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Croire encore au bonheur ?

L'arrivée d'un enfant handicapé est vécue aujourd'hui comme une sanction au bonheur. Jean Vanier, fondateur de l'Arche, donne les conditions pour que cette souffrance soit aussi chemin de Béatitudes.

La question fondamentale est : où se trouvent la valeur et le bonheur de l'être humain ? Notre culture prône les valeurs de l'argent, du succès, de la santé, de la beauté et de la sécurité… Avec ces valeurs on est libre de chercher et d'obtenir ce qu'on veut. Le malheur pour notre culture est dans la maladie, l'échec, la souffrance et la pénurie financière. Il est évident, la naissance d'un enfant avec un handicap apparaît comme un drame. N'est-ce pas pour cela que la majorité des femmes en France qui savent que l'enfant qu'elles portent dans leur sein a un handicap avortent et que de nombreux couples se brisent. Effectivement, il y a des pères qui disent : "Soit tu te débarrasses de l'enfant, soit je m'en vais". Dans ce contexte, quelles sont les conditions pour qu'une famille puisse bien accueillir un enfant avec un handicap ?
Pour se développer paisiblement, tout enfant a besoin d'un milieu chaleureux et sécurisant. C'est d'autant plus vrai pour un enfant ayant un handicap. Il y a toutes sortes de facteurs qui aident à créer ce milieu :

  • une relation de confiance entre le mari et sa femme, enracinée dans le dialogue, et une vision commune pour l'enfant. 
  • l'aide et le soutien des amis et de la famille élargie. 
  • la prise de conscience que l'enfant, chaque enfant, est important, unique, un don de Dieu. 
  • le soutien médical, social, éducatif nécessaire pour que la famille puisse comprendre l'enfant et l'aider à se développer. 
  • le soutien spirituel et communautaire d'une paroisse ou des associations chrétiennes afin que la famille puisse trouver le sens profond de l'enfant comme don de Dieu. 

Le plus important c'est l'amour maternel. Quand une maman voit, touche, caresse et nourrit son enfant, elle reconnaît qu'il est chair de sa chair, même s'il a un handicap ; il y a une force d'amour qui surgit en elle plus forte que toutes les peurs et difficultés.
L'enfant alors s'ouvre à l'amour, à la joie et peut devenir progressivement source de joie et de bonheur. C'est plus évident quand l'enfant est doux et harmonieux. Mais certains enfants sont source de fatigue, de surmenage, et de dépression. Dernièrement, j'étais avec un couple dont le deuxième enfant est atteint d'une anomalie non identifiable pour le moment. A un an et demi, il criait toute la journée et toute la nuit. C'était intolérable pour les parents. Ils avaient vitalement besoin d'aide.
Ces enfants très difficiles à cause de leurs cris, leur attitude d'opposition, leur incapacité de communiquer, sont de véritables défis même pour les familles les mieux adaptées pour les accueillir. Ce défi peut amener le couple, s'il est bien soutenu, à devenir encore plus uni ; leur amour grandit. A travers l'épreuve le couple, s'appuyant sur l'amour de Jésus, devient plus humain et plus profondément chrétien. Combien d'exemples nous avons vus, à travers Foi et Lumière, l'OCH, "A Bras Ouverts" et l'Arche, de ces parents qui sont devenus lumineux à cause de l'accueil inconditionnel qu'ils ont fait à leur enfant et du soutien dans la durée des amis.

Bonheur ou béatitudes ?

Un homme, retraité du monde des affaires, a décidé de ne pas envoyer en institution sa femme atteinte d'Alzheimer mais de s'en occuper lui-même. Il lui donne le bain, l'habille et veille sur elle. Il m'a dit : "Je deviens plus humain." Le cœur humain, inspiré par l'intelligence, s'épanouit en s'occupant d'autres personnes. L'être humain est fait pour sortir de soi, aimer les autres et accomplir des œuvres de justice, de vérité et de paix. La compassion n'est pas juste de donner des choses, des connaissances, de l'argent, du temps aux personnes plus faibles. La compassion n'est même pas seulement souffrir avec l'autre, elle est de donner son cœur à l'autre, devenir son ami. Les parents qui s'engagent ensemble auprès de leur enfant ayant un handicap – pourvu qu'ils soient soutenus – peuvent découvrir un bonheur profond, caché. C'est le bonheur d'aimer et de donner vie malgré les difficultés ; c'est le bonheur de savoir qu'on est avec Jésus qui donne force et sagesse.

Jean Vanier, Ombres et Lumière n°152

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