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© DR / Ombres et Lumière

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Il intègre un lieu de vie

Bruno le Her, directeur de l’Arche d’Aigrefoin (Yvelines), rencontre régulièrement des jeunes et leurs parents au moment de leur accueil dans un foyer.

Quel est l’état d’esprit des parents à ce stade de vie de leur enfant ?

Pour l’enfant avec un handicap, le développement de la maturité n’est pas lié à plus d’autonomie. Ses parents l’accompagnent souvent dans les gestes du quotidien, quand bien même il grandit. Une relation profonde s’établit à travers cet accompagnement, plus que par la parole. Avec l’entrée dans un foyer, l’établissement va prendre le relais, ce qui n’est pas toujours facile à vivre. Les parents prennent la décision d’un lieu de vie pour leur enfant pour qu’il gagne en indépendance, en liberté. Comme tout jeune, il a besoin d’un éloignement d’avec sa famille pour se trouver lui-même et découvrir qu’il peut avoir un projet de vie.

Quel est le rôle de l’établissement ?

Nous permettons aux parents d’exprimer ces sentiments contradictoires. Ils ont parfois besoin d’être rassurés : l’établissement n’est pas là pour prendre leur place de parents. Lors de l’admission, ils nous parlent de leur enfant : son histoire, ses goûts... Nous découvrons comment ils ont mené, de leur mieux, leur mission de parents. Cet investissement, d’amour, d’énergie, a besoin d’être reconnu et valorisé. L’admission se fait par étapes, avec des stages, pour mieux connaître le nouveau venu, voir comment il s’adapte à sa nouvelle vie, et éventuellement réajuster la prise en charge. Et l’évolution des parents ? Les enfants font évoluer leurs parents, notamment en les rassurant. Et leurs parents découvrent une autre façon d’exercer leur rôle : celui de confident, d’écoute, de conseil, quand leur enfant revient pour des sorties ou des vacances. Constater que leur enfant est content de revenir chez eux, mais aussi de repartir dans son centre leur montre qu’il a trouvé le bon équilibre. Ils ont besoin de lui faire confiance : il a en lui les ressources pour vivre cette étape et il pourra redonner, là où il sera, tout ce qu’il a reçu de sa famille.

Comment aider les parents ?

Plusieurs années après l’arrivée de leur enfant dans son foyer, beaucoup disent combien ils ont été seuls. Il est important que les familles qui ont un enfant dans le même établissement puissent se rencontrer. Nous organisons une journée annuelle de parents. Les temps d’échanges entre eux sont les plus appréciés. Parfois, il est utile d’avoir un soutien psychologique extérieur. Tout un équilibre est à retrouver en famille, dans le couple.

Comment accompagner le jeune ?

Il est invité à s’impliquer dans son foyer. Il aura une chambre, son "chez lui", qu’il aménagera à son goût. Il va tisser des liens d’amitié, partager ses joies et ses peines, vivre des temps de fêtes. Il devra aussi surmonter des difficultés matérielles ou relationnelles, sans compter forcément sur ses parents. Y parvenir sera un signe de maturité et lui donnera confiance en lui. Reste à trouver l’équilibre des relations entre famille et établissement. Des règles sont fixées pour que ce nouvel espace personnel le reste. Ainsi nous n’autorisons pas les parents à pénétrer dans la chambre de leur enfant en son absence, le rythme des sorties est planifié. Parfois, les familles veulent s’occuper du suivi médical du jeune, de son trousseau, de son argent de poche… Cela peut devenir une source de conflit avec l’établissement. Aller chez le médecin, le dentiste, le coiffeur : les éducateurs ont besoin de ces moyens concrets pour entrer en relation, créer la confiance et aider le jeune à développer son autonomie, ses capacités de choix. De notre côté, nous ne prenons pas assez le temps parfois d’expliquer aux parents le sens de nos actions, d’où des malentendus. Le dialogue importe pour construire et garder un climat de confiance, pour le bien du jeune. L’accueillir, c’est l’accueillir avec toute son histoire, notamment familiale. L’accompagner, c’est cheminer avec lui, et sa famille, pour le conduire vers "un plus" de vie.

Propos recueillis par Catherine Blaise

Ombres et Lumière n°165

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