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© Happiness Distribution

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Derrière la psychose

Dans son documentaire "A Ciel ouvert" sur l’enfance psychotique, Mariana Otero nous fait entrer dans un monde à part pour mieux le comprendre. A travers la vie du Courtil, un IMP à la frontière franco-belge.

 

L’histoire

Après un an de repérages, la documentariste Mariana Otero a filmé pendant trois mois le quotidien du Courtil, un institut médico-pédagogique (IMP) situé en Belgique à la frontière avec la France. Créé il y a trente ans par un psychiatre, Alexandre Stevens, cette institution fondée sur la psychanalyse lacanienne accueille 250 enfants, adolescents ou jeunes adultes souffrant de psychose. 150 intervenants y travaillent qu’ils soient thérapeutes, éducateurs, responsables… Mais volontairement, le film est resserré sur le quotidien du groupe d’enfants les plus jeunes, âgés de 4 à 16 ans, évoluant dans un corps de ferme en internat ou en accueil de jour.

L’avis d’Ombres et Lumière

D’emblée, avec ses échappées vers la nature, le ciel, le bruit du vent dans les arbres, le documentaire de Mariana Otero rappelle celui de Nicolas Philibert La moindre des choses. Mais quand en 1997, ce dernier filmait la réalisation d’une pièce de théâtre à laquelle participaient les soignants et les résidents de la clinique psychiatrique de La Borde (Loir-et-Cher), Mariana Otero a choisi de s’arrêter en 2014 au monde de l’enfance psychotique, tout aussi étrange et dérangeant.

Pour autant, les deux documentaristes s’attellent à la même question : comment filmer la folie ? Comment rendre compte, donner à voir – pour tenter de comprendre – ce qui se passe à l’intérieur des personnes souffrant de psychose ?

Finalement, Mariana Otero nous fait emprunter le chemin qu’elle-même a parcouru au cours de son séjour au Courtil. D’abord interloqué par le comportement de ces enfants voire sidéré devant leurs cris ou leur chaos intérieur, on rentre progressivement dans une compréhension de la psychose en général puis dans une compréhension plus fine de certains jeunes et un apprivoisement mutuel. A travers les activités cuisine, le jardinage ou l’atelier "semblant" pendant lequel les jeunes se mettent en scène dans des saynètes, on suit l’évolution d’Alysson, Jean-Hugues, Evanne… sous le regard et l’analyse des professionnels qui les encadrent.

Ceux-ci envisagent chaque enfant ou adolescent comme une énigme à découvrir et un être singulier à accompagner. Si la manière très psychanalytique de décrypter les comportements peut parfois sembler envahissante – le titre du film fait d’ailleurs référence à la phrase de Lacan "Les psychotiques ont un inconscient à ciel ouvert" –, on ne peut qu’être touché par le dévouement des intervenants, le respect et la bienveillance dont ils entourent chaque enfant. Un regret : le film n’aborde pas du tout la place ni l’implication des familles.

Au terme de presque deux heures de projection, on ressort avec de la tendresse pour ces jeunes qui luttent contre ce qui les déborde ou les envahit, heureux de percevoir un moment de paix, un progrès, le déploiement d’un don.

Florence Chatel, ol.ombresetlumiere.fr – 14 janvier 2014

 

 

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