival, et Pascal Duquenne, membre du Jury, entourent le producteur de My feral heart, prix de la meilleure fiction. © DR

Cannes : l’autre festival du film

Lieu emblématique du cinéma, Cannes accueillait du 15 au 20 septembre la seconde édition du Festival International du Film sur le Handicap. Cyril Douillet était présent à cette manifestation culturelle au ton différent.

Espace Miramar, sur la célèbre Croisette. C’est là que se déroule en mai la Semaine de la Critique du festival de Cannes. Mais l’arrière-saison y est aussi belle, avec, dorénavant le Festival International du Film sur le Handicap (FIFH): du 15 au 20 septembre, courts et longs métrage venus de tous les pays, abordant tout type de handicap, s’y sont succédé, autour du thème : « Personne n’est parfait » (Nobody’s perfect), citation du célèbre classique Certains l’aiment chaud. Acteurs, réalisateurs, producteurs, se sont relayés pour présenter leurs films ; le grand public, un peu moins, à la déception des responsables.

A l’écran comme dans la salle, pourtant, on ne s’ennuyait pas. A l’écran d’abord. On a été heureux de constater que les films primés mettent en scène des acteurs réellement handicapés, ce qui n’est pas si fréquent : que ce soit le formidable court métrage de fiction, Just go (Lettonie), l’histoire d’une course poursuite entre un jeune homme amputé des jambes et deux voleurs à la tire ; ou le long métrage de fiction, My feral heart (Grande-Bretagne), où un adulte trisomique tient le premier rôle, celui de Luke, un homme qui vient de perdre sa maman avec qui il vivait, et qui doit, à quarante ans, recommencer une nouvelle vie en institution. Un film sensible, qui sonne juste, malgré quelques imperfections. Trisomie toujours, avec le prix de la sélection décalée « Troisième ange » : le court métrage Down Side Up met le monde à l’envers ; dans un monde où tous sont trisomiques, un couple met au monde un enfant « normal »…Dérangeante mais percutante ode à la différence. Evitant l’écueil de la cinéphilie désincarnée comme celui des bons sentiments, le Festival a su trouver le bon ton.

D’autant qu’au FIFH, la réalité dépasse la fiction : la rencontre était dans la salle. Grâce à Thomas, jeune homme infirme moteur cérébral, chargé de mission au festival, qui n’a pas ménagé ses efforts pour présenter, tout au long des cinq jours, les courts métrages. Grâce à Pascal Duquenne, membre éminent du jury, de retour à Cannes 20 ans après le prix d’interprétation pour Le Huitième jour, chic et très en forme. Grâce à Jean-Yves Tual, comédien et réalisateur de petite taille, président de la manifestation, qui confie : « Notre bonheur, c’est de vous rencontrer, vous ». Grâce à Arnaud, personne touchée par des troubles psychiques du CATTP (Centre d'activité thérapeutique à temps partiel) de Vitry-sur-Seine, qui est filmé dans le court métrage Notre histoire, venu à Cannes en compagnie du réalisateur pour toute la durée du Festival… Grâce aux ESAT de Paris et de Marseille, venus participer… Au dernier soir, il était touchant de voir les adieux du comédien Abel Safri (La Passion du Christ, Timbuktu), membre du jury, ignorant tout du handicap auparavant, à une personne en fauteuil, Jérôme, rencontrée à l’occasion, comme s’ils se connaissaient depuis toujours…

Cyril Douillet, ombresetlumiere.fr – 28 septembre 2017

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