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Irréversible !

Brutal, mais redouté, le diagnostic tombe : Parkinson ! Solange livre ici sa réaction immédiate pour faire face.

Je sors du cabinet du neurologue. "Parkinson", le diagnostic tombe, immédiatement suivi d’un magistral encouragement qui me poursuit encore : "Les dégâts sont toujours irréversibles, Madame !"

En me retrouvant dans la rue, en bas de l’immeuble cossu de mon cher spécialiste au verbe direct (mais peut-être est-ce mieux ainsi ?) j’ai le cœur au bord des lèvres et les jambes en flanelle. Une question se pose : qu’est-ce que je fais maintenant ? Personne ne m’attend chez moi : je suis veuve, mon fils marié vit à Paris avec sa petite famille et ma fille a un travail très absorbant.

Deux solutions : la première, rentrer directement chez moi et pleurer sur un oreiller en me répétant que je suis malheureuse. Seigneur, est-ce ainsi que tu traites celles qui souhaitent te proposer leur service et leur amour librement ? Il faut dire que cet événement s’inscrit peu après une sorte d’engagement plus intime de ma part dans le cortège de toutes celles qui "ambitionnent" un travail et un amour plus rapprochés !

Deuxième solution : j’avais noté, en venant, qu’il y avait des soldes dans un magasin de tissus. Allez ! Je fais un sérieux redressement sur moi-même comme pour passer une barre fixe dans mon enfance. J’ai trouvé pour rien du tout une drôle de petite nappe pour la table de mon balcon d’où l’on voit les écureuils sauter d’une branche à l’autre dans le jardin voisin. En rentrant chez moi, j’ai acheté deux bouteilles de "bulles" que j’ai vite mises dans le congélateur avant d’aller sonner à la porte des mes voisins dans l’escalier : Rendez-vous ce soir même, à 19h30, chez Solange pour boire ensemble le verre de l’amitié, pour occasion spéciale.

A 20h30, nous étions dix. Après avoir demandé aux "jeunes" de servir le Crémant, j’ai pris la parole : "Voilà, je vous ai réunis parce que vous êtes mes amis et que j’ai besoin de vous pour boire à la santé de toutes les personnes handicapées du monde… parce que – bientôt – , j’en ferai partie…" Après quelques courtes explications, je leur ai rappelé que je comptais sur eux pour garder un bon moral et qu’ils devaient commencer ce soir même.

Nous avons eu une soirée exceptionnelle, pleine de gaieté, de fous rires et de projets, de vérité aussi, de reconnaissance entre nous, de pas les uns vers les autres. Chacun est rentré heureux chez soi et j’ai moi-même refermé la porte le cœur en paix.

Irréversible, est un mot terrible ! Mais l’irréversibilité n’est-elle pas la marque de l’Amour, du vrai ?

Solange, Ombres et Lumière n°176

 

 

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