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Où qu'elle aille, Audrey Barbaud est motivée par "rencontrer, partager" © F. Chatel / Ombres et Lumière

Où qu'elle aille, Audrey Barbaud est motivée par "rencontrer, partager" © F. Chatel / Ombres et Lumière

Globe-rouleuse

« Non, je ne cherche pas à dépasser mon handicap. » Publié en décembre dernier sur son blog, ce post nous a donné envie de rencontrer Audrey Barbaud. Naturelle et simple, cette baroudeuse a le don d’écouter et suivre sa voix intérieure.

Un lundi de février, doux et un brin humide. Elle attend à la sortie de la gare de Quimper (Finistère), avenante, un grand sourire aux lèvres. Pourtant, selon ses dires, Audrey Barbaud a souvent au moins dix minutes de retard ! La jeune femme a repéré une crêperie tout près pour la rencontre. Une petite marche devant l’entrée fait obstacle ; Audrey demande très naturellement à la restauratrice de l’aider.

Audrey Barbaud, on l’a découverte grâce à son blog, Roulettes et sac-à-dos, où elle raconte avec humour ses voyages en fauteuil roulant électrique. Atteinte de la maladie de Charcot-Marie-Tooth (1), diagnostiquée quand elle avait trois ans et demi, cette globe-rouleuse de 26 ans a la passion de la bougeotte en solo depuis le jour où elle a eu besoin de prendre l’air pour faire le point sur une relation amoureuse. C’était en 1993. « J’ai pris un billet Eurostar et je suis partie à Londres, raconte-t-elle. J’avais juste réservé un logement pour deux nuits et j’étais là pour une douzaine de jours. Quand je me suis retrouvée seule avec ma valise, je me suis dit : qu’est-ce que je fais ? » C’est là qu’elle a attrapé le goût d’être ailleurs, dans une autre culture. « De se bousculer un peu, de s’écouter et de se faire confiance », ajoute-t-elle.

Panne de fauteuil

Audrey a d’abord sillonné l’Europe avant de s’aventurer sur d’autres continents, Amérique et Asie. Entre petites galères et bonnes surprises, comme en Californie : « Dans le resto d’une auberge de jeunesse, un gars du coin s’est confié à moi. Il avait traversé des épreuves, la perte de quelqu’un. Je sentais qu’il avait besoin de parler. Le lendemain quand mon fauteuil est tombé en panne, il est venu me chercher, a mis mon fauteuil dans sa voiture, pris une journée de repos pour le faire réparer ! » Aujourd’hui, Audrey Barbaud a fait des voyages son activité professionnelle et travaille pour une agence spécialisée dans le « tourisme et handicap ».

Où qu’elle aille, elle est motivée par « rencontrer, partager ». Comme ici à Quimper, où la jeune femme a profité d’une conférence auprès des collégiens des écoles catholiques pour s’octroyer une pause en Wwoofing, un nouveau concept qui permet de séjourner dans des fermes bio.

D’où lui vient cette capacité à écouter et suivre son envie ? « Le handicap m’a permis de prendre conscience que la vie était là, belle, courte. » En recherche de sens, Audrey pratique la méditation quand elle a besoin d’y voir plus clair. Elle reconnaît aussi qu’elle a des « parents géniaux qui ont eu l’amour » de refuser de la placer dans un centre quand elle était enfant. Un amour qui l’a aidée à accepter sa vie avec un handicap. « Mon rêve était de devenir cavalière au Cadre noir, souligne-t-elle. Mais avec mes problèmes de dos et de pieds – à 10 ans, elle a subi des opérations de double arthrodèse aux pieds et à la colonne – cela n’était pas possible. A la fin de chaque visite annuelle chez le médecin, je sortais en pleurs. » Etudiante en prépa arts appliqués, elle a également dû faire une croix sur une carrière dans le dessin, un art trop fatigant pour ses mains et son dos. « Des deuils qui n’ont pas été simples », mais lui ont permis de trouver aujourd’hui sa voie.

Maternité

« C’est un travail d’acceptation de mes limites, concède-t-elle. Mais je n’y suis pas encore arrivée à 100 % ! Par exemple, je me suis longtemps voilé la face par rapport à la question de la maternité. Quand j’ai compris qu’il y avait un risque sur deux que je transmette ma maladie, je me suis dit que je m’épanouirais dans le travail, que j’aurais un homme, et ne serais pas en manque d’enfant… Aujourd’hui, je pense aux aides possibles, même si le tri génétique, ou la transmission de la maladie me posent des questions éthiques… »

Plutôt que de se demander « pourquoi moi ? », Audrey préfère « se concentrer sur le positif ». « J’essaie de me donner les moyens d’être heureuse, confie-t-elle. Il y a des choses difficiles que l’on ne peut pas contrôler, alors autant aller vers ce qui nous donne de la joie. » De son handicap, elle dit encore qu’il lui a appris la patience et la bienveillance envers elle et les autres.

Fin du déjeuner crêpes. Au moment de sortir de table, un jeune homme handicapé mental, tient à venir la saluer. En passant la porte, il lui lance un dernier signe de la main. La rencontre, toujours…

Florence Chatel

(1)Différente de la SLA, cette maladie évolutive touche la myéline. Elle provoque une atrophie des muscles et une déformation des membres.

Audrey Barbaud en quelques dates

1999. 1er fauteuil roulant électrique à 9 ans. Audrey met un an à s’en faire un allié.

2012. 1er voyage en solitaire.

2013. Création du blog Roulettes et sac-à-dos.

2017. Elle projette une transatlantique à la voile – sa nouvelle passion – en septembre.

Ombres et Lumière216

Audrey Barbaud incarne La demoiselle dans le dernier clip de Tryo (titre du nouvel album "Vent debout").

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