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Christelle, infirme…ière

Ses jambes raidies par la maladie empêchent Christelle Solecki de se déplacer facilement. Mais pas d’être aux petits soins pour les enfants polyhandicapés dont elle est l’infirmière.

Il est seize heures et comme chaque jour de semaine, un étrange ballet est donné à voir dans la cour du centre Saint-Jean-de-Dieu, dans le quinzième arrondissement de Paris. Les fauteuils roulants s’entrecroisent, tournent sur eux-mêmes, disparaissent dans les Renault Trafic aménagés pour les recevoir. Le bâtiment flambant neuf de l’unité spécialisée pour enfants polyhandicapés (USEP) se vide. Ne reste plus qu’une silhouette, si petite dans l’immense hall, à la démarche chancelante. Va-t-elle tomber ? Appuyée sur une canne, Christelle Solecki affiche le sourire et l’assurance qui démentent son physique : non, elle n’est pas fragile. Ici, elle n’est pas patiente, mais infirmière.

Elle en rêvait depuis l’âge de huit ans. Depuis, en fait, que s’est déclaré son handicap. Des jambes raides, beaucoup de chutes, une démarche sur la pointe des pieds : des médecins, qui la croisent dans les couloirs de l’hôpital où elle rend visite à sa sœur, donnent l’alerte. Diagnostic : il s’agit d’une maladie génétique du système nerveux, le Strümpell-Lorrain, qui attaque la moelle épinière et le cervelet. Concrètement, les jambes de Christelle vont devenir de plus en plus raides. Le choc est double : "ça a mis une étiquette sur le handicap de mon père. Et ma mère a découvert que c’était héréditaire."

Ses études ne sont pas un parcours de santé

La vie de Christelle ne bascule pas du jour au lendemain : "En primaire, je continuais à faire de la danse classique, je courais encore. Mais je savais que la maladie était évolutive. Ensuite, j’étais interne, donc très entourée. Je faisais le clown, j’amusais la galerie." En première, un garçon a le coup de foudre pour la jolie petite brune. Elle l’épousera quelques années plus tard et lui donnera deux petites filles.

Les embûches se sont trouvées sur le terrain professionnel. Christelle entre à l’école d’infirmières de Beauvais, dans l’Oise. Elle veut partager "l’héroïsme" de ces femmes qui se sont occupées d’elle à l’hôpital. Son premier stage se passe mal : "Les aides-soignantes m’ont dit d’emblée : "Tu t’es vue, avec ton handicap ? Tu crois que tu vas y arriver ?" Le scénario se répète. Méchanceté, ironie, humiliations : Christelle n’endure pas, elle se défend. La directrice de son école donne l’ordre de lui faire redoubler sa deuxième année, pour la persuader de changer de voie ? Elle reste. Mais une fois diplômée, on ne lui propose que des vacations. Il est vrai que pour une urgence, elle mettra plus de temps qu’une autre à arriver. Mais le reste, elle se sent les épaules de le faire. Au sens figuré et au sens propre : il a bien fallu qu’elle muscle ses bras pour pallier les déficiences de ses jambes…

Un an et demi après avoir été diplômée, elle est enfin embauchée à l’institut d’éducation motrice (IEM) de Saint-Jean-de-Dieu : "Les saints ne me quittent pas. J’avais déjà fait ma scolarité à l’institution du Saint Esprit… Je suis sûre qu’ils ont intercédé pour moi." Pour la première fois, son handicap est vu comme un atout : "Dans notre établissement, vous êtes un exemple pour nos jeunes handicapés moteurs", la remercie le médecin chef. Qui, mieux qu’elle, peut comprendre leur douleur ? Qui, mieux qu’elle, peut les inciter à persévérer ? Christelle a enfin trouvé sa place. Ironie du sort, elle forme, en parallèle, des élèves infirmiers.

Albane de Gestas, Ombres et Lumière n°180

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