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© Maguelone pour Ombres et Lumière

© Maguelone pour Ombres et Lumière

Entre Ciel et terre

Charlotte Breitel est la maman d’Henri, de Philippine, petite fille polyhandicapée qui est morte en 2007 à l’âge de 4 ans, et d'Elisabeth. Le deuil l’a conduite dans une autre dimension.

Mon mari Guillaume est mort d’un arrêt cardiaque à 36 ans. Philippine a été hospitalisée le lendemain de son enterrement et 8 jours plus tard, elle s’est éteinte à son tour. Elle m’a préparée à son départ ; j’avais lu dans son regard qu’elle irait rapidement rejoindre son papa. Le jour de son enterrement, il m’a été très dur de voir que pour mon entourage, c’était sans doute mieux ainsi. Pour mes proches, m’occuper seule de trois enfants, dont une était handicapée, relevait de l’impossible. Moi, j’étais tout simplement dans le chagrin de la mort de mon enfant. Non, la mort d’un enfant handicapé n’est pas un soulagement. La relation est tellement fusionnelle avec cet enfant que l’on se sent amputé.

Petits réconforts

Je n’avais plus mon mari pour partager cette souffrance et en même temps, j’ai vraiment senti qu’il était à mes côtés, qu’il ne me lâchait pas. Petit réconfort. J’en trouverai d’autres sur mon chemin pour combler ce vide abyssal. La Fondation Lejeune nous avait dit que Philippine ne fêterait sans doute pas ses 20 ans. Guillaume me disait souvent : "Je me sens de moins en moins prêt à ce qu’elle nous quitte". Il n’aura pas connu cette peine et cela a donné du sens à mon chagrin. L’idée de devoir confier un jour Philippine à une institution était pour moi insoutenable. Je n’ai pas eu à le faire. Elle est confiée au Bon Dieu et à Marie ; c’est consolant et réconfortant.

Une douleur toujours présente

Sept ans se sont écoulés mais pas un jour ne passe sans que je ne pense à Philippine. Elle était une présence aimante à la maison et en même temps, elle n’a su émettre que de terribles cris de souffrance qui précédaient ses crises d’épilepsie. Ces cris me reviennent aujourd’hui. C’est très dur, car je vis seule cette souffrance ; je ne peux demander à d’autres de partager cela. Heureusement, je peux tout de même échanger en profondeur avec des amis proches, un prêtre, les membres de ma communauté Foi et Lumière et mon groupe Cœur de mamans. C’est plus facile qu’avec la famille qui porte déjà sa propre souffrance. Six ans après la mort de Philippine, je me suis remariée avec Bertrand qui m’écoute parler d’elle avec beaucoup de bienveillance.

Des fruits précieux

Je perçois beaucoup de fruits du passage sur terre de Philippine. Elle a donné une épaisseur à notre vie de famille, notre vie de couple. Le handicap nous conduit vers l’essentiel et nous ouvre le cœur. Mes enfants ont compris ce qu’était l’amour inconditionnel des parents qui va bien au-delà des capacités physiques et intellectuelles. Ils sont ouverts aux autres et ne se comparent pas entre eux. Philippine m’envoie une grande force du ciel. Je relativise les contrariétés de la vie quotidienne qui ne sont rien par rapport à ce qu’elle a vécu. Je sais que je suis attendue là-haut, alors je n’ai plus peur de grand-chose. J’ai acquis une grande confiance dans la vie. Un jour, elle m’accueillera et je passerai mon ciel à pleurer de joie en retrouvant ma fille transfigurée et sans handicap.

Charlotte Breitel

Ombres et Lumière n°202

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