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"En permanence, il faut faire un va-et-vient entre le fait d’ouvrir les mains, d’accueillir ce qui m’est donné, et le désir de conquête, de "gagner plus de vie", quelque fois à la force du poignet", témoigne Cécile atteinte d'un handicap moteur. © Mark Kostich / Istock

"En permanence, il faut faire un va-et-vient entre le fait d’ouvrir les mains, d’accueillir ce qui m’est donné, et le désir de conquête, de "gagner plus de vie", quelque fois à la force du poignet", témoigne Cécile atteinte d'un handicap moteur. © Mark Kostich / Istock

J’accepte d’être incarnée

A l'occasion de la semaine nationale des personnes handicapées physiques, Cécile, 32 ans, infirme moteur cérébrale, confie à Ombres et Lumière ce que signifie pour elle accueillir la vie, avec la contrainte du handicap au quotidien.

Accueillir la vie, pour moi, c’est d’abord prendre soin. De moi, de mon corps, de mes pieds ou de mon dos qui me font mal. A l’hôpital où j’ai passé plusieurs semaines cette année, j’ai dû être soignée, lavée comme un petit enfant : je ne pouvais rien faire seule. C’était rude. J’ai été d’abord obligée d’accueillir ce qui se passait, et petit à petit, cela s’est mué en moment de grâce : un temps de détente – enfin la bonne odeur du savon ! – et des gestes doux de l’infirmière qui ne consistent pas seulement en des piqûres ou des prises de température. Lorsque je suis devenue plus autonome, je me suis retrouvée à partager ma chambre avec une vieille dame japonaise qui avait perdu la parole à la suite d'un AVC. Je ne comprenais pas ce qu’elle cherchait à exprimer, mais je comprenais ses attitudes. Elle était belle. Elle se parfumait trois fois par jour et même le soir avant de se coucher. C’était son petit plaisir… et le mien ! J’ai réalisé à quel point la vie pouvait se dire dans les détails concrets. Accueillir la vie, c’est accepter d’être incarné. C’est faire attention à soi, et à l’autre, à la toute petite chose qui pourra faciliter la vie de l’autre : avec cette dame, accrocher le torchon à sa hauteur, laisser l’espace suffisant entre la porte et le lit pour le passage de son fauteuil (alors que moi je peux me faufiler)…

L'imprévu, c'est la vie

Je crois aussi que le handicap m’ouvre à l’imprévu, et l’imprévu, c’est la vie! Par exemple, quand je tombe et qu’une personne que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam vient me relever, et qu’une discussion s’engage. Mais aussi quand mon corps crie stop ou qu’une douleur intense survient, alors que je comptais m'activer. Là, ce n’est pas la vie qui s’arrête, c’est la vie qui reprend ses droits. En permanence, il faut faire un va-et-vient entre le fait d’ouvrir les mains, d’accueillir ce qui m’est donné, et le désir de conquête, de "gagner plus de vie", quelque fois à la force du poignet. Le handicap m’oblige à revoir sans cesse ma conception de la vie : est-ce que c’est une activité permanente, la réalisation de mille désirs ? Pas toujours. La vie, c’est aussi comme une main qui se pose sur mon épaule et qui me dit : écoute-moi. Dans mes multiples projets, je n’avais pas prévu d’être à l’écoute. Le repos, parfois, bouscule davantage qu’un programme d’activités bien huilé.

Sauvée par mes larmes

Accueillir la vie, c’est enfin accepter que des larmes jaillissent, et parfois juste après, ou dans le même temps, un sourire… Je me rappelle d’un soir de fête entre amis. D’ordinaire, j’aime énormément regarder les danseurs, c’est mon plaisir à moi. Je trouve beaux ces corps qui bougent, et qui disent la force, l’énergie, la joie. Mais ce soir-là, je me suis cachée pour pleurer : c’était trop dur de voir se déployer cette intense vague de vie, sans moi. J’en avais assez d’être seulement spectatrice. Et puis j’ai réalisé que ces émotions qui me dépassent, qui sont plus fortes que moi, qui disent ce que je voudrais cacher, c’est la vie ! De pouvoir les exprimer, les admettre à mes propres yeux, voilà ce qui m’a fait rentrer dans la vie. Je n’ai pas dansé ce soir-là mais j’ai été en quelque sorte "sauvée par mes larmes".

Cécile

Ombres et Lumière206

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