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"Dieu me parle très souvent"

C’est ce qu’assure Frédérique, atteinte de troubles psychiques, que lui répondre ? Le point de vue de Monique Durand-Wood, ancien aumônier en hôpital psychiatrique et auteur de Ajouter foi à la folie.

Non seulement j’ai dû revoir mes prévisions, mais j’ai devant moi un inconnu. Mon proche est devenu méconnaissable, il me remet en question profondément, me semble étranger – et étrange.

Il se peut d’ailleurs, que lui-même voie en moi un étranger. Voire l’Adversaire personnifié : il me traite alors de "démon", de "satan", de "sorcière"... Provocation ou délire ? Pas facile d’en juger. Bref, il arrive que celui ou celle que l’on croyait familier, aimant, se comporte tout à coup en ennemi. Je suis le bouc émissaire chargé de porter son mal... Car, il souffre, bien évidemment. Et c’est cela le plus terrible : il n’y a plus, entre nous, en apparence, que ce paquet de souffrance incompréhensible.

D’autres fois, si l’on n’est pas l’ennemi désigné, on est ignoré. Ou bien cause d’évitement, de fuite. Tout cela entraîne une perte de l’estime de soi, la crainte du regard des autres, la honte.

 Voir défigurée l’identité d’un proche, c’est l’épreuve, poussée à l’extrême, qu’a vécue le roi David avec son fils Absalon qui a porté les armes contre lui (2 Samuel 19). David est tout entier à son chagrin et à son deuil du fils perdu, il en néglige le reste de sa famille, ses serviteurs, le peuple... Joab, le chef d’armée, vient réveiller David. Sans prendre de gants, il lui dit : "Maintenant, lève-toi, et va parler au cœur de tes serviteurs..."

Le chagrin de David ne s’effacera pas. Mais ces paroles de son chef d’armée, faites pour le rappeler à ses autres devoirs, à son entourage, à son peuple, ont de l’effet sur lui. "Alors, dit le texte, le roi se leva." Le retournement, ici, le retour à la vie, c’est le mouvement de se lever, après ce rappel insistant aux oreilles de David : d’autres sont là qui appellent, qui n’ont pas mérité qu’on les néglige, ils sont présents autour de toi, et ils ont besoin de toi.

Porter toute son attention sur celui ou celle qui va mal, rester fixé sur son chagrin, le risque est grand de s’enfoncer, au détriment des proches. On croit ne pouvoir jamais sortir du malheur. Et l’on ne voit plus rien, plus personne autour. Alors, des frères et sœurs se sentent oubliés, mis à l’écart, quoi qu’ils fassent pour attirer l’attention du parent... Ce fragment de l’histoire de David montre que le retournement est possible. Et nécessaire.

Monique Durand Wood, Ombres et Lumière n°180

Pour aller plus loin :http://www.relaislumiereesperance.fr/

Monique Durand-Wood, Ajouter foi à la folie, Editions du Cerf, novembre 2009, 22 euros.

 

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