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Florent Babillote est l'auteur d'un livre témoignage "Obscure Clarté". Il donne aussi des conférences.

Florent Babillote est l'auteur d'un livre témoignage "Obscure Clarté". Il donne aussi des conférences.

"Depuis que je suis stabilisé, je croque la vie à pleines dents"

Auteur du livre "Obscure Clarté" (1) dans lequel il raconte sa schizophrénie, aide-soignant, marié, Florent Babillote témoigne à 36 ans que l’on peut vivre stabilisé et heureux avec cette maladie. Il nous livre quelques conseils tirés de son expérience.

Accepter la maladie

Au début, il y a forcément du déni. C’est trop dur ! C’est normal, mais il ne faut pas que ça dure trop longtemps. Comment se soigner si l’on considère que l’on n’est pas malade ? C’est un des gros problèmes de cette maladie. Une fois que l’on a conscience de la maladie, on progresse. Cela peut prendre un an, deux ans, parfois dix ans… 

Quand j’ai appris le diagnostic, j’étais à la fois soulagé de mettre un mot sur mes maux, et en même temps, j’avais l’impression que ma vie s’arrêtait à 24 ans. Tout s’entremêlait dans ma tête. A l’hôpital, les médecins me disaient que j’étais là pour six mois minimum et encore ils ne savaient pas trop… Pour avancer dans la vie, on a besoin d’objectif. Quand on a une maladie psychique, s’il n’y a pas un minimum d’objectif, si on ne nous donne pas une petite fenêtre de sortie, cela devient compliqué. Au début, je n’avais pas le droit de sortir de l’unité dans laquelle je me trouvais car j’avais menacé de me suicider. Je me souviens que je regardais par la fenêtre le beau parc en pensant au jour où je pourrai descendre y faire un tour. 

 

Etre patient avec soi-même et avec le traitement

Le traitement, c’est très important. Parfois il faut plusieurs essais avant de trouver le bon. Je comprends que l’on puisse avoir envie de l’arrêter. Il y a des effets secondaires qui ne sont pas agréables. Au début, je dormais énormément. C’était très dur à vivre car j’étais plutôt quelqu’un d’hyperactif. J’avais pris aussi beaucoup de poids. J’ai fait du sport (basket et musculation) pour compenser. Encore aujourd’hui, je peux ressentir des impatiences, avoir des crises de boulimie même si j’arrive beaucoup mieux à les gérer avec le temps.

Un traitement commence à agir au bout de deux semaines un mois au minimum. Si on change de traitement tous les quinze jours ou tous les mois, on ne lui laisse pas le temps d’agir. Il faut avoir confiance : plus on accepte le traitement, mieux on le tolère. J’ai vu que mon traitement fonctionnait au bout de deux ans.

Mon père m’a aidé à accepter mon traitement en le comparant à celui d’une personne diabétique. Ça a dédramatisé la prise de médicaments. C’est devenu quelque chose de naturel. 

Aujourd’hui, je ne souhaite pas arrêter mon traitement. J’aurais trop peur de faire une rechute. Je sais d’où je viens… La schizophrénie a des répercussions sur la concentration et la motivation. En cela, j’ai encore des difficultés et c’est un combat de tous les jours. Mais depuis que je suis stabilisé, je croque la vie à pleines dents pour profiter de chaque instant.

 

Se trouver une passion, une activité dans laquelle on est bon et s’y accrocher

Depuis toujours je suis passionné de basket. Je voulais même devenir basketteur professionnel, mais après un accident au genou, j’ai dû arrêter et faire de la rééducation pendant deux ans avant de pouvoir rejouer. Le médecin m’avait dit que le sport pour moi c’était fini… Dépasser mes limites au sport m’a beaucoup servi pour affronter plus tard la maladie. A certains moments, il faut être capable de se dépasser sinon on sombre. Aujourd’hui, je joue toujours.

Je crois aussi beaucoup en l’art thérapie. L’écriture m’a énormément aidé et m’a permis de comprendre pourquoi j’étais malade. J’étais en fac de droit, j’avais redoublé plusieurs fois et j’avais du mal à passer ma première année. J’éprouvais un grand complexe d’infériorité. Or quand j’étais en bouffée délirante, je m’inventais toujours un personnage très important, recherché par toutes les polices de France. En cela, la maladie me rendait service : j’étais unique, au centre. A une période, j’en étais à un point où je regrettais la crise quand elle s’estompait parce que je n’étais plus important.  Comprendre cela m’a donné envie d’être acteur dans ma vie réelle plutôt que dans les délires qui faussent la réalité. A partir du moment où l’on comprend pourquoi on est malade, on ne peut qu’avancer car on a commencé à accepter la maladie.

 

Sortir de la honte

Pendant très longtemps, je n’ai pas parlé de ma maladie à mes amis les plus proches. C’était tabou. Seuls mes parents et mes frères et sœurs étaient au courant. Un jour, ma mère m’a montré une liste de personnalités ayant eu des problèmes psychiques et qui avaient quand même changé le monde. Cela ne les avait pas empêché d’avoir une belle vie. Il y avait par exemple le prix Nobel d’économie John Forbes Nash, atteint de schizophrénie, dont le film Un homme d’exception a été tiré.

Ça a été un vrai déclic ! Je me suis dit que je ne pouvais peut-être pas changer le monde mais ma vie. Quand on a une image positive de soi et de sa maladie, on entre dans un cercle vertueux. Ça m’a donné de la confiance pour écrire mon livre.

Derrière cette peur de dire ma maladie, il y avait aussi bien sûr la peur d’être jugé, d’être réduit à la pathologie. Je n’avais pas envie de voir la peur dans le regard des autres. Je ne voulais pas être mis à l’écart. Il ne faut pas avoir honte mais être prudent dans la manière de dire la maladie : quand on rencontre quelqu’un, c’est normal de ne pas commencer par parler de sa valise de problèmes ! Il faut qu’une certaine confiance soit installée ; ensuite, on peut proposer à la personne de lui montrer un film qui lui explique la pathologie.

 

Prendre soin de soi

Faire chaque jour quelque chose qui nous fait plaisir : du sport, écouter de la musique, en jouer… Quand on est bien dans son corps et dans sa peau, les autres le ressentent. Souvent dans la schizophrénie, il y a de la paranoïa ; prendre soin de soi permet d’y être moins sensible.

Dans cette maladie, le sommeil est important. J’ai appris à me reposer quand je suis fatigué. Je fais des siestes. 

Eviter de boire de l’alcool et de prendre de la drogue. J’ai eu de la chance : ado, comme je voulais devenir basketteur professionnel, j’en ai été préservé. Je pense que c’est un peu ce qui me sauve aujourd’hui.

 

Etre positif, trouver les lueurs d’espoir qui permettent d’avancer

Quand j’étais au fond du trou, je me répétais une phrase "Tu vas t’en sortir", comme un sportif qui se motiverait avant une compétition. Quand on a un état d’esprit positif, même si cette maladie est très dure, on induit un comportement positif et on entre dans un cercle vertueux. Avant, je me disais que ce qui m’arrivait, c’était la faute du monde. A partir du moment où je ne me suis plus placé en victime, j’ai commencé à réussir des choses dans ma vie : travailler chez les Petites Sœurs des Pauvres, réussir mon concours d’aide-soignant, écrire mon livre, retrouver du boulot, me refaire des amis...

 

Croire en quelque chose ou en quelqu’un

J’ai toujours beaucoup aimé la mythologie du phoenix, l’oiseau qui renait de ses cendres.

Quand on a des épreuves très dures, cela prend du temps de les digérer, mais si l’on réussit, cela nous permet de nous sentir plus fort. Ce qui ne te tue pas te rend plus fort.

Je crois en la Vie.

 

Propos recueillis par Florence Chatel, ombresetlumiere.fr – 13 octobre 2016

(1) Laïus Editions, mars 2014, 22 euros.

Tout le dossier "Ados en souffrance psychique. La croissance ébranlée" : Ombres et Lumière214

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