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L’école bousculée

S’il ne faut pas généraliser, la scolarisation des enfants "dys" est souvent semée d’embûches. Un père et une directrice nous aident à comprendre pourquoi.

Président de l’association de parents d’enfants dyslexiques Apedys Oise, Alain Vachette ne décolère pas : "Notre fille, Fanny, a caché sa dyslexie pendant tout le primaire." Mais arrivée en classe de 6e, elle ne pouvait plus masquer ses difficultés. "Nous avons atterri par hasard au Centre de référence des troubles du langage d’Amiens (Somme). Une fois le diagnostic posé, nous sommes retournés au collège en demandant de mettre en route un Projet personnalisé de scolarité (1) : Refus ! Fanny a dû partir dans l'Eure, pensionnaire au collège Saint-Adjutor de Vernon, qui fait partie de la Fédération des établissements scolarisant des enfants dyslexiques (FEED)."
Pourquoi l’école n’est-elle pas plus apte à accueillir les enfants présentant des troubles "dys" ? Pour Catherine Quilici, directrice adjointe du collège Saint-Sulpice à Paris, l’établissement à l’origine de la FEED, la réponse se trouve dans l’institution même, peu encline à remettre en cause ses méthodes classiques d’apprentissage. "L’école se pose rarement le problème de l’échec scolaire sinon en terme extrascolaire, souligne-t-elle. Si un enfant chute en classe, on pense que c’est parce que ses parents sont en train de divorcer, ou qu’il appartient à un milieu socioculturel défavorisé." Selon cette enseignante en lettres, une grosse faille du système français vient des professeurs qui privilégient les méthodes avec lesquelles ils sont le plus à l’aise. A l’enfant de s’adapter et non l’inverse. Mais, reconnaît-elle, le collège broie davantage les élèves "dys" que l’école élémentaire, où l’attention à l’enfant est de règle. C’est pourquoi, à Saint-Sulpice, les élèves dyslexiques sont répartis en deux classes de quinze à dix-huit élèves en 6e et en 5e. En se retrouvant avec leurs pairs, leur motivation revient car, pour une fois, ils voient certains réussir y compris en orthographe. Le but n’est plus hors de portée. A partir de la 4e, ils réintègrent une classe ordinaire.

Apprendre autrement

Il faut reconnaître que les dyslexiques sont extrêmement dérangeants : très souvent déconcentrés, ne tenant pas en place, ce sont des enfants qui n’arrivent pas à se mettre au travail, ni à terminer une tâche. A côté de cela, ils ont de l’intuition, de la finesse, de la sensibilité, un gros potentiel créatif. Pour la plupart, ils sont intelligents, parfois très, et déploient des efforts pharaoniques. Ce courage et cette volonté suscitent l’admiration des maîtres et des professeurs qui le reconnaissent.

Pour apprendre, les enfants "dys" doivent en effet acquérir des techniques appelées "stratégies de contournement".
"Je prends souvent l’image d’une rue bouchée par des travaux, explique Catherine Quilici, il faut mettre en place un itinéraire de déviation, Nul n’aurait l’idée de rester devant le panneau indiquant les travaux. C’est exactement la même chose dans le cerveau quand les circuits classiques sont obstrués."
Mais combien de jeunes se trouvent sans solution, ou contraints à l’errance d’écoles en établissements, à la recherche du système qui saura les accueillir ? A la rentrée 2008, Catherine Quilici a reçu plus d’une centaine de demandes pour une trentaine de places. Certes, derrière les troubles "dys" peuvent se cacher d’autres troubles – du comportement ou un retard mental – qui nécessitent une prise en charge différente, mais le manque de formation des enseignants – en particulier pour l’emploi de nouvelles technologies comme les tablettes graphiques ou les tableaux interactifs –, et la lourdeur des effectifs restent des points à améliorer. Catherine Quilici aimerait également mettre en place une plateforme Internet où les enseignants puissent trouver un partage d’expériences, des exercices.

Rien de bien nouveau : la scolarisation des enfants en difficulté dépend d’hommes et de femmes de bonne volonté qui un jour décident de se lancer dans l’aventure ou plutôt dans la "traversée du désert". Pas toujours évident de se faire entendre y compris dans sa propre famille : "En 2007 au congrès national de l’Apel (Association des parents d’élèves de l’enseignement libre) sur les enfants différents (dyslexiques, surdoués, non motivés…), on a oublié d’inviter la FEED…", regrette Alain Vachette. Aujourd’hui, cette fédération compte cinquante-sept établissements – écoles, collèges et lycées d'enseignement général, professionnel, technologique ou agricole –, répartis dans seize académies. "On commence à se sentir reconnu, avoue Catherine Quilici. En province, davantage qu’à Paris. Tout ce que nous réalisons en plus des cours, nous le faisons de manière bénévole ou sur nos fonds propres. Evidemment, nous avons un problème de financement. Nous fonctionnons sans moyens depuis des années. Mais ce n’est pas lié à Saint-Sulpice, c’est partout pareil."

Florence Chatel, Ombres et Lumière n°168

(1)Pour bénéficier d’un Projet personnalisé de scolarisation (PPS), les parents doivent en faire la demande auprès de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Ils entrent alors dans une démarche de reconnaissance du handicap de leur enfant qui peut prendre plusieurs mois à partir de la date de dépôt du dossier. Le PPS va mettre en place l’emploi du temps de l’enfant : quel va être son temps scolaire, son temps de rééducation ? Il va définir aussi les adaptations pédagogiques, faire les demandes de matériel adapté ou de présence d’auxiliaire de vie scolaire (AVS). FEED (Fédération d'Etablissements scolarisant des Enfants Dyslexiques) La fédération, composée de 57 établissements catholiques d’enseignement (comprenant des écoles, collèges et lycées d'enseignement général, professionnel, technologique ou agricole, répartis dans 16 académies de France), facilite l’insertion de ces enfants dyslexiques. Pour tout renseignement : Président : Jean-Marc Vaillant, Vuhé, 17200 La Jarne, tél. 05 46 56 97 13 vaillant.jean@wanadoo.fr www.feedfrance.fr

 

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