Sur le même sujet

Peut-être plus encore pour des personnes en souffrance psychique, travailler participe à une bonne estime de soi et une confiance en soi. ©thinkstock

Peut-être plus encore pour des personnes en souffrance psychique, travailler participe à une bonne estime de soi et une confiance en soi. ©thinkstock

"Grâce à un accompagnement, je me suis accrochée"

A 34 ans, Iliana est écrivain public. En situation de handicap psychique, elle est accompagnée depuis dix ans par le Service d’insertion en milieu ordinaire de travail de l’association Route Nouvelle d’Alsace. Ce soutien lui permet peu à peu de trouver sa voie. Retour sur un parcours en méandres mais pas sans fils conducteurs.

A 17 ans, j’ai eu ma première bouffée délirante alors que je me trouvais en terminale littéraire. J’étais la première de la classe, mais ensuite mes études ont été beaucoup plus chaotiques. Je suis passée de l’élève brillante à celle qui avait vraiment du mal. Sans le Bac, je suis rentrée dans une école préparant au BTS communication. Je n’avais pas de problème à suivre les cours mais j’ai eu une rechute. J’en ai alors profité pour passer le Bac en candidate libre et je l’ai obtenu. J’ai alors arrêté de suivre les cours du BTS car ça ne me convenait plus. Les cours de communication étaient intéressants, ils faisaient appel à beaucoup de créativité, mais je n’appréciais pas la "philosophie" de la mercatique (NDLR : marketing). J’avais l’impression que je devais arnaquer les gens. Et je sentais que j’avais plutôt besoin de donner aux autres. Pendant un an, je suis donc allée en psycho. Puis il m’a fallu commencer à travailler pour gagner ma vie. J’ai alors eu des vacations dans la fonction publique et travaillé dans l’animation, le périscolaire ; J’ai aussi été serveuse dans une crêperie. J’ai eu des activités très différentes. A côté, je faisais aussi un peu de bénévolat dans des associations.

Accompagnée par le Service d'insertion en milieu ordinaire de travail (SIMOT)

Quand, à 23 ans, j’ai eu connaissance de l’existence du Service d’insertion en milieu ordinaire de travail (SIMOT) à la suite d’une hospitalisation, mon parcours professionnel était donc assez décousu. Mon handicap, c’est que je n’ai pas vraiment de diplôme. C’est d’autant plus frustrant que j’avais tout pour moi. J’aurais pu faire des études. Depuis l’adolescence, j’ai toujours voulu travailler dans deux domaines : le social ou autour des livres et de la littérature. Ce sont vraiment mes deux passions. Grâce à l’accompagnement du Simot, j’ai fait un premier stage en médiathèque. Mais j’ai alors fait une rechute. C’est comme si on construisait quelque chose et qu’une bourrasque de vent venait tout balayer. A chaque fois, il faut recommencer. Le plus difficile, c’est de garder courage et de ne pas laisser tomber. Je suis quand même assez fière d’avoir eu de nombreuses expériences. Je n’ai jamais lâché le morceau, je me suis accrochée.

Ça fait dix ans que je suis accompagnée par le SIMOT. Au début, ma référente m’a beaucoup soutenue en me donnant par exemple des offres d’emploi susceptibles de m’intéresser. J’avais besoin d’être épaulée pour tout. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus autonome.

Quand j’ai eu un job de soutien scolaire dans le périscolaire, ma référente est venue rencontrer avec moi le directeur de la structure et ma collègue directe. Ensuite, j’ai travaillé à nouveau dans une médiathèque pendant deux ans – mon contrat le plus long. Comme ça se passait bien, elle n’y est venue qu’une fois. Elle sait aussi se retirer quand il le faut.

Elle tient beaucoup compte de mon ressenti, de mes souhaits, et en même temps elle me donne beaucoup de conseils. J’ai surtout besoin de soutien, notamment par rapport à la paperasse. Même si je comprends ce que je dois faire, j’aime avoir une réassurance. Je la vois donc tous les quinze jours pour faire le point et être soutenue sur ces aspects pratiques.

J'ai appris à réfléchir autrement...

Aujourd’hui, je suis dans mon élément, écrivain public. Grâce à mon ex petit ami, artiste peintre, j’ai commencé à écrire pour un catalogue d’exposition et me suis fait connaître. J’ai alors travaillé pour d’autres expositions d’artistes. Un critique d’art m’a contacté, mais il voulait que j’écrive des articles signés de son nom ! J’en ai eu marre. Maintenant, je corrige des manuscrits d’auteurs en vue de leur publication. Je viens de m’installer en auto entrepreneur. Je suis indépendante, mais un partenariat avec une maison d’édition me permet heureusement d’avoir une assise. C’est ma référente qui m’a beaucoup encouragée à devenir auto entrepreneur. Elle s’est engagée à m’aider pour toutes les démarches administratives, les factures, les devis. C’est très rassurant comme le filet des trapézistes : on sait qu’on va y arriver sans filet, mais au cas où...

Le SIMOT m’a appris à réfléchir autrement. Quand j’ai commencé l’accompagnement, je voulais trouver un boulot en CDI à 35 heures par mois. Être tranquille, point. Je cherchais quelque chose de très carré, bien pensant, normatif. J’étais pleine de préjugés : par exemple, un mi-temps, c’était pour les mères de famille, pas pour moi ! Travailler en temps partiel était dégradant. Finalement, je me suis aperçue que travailler 35 heures était trop stressant pour moi, que l’important était d’être bien dans ce que je faisais quitte à gagner un peu moins. Je me sens plus en harmonie avec ce que je suis aujourd’hui. Pourtant, je ne suis pas sûre d’avoir du boulot de correction demain. Ma situation peut paraître précaire, mais je suis heureuse comme cela. Je fais ce qui me plaît et, à côté, je commence à écrire, ma passion depuis que je sais tenir un stylo.

et trouvé ma voie

J’ai toujours beaucoup aimé travailler de façon intellectuelle. Ça ne me pèse pas d’avoir un travail plus solitaire car je peux gérer mon temps comme je le veux. C’est moins stressant. Et comme j’ai une vie sociale assez remplie à côté, ça me recentre. Quand je rencontre quelqu’un que je n’ai pas vu depuis longtemps, c’est sûr que je suis très fière de dire que je corrige des manuscrits. Peut-être plus encore pour des personnes en souffrance, travailler participe à une bonne estime de soi et une confiance en soi.

Mais il ne peut pas y avoir de résilience sans personnes qui soutiennent. J’ai eu la chance de pouvoir compter sur plusieurs aides : le Simot, mon psychologue, l’hôpital de jour, ma famille, et mes amis. C’est un tout. Grâce à ces soutiens, je vis de façon autonome et indépendante depuis plusieurs années.

Iliana

Pour aller plus loin

A voir aussi