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Après une expérience au sein du groupe Carrefour, Alix est aujourd'hui chef d'équipe dans une maison d'accueil spécialisée (MAS). Une reconversion réussie et heureuse! © DR

Après une expérience au sein du groupe Carrefour, Alix est aujourd'hui chef d'équipe dans une maison d'accueil spécialisée (MAS). Une reconversion réussie et heureuse! © DR

Etre nourrie au quotidien par la rencontre

Marquée par son engagement auprès de personnes handicapées dans l’association A Bras Ouverts, Alix a vécu une reconversion professionnelle pour être au plus près de ses aspirations.

Après des études de psychologie, j’ai eu un parcours professionnel très ciblé sur les Ressources Humaines. Je me suis formée en autodidacte au sein du groupe Carrefour. J’ai commencé par de la formation puis j’ai fait du recrutement en changeant de poste tous les quatre/cinq ans. A un moment, le siège du groupe déménageant loin de chez moi, j’ai profité d’un plan de départ volontaire pour poursuivre mes études en RH. Un diplôme en poche, je me suis mise à rechercher du travail. Mais plus j’avançais dans mes recherches, plus je me posais la question : qu’est-ce que j’attends de mon parcours professionnel ? Pour quoi suis-je faite ?

Engagée dans l'association A Bras Ouverts

A côté de cette vie professionnelle, pendant dix ans, j’avais pris différentes responsabilités au sein d’A Bras Ouverts (ABO), une association qui propose à des étudiants et à des jeunes professionnels de partir en week-end ou en séjour d’une semaine avec des jeunes atteints de handicap. Cet engagement m’avait énormément nourrie et fait grandir. La rencontre avec la fragilité et le handicap a été très fondatrice dans ma vie. J’ai arrêté ABO lorsque j’ai eu des enfants mais l’appel du handicap s’est fait à nouveau sentir. Ma belle famille étant issue d’un milieu non croyant et assez loin des valeurs dans lesquelles j’avais été éduquée, j’éprouvais le besoin de me retrouver et d’être nourrie au quotidien par la rencontre.

Une reconversion dans le médico-social

J’ai alors rencontré de nombreux professionnels du médico-social qui m’ont aidée à affiner mes attentes et à me confronter à la réalité de la reconversion. Pendant deux ans, j’ai cherché activement du travail dans ce secteur. Ce n’est pas simple d’arriver dans un milieu professionnel que l’on ne connaît pas du tout. Au début, j’étais prête à prendre n’importe quel poste mais ce positionnement n’était pas cohérent. Au bout d’un moment, voyant que ça ne fonctionnait pas, j’ai repris un CDD dans les RH tout en continuant à regarder de loin les offres dans le médico-social. C’est ainsi que j’ai trouvé une offre de chef d’équipe dans une Maison d’accueil spécialisée (MAS), un poste charnière correspondant beaucoup mieux à mes aspirations, et en juillet dernier, j’ai été embauchée ! J’ai un rôle de management auprès de douze salariés et quatre stagiaires, et je suis responsable du suivi médico-social des résidents en souffrance psychique de deux appartements partagés. J’ai accepté d’avoir un salaire moindre. Cela fait partie des sacrifices que l’on est prêt à faire dans une reconversion professionnelle au nom des valeurs que l’on porte…

Ce nouveau travail me porte profondément. Peut-être que c’est un appel. Mais pour moi les appels, ce n’est pas une voix et hop, il n’y a plus qu’à dire oui et à signer ! Certes on a à écouter ses appels intérieurs et à les approfondir, mais à un moment il faut aussi lâcher et accueillir ce qui vient.

Laisser changer son regard 

Avec du recul, je peux dire que tout part de Vincent, un jeune accueilli par le groupe ABO de Rennes, assez fragile. On me l’avait confié pour mon premier week-end avec l’association. Vincent ne communique pas par la parole. Le premier jour, je me suis demandé comment j’allais faire. J’ai découvert que l’on pouvait communiquer autrement et passer un bon moment avec quelqu’un qui était coincé dans sa coquille. Ce que j’aime dans la rencontre avec le handicap, c’est laisser changer son regard. A la MAS, au premier abord, je peux avoir parfois l’impression que l’on est trop éloigné l’un de l’autre pour pouvoir entrer en relation. Et finalement, plus je connais les personnes, plus j’entre en relation avec elles, et plus je les trouve belles, comme je l’ai vécu avec Vincent… C’est l’émerveillement de la rencontre. Laisser son regard se transformer, il n’y a rien de tel pour apprendre à aimer. Parce que si je pose ce regard sur les personnes avec un handicap, je poserai le même regard sur mon conjoint, mes enfants, et toute personne que je rencontre.

Comme chef d’équipe, mon rôle est aussi d’insuffler de la joie dans les appartements pour les résidents et les accompagnants, d’essayer d’alléger les choses, de faire en sorte que leur vie soit plus heureuse. Je n’ai qu’une envie : que les résidents et les accompagnants aillent bien, leur montrer leur potentiel, et soutenir la croissance de chacun. Cela aussi, je le tiens d’A Bras Ouverts, même si au départ j’ai déjà un tempérament positif. Travailler auprès de personnes avec un handicap fait sortir le meilleur de moi-même. Mon cœur s’ouvre. Je suis heureuse et cela me rapproche du Seigneur. Dans mon travail précédent, je craignais ce que pouvait dire mon responsable. Je pouvais être freinée par peur de révéler trop mes limites. Aujourd’hui, je donne tout ce que je peux donner et je me montre telle que je suis. C’est libérant.

Alix, ombresetlumière.fr - 6 janvier 2016

Pour aller plus loin : Lire Ombres et Lumière n°209 sur les professionnels du handicap

En replay : "En quête de sens" sur Radio Notre-Dame, "Professionnel du handicap : simple métier ou vocation ?"

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