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    Attendre un autre enfant ? Cette question, beaucoup de parents se la posent après la naissance d’un enfant porteur de handicap.

© Luc Tesson pour Ombres et Lumière

© Luc Tesson pour Ombres et Lumière

Je me sentais verrouillée

Attendre un autre enfant ? Cette question, beaucoup de parents se la posent après la naissance d’un enfant porteur de handicap. Béatrice est la maman de trois enfants dont la cadette Louise est polyhandicapée. Elle a attendu son troisième enfant 6 ans après. Six années de doute et de questionnements empoisonnées par la culpabilité. Elle témoigne.

Quand Louise est née, j’ai tout de suite senti que quelque chose n’allait pas. Elle a été diagnostiquée handicapée à l’âge de 8 mois. On ne savait pas quel est son handicap exact et après les quelques analyses faites, il ne semblait pas être d’origine génétique. J’ai cumulé les infections au cours de ma grossesse et j’étais persuadée que j’avais empoisonné ma fille. Je revoyais ma grossesse en film et me reprochais plein de choses. Une culpabilité dure à vivre au quotidien… Et qui me bloquait littéralement. La 1ère année de Louise a été la pire de notre histoire, et avoir un troisième enfant ne m’a pas effleuré pendant longtemps. Puis aux 3 ans de Louise, j’ai commencé à aborder plus librement le sujet avec mon mari. Notre première question a été : et si le troisième était handicapé ? A priori, pas de risque génétique mais on n’est jamais complètement sûrs. Tout de suite mon mari m’a dit qu’il serait toujours là et qu’il acceptait cette éventualité. Moi je me disais que même épuisée, je pourrais faire face mais je n’envisageais pas d’imposer cette situation à mon fils aîné. Cela m’a complètement verrouillée. Notre famille, voyant que c’était un sujet douloureux, n’abordait pas le sujet. La pression sociale était plus forte. Des gens que je connaissais à peine me disaient que j’étais une égoïste et que justement mon fils avait droit à ne pas rester seul avec une sœur handicapée. Il m’a fallu du temps. Mon mari ne pouvait envisager que notre famille soit au complet et en même temps il ne m’a mis aucune pression, ce qui a été extraordinaire pour moi. J’avançais à mon rythme entre envie, peur et souffrance. Quand Louise a eu 5 ans, j’ai fait un pèlerinage avec elle à Lourdes. Devant la grotte, j’ai demandé au Seigneur de m’éclairer. Sur la route du retour, un papa qui a senti les nœuds qui me liaient m’a dit : "Abandonne-toi." Un an après, j’attendais Capucine… En toute honnêteté, j’ai été stressé toute la grossesse. Je me suis mise dans une bulle par crainte d’attraper le moindre microbe mais j’ai été suivie tout à fait normalement sans aucun examen complémentaire. La naissance de Capucine m’a totalement apaisée, elle m’a conféré une grande paix. Aujourd’hui, je peux dire que je n’envie plus la vie des autres alors que ça n’a pas toujours été le cas. Notre vie, elle est super !

Béatrice

Ombres et Lumière207

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