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Marie-Caroline, entourée de deux amies © DR pour Ombres et Lumière

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God save Marie-Caroline

Dotée d’une force de caractère aussi costaude que l’est sa foi, cette jeune prof fonce à plein dans la vie, malgré son handicap.

Peut-on encore croire au malaise enseignant lorsqu’on écoute Marie-Caroline Schurr, professeur d’anglais au lycée Marie Curie de Versailles (78), parler de son métier ? A l’entendre, une vraie sinécure ! Il faut dire que pour cette jeune femme de 24 ans, atteinte d’une maladie orpheline (1) depuis son plus jeune âge, le pupitre de prof représente une sacrée récompense. "C’est un challenge que je m’étais lancé. Je savais que le parcours d’entrée dans l’Education nationale serait semé d’embûches du fait de mon handicap." Visites médicales bidons près l’obtention de son CAPES (2), tentatives de dissuasion à l’IUFM (3)… Marie-Caroline a tenu bon, persuadée au fond d’elle-même que sa voie était là, dans l’enseignement. Très attachée à ses élèves (deux classes de première et une de seconde), elle aime "être là pour chacun d’entre eux, sans en oublier aucun. C’est la façon que j’ai trouvée de pouvoir me donner". Et l’autorité, si souvent chahutée et mise à mal dans les lycées ? Jeune diplômée en poste seulement depuis dix-huit mois, Marie-Caroline a rarement besoin d’élever la voix, comme si sa vulnérabilité physique faisait d’emblée taire les débordements des plus difficiles, comme si sa force morale suscitait l’admiration et le respect de ses élèves... On y croit sans hésiter tant la jeune femme, timide de prime abord, semble être forgée d’acier à l’intérieur.

Une volonté de fer

Where there is a will, there is a way (4), dit le dicton qui me vient quand Marie-Caroline m’explique les aménagements matériels qui lui permettent de faire cours malgré la paralysie de ses membres. "En classe, mon ordinateur portable est relié à un vidéo projecteur qui fait office de tableau. Passée la première surprise des élèves, il suffit de bien leur expliquer en début d’année comment nous allons fonctionner et ça marche." Par chance aussi, l’établissement est 100% accessible, ce qui facilite les déplacements de Marie-Caroline. Alors, pari réussi ? Pour sûr à première vue, sans bannir néanmoins le combat intérieur qui se joue quotidiennement… "Pas facile en effet d’accepter ce corps malade et altéré. A l’heure du tout esthétique, c’est un chemin pour chaque jour. Quand quelqu’un me dévisage, j’essaye de ne pas m’endurcir car seule la rencontre peut faire évoluer le regard des autres." Au mot révolte, Marie-Caroline préfère celui de découragement pour décrire les heures sombres qu’elle traverse parfois lorsqu’elle mesure les limites posées par son handicap et les activités d’autres jeunes dont elle se sent écartée. "Comment ne pas me sentir en décalage quand on me parle de soirées dansantes ou de loisirs sportifs ?"

Portée par l’amitié

Heureusement autour d’elle gravite une bonne bande d’amis, avec qui Marie-Caroline aime se retrouver, partir en week-end, quitte à suivre le groupe aux sports d’hiver en fauteuil-ski ! C’est dire combien l’amitié donne des ailes… "Mon handicap approfondit beaucoup la relation. Lorsque ces amis me prêtent leurs bras pour accomplir les gestes du quotidien, le superficiel tombe tout de suite. Eux comme moi, nous sommes alors obligés d’être vrais et non de paraître. De là naît une grande amitié." Comme elle s’abandonne entre les mains de ceux qui la soignent, Marie-Caroline choisit aussi la confiance en Dieu comme moteur de sa vie. A Lourdes où elle se rend chaque année pour le pèlerinage national des malades, elle fait le plein de grâces. "C’est mon roc pour l’année. J’aime cette pauvreté avec laquelle on se livre tout entier aux pieds de la grotte. Je me sens bien près de Marie… comme au ciel !" Oser la confiance, voilà son secret. "Et la louange", ajoute Marie-Caroline, "car chaque instant donné est un cadeau". Ferait-elle fi de la maladie qui gagne peu à peu du terrain ? Loin de là, la jeune prof a bien les pieds sur terre et la réplique toute prête : "Tomorrow is another day (5), Seigneur, rien que pour aujourd’hui, que Ta volonté soit faite..." Of course !

Agathe Jarry, Ombres et Lumière n°147

(1) Une fibromatose hyaline juvénile.
(2) Certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degré.
(3) Institut Universitaire de Formation des Maîtres.
(4) Là où il y a de la volonté, il y a un chemin.
(5) A chaque jour suffit sa peine, demain il fera jour.

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