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"Et voici qu’attablé, Jésus prend le pain, le bénit, le partage et le donne aux disciples d'Emmaüs qui le reconnaissent. Dans nos échecs, puissions-nous reconnaître l'envoyé de Jésus sur notre chemin." - Shutterstock © Daniel Schweinert

"Et voici qu’attablé, Jésus prend le pain, le bénit, le partage et le donne aux disciples d'Emmaüs qui le reconnaissent. Dans nos échecs, puissions-nous reconnaître l'envoyé de Jésus sur notre chemin." - Shutterstock © Daniel Schweinert

Et si tout n’était pas perdu ?

C’est l’échec. Tout est fini. Que peut-il arriver de bon désormais ? C’est dans cet état d’esprit qu’étaient les pèlerins d’Emmaüs au soir de Pâques.

 

L’échec est là, en chaque vie, brutal ou bien aboutissement d’une longue et imperceptible détérioration. Souvent, il est manifeste ; d’autres fois, on ne fait que le soupçonner, par-delà le sourire d’un visage. C’est l’accident de voiture, avec la mort d’un enfant ou d’un conjoint. La drogue détruisant en quelques semaines un jeune qui paraissait sans problème. L’abandon d’une épouse très aimée. Le couperet du licenciement économique d’un père de famille. La découverte, mois après mois, du handicap profond d’un tout-petit dont on avait rêvé la beauté, l’intelligence, la destinée harmonieuse et féconde. Ce jour où nous avons connu le sentiment du "tout est fini".

L’échec, il est dans le cœur de deux disciples sur la route de Jérusalem à Emmaüs, au soir de Pâques. Dans la Ville Sainte, on ne parle encore que du tragique événement. Abandonné de tous, Jésus a été condamné à mort et crucifié. Il y a de cela déjà trois jours. L’inconcevable. Ils avaient mis toute leur confiance en ce Jésus de Nazareth, espérant qu’il délivrerait Israël… Des femmes sont bien venues dire que Jésus leur était apparu, mais ils se refusent à l’espoir. Il y a si peu de temps, Jésus les envoyait, eux, ses disciples, deux par deux pour annoncer la Bonne Nouvelle ! Emerveillés des œuvres qu’ils avaient accomplies, ils bondissaient de joie au retour de mission et Jésus exultait à leur récit. Aujourd’hui, ils ont fui la petite communauté culpabilisée et effrayée, ils sont encore deux, mais ils vont seuls et sans but.

Et voici que Jésus les rejoint sur la route. Eux sont aveuglés, incapables de le reconnaitre. Aux deux disciples, Jésus demande : "De quoi parliez-vous en chemin ?"  Tout de go, ils lui livrent la peine trop lourde de leur cœur, comme si de l’évoquer déjà, l’allégeait. Après s’être étonné de leur incrédulité, Jésus prend le temps de rappeler tout ce qui a été dit dans les Ecritures sur la mort et la résurrection du Messie.

 

L'impression que nous avons été trompés par Dieu

Dans l’échec, nous nous retrouvons souvent bien semblables à ces deux disciples : la tentation de fuir l’entourage, l’incompréhension radicale de ce qui nous arrive, l’impression que nous ne nous en remettrons jamais, que nous avons été trompé par Dieu, lui à qui nous avions donné notre confiance.

Puissions-nous alors sur notre chemin rencontrer l’envoyé de Jésus. A la naissance de sa petite fille profondément handicapée, Jean-François a connu la révolte, la solitude, une coupure vis-à-vis de son entourage et de la société, la tentation de se recroqueviller dans la douleur. Une lueur est venue d’un prêtre. Lui, sans mot, totalement désemparé devant une telle souffrance, lui remet le livre de Job. Une planche de salut ! Le droit d’oser se plaindre "dans l’amertume de son cœur", d’épancher sa tristesse, "de contester avec Dieu". Se comporter ainsi avec lui, c’est en fait déjà renouer le dialogue avec le Seigneur, témoigner d’une minuscule confiance. Jean-François, jour après jour, découvre combien en fait Dieu souffre avec nous, "les larmes de Dieu coulent sur les joues de la veuve".

Quant aux deux disciples, ils sont saisis par les paroles de Jésus. "Notre cœur n’était-il pas tout brûlant d’amour quand Il parlait en chemin et nous expliquait les Ecritures ?"  Éblouis sans doute par ce qu’il dit, mais peut-être plus encore par ce qu’il est, lui, l’Homme-Dieu.

Comme la nuit tombe, dans cette brûlure d’amour, les disciples invitent Jésus à partager leur repas. Et voici qu’attablé, Jésus prend le pain, le bénit, le partage et le leur donne. A ce signe, ils le reconnaissent. C’est le geste de la multiplication des pains. C’est celui, il y a trois jours, de la dernière Cène que les apôtres bouleversés leur ont raconté. Après le pain de la Parole, il donne aux deux disciples le pain de son Corps. Puis Il disparait. Il semble vouloir dire : "Désormais vous n’avez plus besoin de ma présence visible. Vous me retrouverez dans l’Eucharistie. Je serai votre nourriture à chacun pour demeurer en vous et pour que vous ne fassiez plus qu’un seul corps."

 

Le Christ nous porte sur ses épaules

Sans plus attendre, les deux disciples exultant de joie se précipitent à Jérusalem pour retrouver les onze et leur raconter ce qui s’est passé sur la route et comment ils ont reconnu Jésus à la fraction du pain. Ils en parlent encore quand Jésus est là au milieu d’eux : "La paix soit avec vous." Puis une fois encore Il leur rappelle les Ecritures, sa venue sur la terre, lui le Fils de Dieu pour sauver les hommes par sa mort et sa résurrection. Quarante jours plus tard, avant de rejoindre son Père jusqu’à sa venue dans la Gloire, Il nous fait sa grande promesse : "Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde." Tous les jours et plus particulièrement les plus impossibles, les plus terribles pour nos cœurs. S’il le faut, Il ne se contente plus de marcher à nos côtés. Comme l’agneau perdu, il nous porte sur ses épaules et même nous prend sur son cœur. C’est ce qu’il voudrait nous faire comprendre spécialement au temps de Pâques.

Marie-Hélène Mathieu

Ombres et Lumière n°192

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