Sur le même sujet

78458252-©cornstock_thinkstock

78458252-©cornstock_thinkstock

Docteur Daniel d’Hérouville : "Un message fort contre l’euthanasie et le suicide assisté"

Saisi par le Président de la République après la remise du rapport Sicard en décembre 2012, le Comité d’éthique se prononce majoritairement contre le suicide assisté et l’euthanasie, dans un avis (121) qui vient d’être rendu public. Et recommande quelques aménagements à la loi Leonetti. Voici quelques-unes de ses propositions, commentées par le docteur Daniel d’Hérouville, médecin chef de la maison médicale Jeanne Garnier (Paris).

 

1. Développer les soins palliatifs à l’hôpital et à domicile pour "faire cesser toutes les situations d’indignité" : cela ne concerne pas uniquement les personnes en fin de vie, mais aussi les personnes gravement handicapées, et chaque fois qu’un besoin de soulagement de la douleur s’exprime.

Daniel d’Hérouville : "En France, seul 50% des personnes ayant besoin de soins palliatifs y ont accès. Il est insupportable de voir des personnes en situation d’indignité et de considérer qu’aujourd’hui certains demandent la dépénalisation de l’euthanasie pour régler ces problèmes là. Il s’agit d’abord de régler ces situations d’indignité et la question de l’euthanasie devient accessoire. Combien va-t-il falloir d’avis, de textes officiels, qui dressent tous le même constat pour qu’il y ait un geste fort, une véritable politique de la fin de vie en France, et la poursuite du développement des soins palliatifs et de l’accompagnement ? Quand est-ce que l’on va enfin arrêter de demander des rapports, se donner cinq ans de travail pour mettre en place et développer tout ce qui est nécessaire pour répondre aux besoins ?"

 

2. Renforcer la loi Léonetti du 22 avril 2005, relative aux droits des patients et à la fin de vie, sur trois points :

- Passer d’une procédure collégiale à une délibération collective et interdisciplinaire. Aujourd’hui, la procédure collégiale doit être mise en œuvre quand le médecin envisage d’arrêter ou de limiter un traitement, et quand la personne n’est pas en mesure d’exprimer sa volonté.

D.H. : "Le décret d’application de la loi Léonetti a restreint la possibilité de déclencher cette procédure au seul médecin ou à l’entourage. L’avis du CCNE réintroduit l’idée que cette délibération collective puisse être déclenchée par les équipes soignantes, paramédicales et autre. Pour moi, c’est fondamental que cette délibération ne soit plus uniquement le fait de quelques experts, mais que toutes les parties prenantes de la prise en charge puissent la déclencher, y participer, et réfléchir ensemble."

- Mieux respecter les directives anticipées. Le Comité distingue deux situations, celle d’une personne non malade qui peut ainsi donner son avis sur le lieu de sa fin de vie et la prise en charge dont elle aimerait globalement bénéficier, et la situation d’une personne atteinte d’une maladie grave ou évolutive.

D.H. : "Pour la personne atteinte d’une maladie grave, il va être proposé un dialogue avec un médecin pour évoquer les différentes voies possibles. Cette ouverture au dialogue est très intéressante car souvent les personnes se posent des questions par rapport à l’évolution de leur maladie et à leur fin de vie mais n’osent pas les évoquer, par peur. Pour nous médecins, c’est également un moyen de savoir comment les personnes souhaitent globalement être prises en charge."

- Renforcer le droit du patient à obtenir la sédation en phase terminale. La sédation est la recherche, par des moyens médicamenteux, d’une diminution de la vigilance pouvant aller jusqu’à la perte de conscience. Selon le CCNE : "un patient doit pouvoir, s’il le demande, obtenir une sédation continue jusqu’à son décès lorsqu’il est entré dans la phase terminale de sa maladie. Il s’agirait d’un droit nouveau qui viendrait s’ajouter au droit de refuser tout traitement et au droit de se voir prodiguer des soins palliatifs quand ceux-ci sont indiqués."

D.H. : "On peut être amené à proposer une sédation à des malades en fin de vie, et dans certains cas à une personne qui n’est pas en fin de vie. Dans ce dernier cas, il s’agit d’une sédation transitoire, légère, réversible qui permet encore le dialogue avec la personne. La sédation consiste à faire baisser la vigilance de la personne pour la soulager. Il s’agit d’un soin particulier qui peut être apporté à la personne dans la situation de grande souffrance dans laquelle elle se trouve. Un autre point important sur la sédation : le Comité écrit que la sédation continue ne provoque pas la mort de la personne. C’est ce que nous affirmons depuis longtemps : on meurt sous sédation, on ne meurt pas de la sédation. En cela, elle est différente de l’euthanasie et du suicide assisté."

 

3. Ne pas légaliser l’assistance au suicide et/ou l’euthanasie.

D.H. : "Le Comité considère qu’une dépénalisation de l’euthanasie ou du suicide assisté serait un signal d’abandon adressé aux plus fragiles et aux personnes les plus vulnérables : personnes gravement malades, handicapées, âgées… Ils nous disent clairement que l’accompagnement de ces personnes est l’affaire de tous. C’est un message fort. Les médecins sont partie prenante de cet accompagnement mais aussi les soignants, toute l’équipe de professionnels qui intervient autour de la personne et les bénévoles. Et il s’agit de s’occuper de la personne elle-même mais aussi de son entourage. A la fin et en dehors de l’avis, un groupe de sept membres du CCNE soulève à nouveau la question de l’exception d’euthanasie. Certes, on vit dans une société dans laquelle il n’y a pas d’unanimité. Cela étant, on peut s’interroger sur l’opportunité d’avoir permis une tribune libre, en plus de l’avis du CCNE. L’important à retenir, c’est que les membres du CCNE répondent majoritairement non à la question du suicide assisté."

Recueilli par Florence Chatel, ol.ombresetlumiere.fr - 1er juillet 2013

Lire l’avis 121 du CCNE : http://www.ccne-ethique.fr/

Pour aller plus loin