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Face à la crise

Comment aider une personne confrontée à la violence d’un de ses proches malades psychiques ? Agnès Auschitzka, journaliste et parent, nous livre son expérience et quelques conseils.

 

Quand surgit la crise avec sa casse et ses coups, ses insultes et ses dangers, la peur est toujours au rendez-vous. Peur pour soi, peur pour les autres membres de la famille, peur pour son proche. Peur de ne pas survivre à cette guerre déclarée sans façons. Peur que les secours n’arrivent pas à temps ou que son proche s’échappe avant leur arrivée. Cette peur est normale et justifiée : Quelle est cette puissance dévastatrice qui envahit notre proche et nous menace ? D’où vient-elle ? Où nous emporte-t-elle ? Une telle frayeur ne se contrôle pas.

Une souffrance incompréhensible

Au-deçà et au-delà des faits, c’est de souffrance dont il est surtout question. Celle de nos proches en premier. Nous qui les accompagnons au quotidien, nous savons que leurs agissements brutaux, haineux et destructeurs portent toujours la marque d’une immense détresse morale. Or, sur un existentiel aussi douloureux qui les place quasi en permanence à la limite de l’effondrement, il suffit de bien peu de chose pour que leur esprit parte en vrille, pour que la violence vienne à cracher le venin de la souffrance qui les ronge de l’intérieur. Affirmer que ces personnes sont par nature violente et agressive, c’est porter sur elles un jugement téméraire et leur infliger une double peine. Souvent même, leur comportement explosif et destructeur nous afflige et nous déconcerte d’autant plus qu’il s’inscrit en faux contre ce que nous connaissons et aimons d’eux. Sans doute est-ce précisément la crainte de l’incompréhension et du jugement malveillant porté sur leur proche qui pousse ceux et celles qui vivent ces drames à les cacher et à s’isoler. "Ainsi, avoue Claire qui vit seule avec son fils âgé de 32 ans, quand je sens la violence prête à exploser, je me précipite pour fermer portes et fenêtres. J’ai trop peur de la réaction des voisins vis à vis de moi et surtout vis à vis de mon fils. J’entends tellement de bêtises et de fausses idées, même de la part de ma famille. Du coup, je préfère ne rien dire, même si je m’épuise et que je ne sais pas combien de temps, je vais tenir encore." "L’invisibilité" de la maladie psychique et le traitement médiatique des rares faits criminels commis par des malades psychiatriques contribuent à entretenir ces malentendus. C’est dire comme l’information sur la maladie psychique reste un combat citoyen à mener d’urgence, pour que ceux qui y sont confrontés – malade et proches – puissent trouver l’écoute bienveillante pour supporter l’insupportable.

Après la crise, d’autres violences

D’autant que la violence lorsqu’elle est mêlée à la maladie psychiatrique, n’en finit pas de se réactiver. Ainsi, quand faute de pouvoir retrouver son calme, notre proche doit être hospitalisé ou placé en garde à vue (s’il est en état d’ivresse ou a commis un délit), il nous faudra résister à d’autres coups. Selon les circonstances et les lieux, il peut y avoir la violence de devoir convaincre de la gravité de la situation et de notre incapacité à l’assumer seuls, la violence d’entendre son proche hurler de désespoir ou d’angoisse, et parfois celle de constater la brutalité du personnel et son manque d’humanité pour notre parent qui souffre. Ou encore, la violence d’une attente aux urgences qui nous oblige à empêcher notre proche hors de lui de s’enfuir, celle d’encaisser un refus de nous recevoir de la part du psychiatre ou celle de devoir revenir avec notre enfant ou notre conjoint faute de place à l’hôpital. Et puis, il y a ces paroles coup de poing, à propos de celui ou celle que nous accompagnons dans la détresse : "Encore un à qui il a manqué la fermeté", "Ce n’est pas l’hôpital mais la prison qu’il mérite". Et cette douleur poignante de savoir notre parent dans un hôpital qui manque cruellement de personnel et de moyens pour que les soins soient prodigués avec humanité, l’effarement devant l’ampleur des dégâts matériels, l’inquiétude des conséquences financières etc. Alors, quand chaque pas fait mal et bute sur les fractures laissées par le séisme de l’insensée violence comment continuer la route ? Comment continuer à percevoir, malgré tout et au travers de nos larmes, les richesses et la beauté de la vie ? A cette question générale, il ne peut y avoir que des réponses particulières, souvent en pointillés. Mais chacune d’entre elles traduit à sa manière le mystère de l’être humain dont le désir profond est, au-delà de tout, de vivre et d’aimer. Mystère qui est aussi celui de Dieu qui partage notre impuissance et, nous voulons le croire, est aux côtés de ceux qui pleurent et espèrent.

 

Quelle aide apporter à un proche (parent, frère ou sœur, conjoint) d’une personne malade psychique ?

1. Avant la crise

-Etablir et entretenir des liens d’amitié avec cette personne.

-L’écouter avec bienveillance sans donner de conseils.

-S’informer de ses appuis professionnels, familiaux ou amicaux.

-Proposer des aides concrètes "en cas de besoin" : possibilité de l’appeler par téléphone, accueil des membres de la famille, aide aux repas, aide éventuelle dans la connaissance des services d’urgences.

-L’inviter à se mettre en contact avec des associations telles que l’Unafam, l’OCH.

2. A l’heure de la crise

-Favoriser le calme du voisinage, faire taire les rumeurs ou jugements malveillants.

-Si c’est possible, proposer avec une grande discrétion son aide (appeler les secours, éloigner et accueillir avec chaleur les autres membres de la famille, proposer un accompagnement éventuel à l’hôpital).

3. Après la crise

-Prendre conscience qu’une crise de violence de la sorte constitue un traumatisme à part entière avec son lot d’épuisement et de désorganisation de la pensée, associé à une profonde tristesse et des sentiments négatifs (échec, découragement, culpabilité).

-Soutenir un maximum la personne pour les tâches matérielles et ménagères : participation à la remise en état de l’appartement, du nettoyage, des courses, de la préparation des repas, de l’entretien du linge…

-Lui permettre de "raconter", de mettre en mots ce qu’elle vient de vivre et ce qu’elle ressent.

-S’il y a des enfants au foyer, proposer son aide pour les écouter, les faire parler et leur apporter l’attention dont ils ont besoin (aide aux devoirs, préparation des cartables, des vêtements du lendemain, sorties et loisirs).

Agnès Auschitzka

Ombres et Lumière n°197

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