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Tanguy de La Forest au stand de tir

Tanguy de La Forest au stand de tir

Irrésistible fonceur

Battant, Tanguy de La Forest mène de front son travail dans le cabinet de recrutement Défi RH qu’il a créé en 2006, et une vie d’athlète de tir à la carabine. Un vrai challenge vu son handicap !

En costume cravate, élégant, souriant et très avenant, Tanguy de La Forest rentre de son travail comme chaque soir, par le bus. Une vie apparemment ordinaire. Pourtant, il est atteint d'une amyotrophie spinale infantile (ASI) de type deux, une maladie génétique évolutive, décelée à un an et demi et qui touche le système musculaire. Vers l'âge de onze ans, avec la croissance et l'augmentation de son poids, il cesse de marcher et doit se déplacer en fauteuil roulant. Sa chance, comme il le dit, est de ne pas avoir de problèmes respiratoires, de bénéficier d'une certaine flexibilité des membres, et de ne pas avoir été obligé d'être opéré du dos pour éviter que sa double scoliose n'augmente. Sa maladie, confirmée par des tests à l'âge de dix-neuf ans, semble être désormais stabilisée.

Avec son frère aîné et sa sœur plus jeune, Tanguy passe toute son enfance et son adolescence à Rennes. Enfant très aimé et entouré, on le sent aujourd'hui bien dans sa tête et bien dans son corps. Il est convaincu qu'il doit cet équilibre à sa famille. Un souvenir lui revient : il se revoit pleurant vers huit ou neuf ans, dans les bras de sa mère. "Je ne comprenais pas pourquoi je ne pouvais pas courir comme les autres enfants. Je ne me rappelle plus ce que m'a dit maman alors, mais c'était certainement une très belle réponse, car ensuite cela ne m'a plus jamais torturé l'esprit". Il n'était pas question non plus de le couver : "J'étais amené à participer à tout dans la maison, à ma mesure", comme tout autre enfant, sans jamais qu'il soit fait de différence. Ses parents ne lui ont jamais rien caché. "Ils me disaient: tu as ce handicap. C'est vrai, cela va être dur. Il y aura des moments difficiles, mais tu y arriveras, nous serons là derrière toi et tu auras tes amis aussi". Ils furent là, ses parents, à se battre à ses côtés contre les difficultés du quotidien, personnelles et administratives ! Et ses amis qu'il attire, nombreux et fidèles sur sa route.

Son bac en poche à la fin d'un cycle scolaire en milieu normal, à dix-huit ans, Tanguy commence des études universitaires, d'administration économique et sociale, puis de marketing. Avec succès! Pour finir à Paris à la Sorbonne, avec de vrais soucis d'accessibilité. Son caractère persévérant prendra le dessus et lui permettra de faire face avec force, soutenu par certains professeurs et des amis attentifs.

Le voilà en 2004 sur le marché du travail, intégrant très vite le groupe Peugeot à la direction du Marketing. Epanoui dans son travail, il aime les responsabilités et se donne à fond. Mais il lui faut concilier, parfois difficilement, ce travail, avec le tir à la carabine qu'il pratique au niveau olympique.

 

Le goût de la compétition

Comment lui est venu son goût pour ce sport ? : "Je fais partie d'une famille de sportifs. Mais j'ai réalisé très tôt que je ne pourrais pas pratiquer tous les sports, ce qui représentait une certaine frustration. A onze ans, lors d'une kermesse, j'ai gagné le concours de tir à la carabine". Un petit clin d'œil qui le détermine. Pourquoi ne pas pratiquer ce sport, connu pour être accessible à des personnes très handicapées ? Au sein d'un club de tir, Tanguy s'entraîne toutes les semaines et participe à des concours au milieu des valides. Vers l'âge de seize ans, il prend part à des championnats handisport et à dix-neuf ans, le voilà sélectionné par l'Equipe de France de tir. Il aime la compétition." Pour elle-même et pour me prouver que je suis capable de réaliser de bonnes performances. Pas par esprit de revanche par rapport à mon handicap". Sélectionné pour participer aux Jeux Olympiques (J.O.) d'Athènes en 2004, il se place très honorablement, et surtout gagne en maturité et en connaissance de soi. Viennent ensuite les Championnats du Monde en 2005, où il arrive deuxième au tir individuel et champion du monde par équipe. En 2008, il participe aux Jeux paralympiques à Pékin, et à 32 ans, est toujours en course pour ceux de Londres en 2012 !

De son père, chef d'entreprise, Tanguy a hérité un tempérament entreprenant. Depuis longtemps le désir de créer une entreprise l'habitait. Au fil d'un article dans une revue économique, l'idée germe. Et le voilà créant avec sa sœur Défi RH en 2006, un cabinet de recrutement pour des personnes handicapées, spécialement orienté vers les postes d'encadrement. Tanguy réalise ainsi son désir d'aider les autres à s'intégrer à leur tour dans la société et à dépasser si possible leur handicap. Reconnaissant avoir beaucoup reçu de la vie, il veut donner en retour.

 

Son avenir ? Très généreux, la foi chevillée au corps, Tanguy sent qu'à travers son handicap, une mission de témoignage lui appartient. Il porte au fond de lui le désir de rencontrer des jeunes ayant comme lui un handicap, et leurs parents, pour leur dire sa vie, son combat, et les appeler à l'espérance. L'espérance, cette petite flamme essentielle et qu'il chérit comme Péguy, conscient que ce ne sera pas simple, de pouvoir un jour à son tour, comme ses parents, donner à des enfants l'amour qu'il a reçu et qui lui a permis d'aimer la vie.

Catherine Blaise (Ombres et Lumière)

OL 157 (2007) / Rencontre avec Tanguy de La Forest

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