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En 2013, le Service d’insertion en milieu ordinaire de travail (SIMOT) a accompagné 220 personnes en situation de handicap psychique. 145 ont exercé un emploi, 70 ont suivi une formation. © SIMOT

En 2013, le Service d’insertion en milieu ordinaire de travail (SIMOT) a accompagné 220 personnes en situation de handicap psychique. 145 ont exercé un emploi, 70 ont suivi une formation. © SIMOT

L’accompagnement permet de compenser le handicap

Les personnes atteintes de maladie psychique sont souvent diplômées, au minimum du Bac. Parfois, elles ont suivi des études supérieures. Pour autant, l’insertion dans la vie professionnelle n’est pas chose aisée. En Alsace, le Service d’insertion en milieu ordinaire de travail (SIMOT) de l’association Route Nouvelle d’Alsace accompagne au long cours les personnes. Eclairage avec son directeur, Jean-Luc Picard.

Nous recevons au SIMOT des personnes en situation de handicap psychique, depuis longtemps sans travail, ou avec des gros trous dans leur parcours. Pour la grande majorité, elles intègrent le service vers 30 ans. Elles sont en général tombées malades à la fin de l’adolescence ou au début de l’âge adulte. Elles ont connu de longues périodes sans activité professionnelle, avec des phases de soins, de rechutes, d’hospitalisations, des essais pour travailler ou pour se former, et de nombreux échecs. Elles ont une image d’elles-mêmes très dévalorisée, et souvent ont cette idée – véhiculée parfois par leur entourage – qu’elles ne sont plus capables de décider par elles-mêmes, que leur jugement est faussé, et qu’elles n’ont qu’à se fier à des experts qui vont leur dire ce qu’elles doivent faire. On entend même parfois des spécialistes de la santé mentale dire que les personnes malades psychiques ne sont plus en capacité de construire des projets du fait de leur maladie. Nous pensons que, souvent, elles ne savent plus se projeter parce qu’on ne leur en donne pas la possibilité.

La personne malade décide de son avenir avec son conseiller d’insertion

Jamais on ne dira à quelqu’un : "Il y a du travail dans la restauration, c’est donc là que vous devez aller." On construit le projet professionnel à partir de la personne en situation de handicap psychique. L’un de nos principes de base est d’avancer à son rythme et de respecter son souhait. C’est elle qui va décider de son avenir avec son conseiller d’insertion et de formation. Concrètement, nous consacrons six mois à la construction d’un projet personnalisé avec des objectifs intermédiaires. C’est important car les personnes peuvent être complètement paniquées à l’idée de devoir assumer un travail du jour au lendemain. Ce point essentiel nous distingue un peu du job coaching proprement dit.

Un accompagnement global

Notre accompagnement n’est pas que professionnel, nous prenons en compte la totalité de la situation de la personne. C’est pourquoi, on peut être amené à travailler avec la personne sur d’autres problématiques : des problèmes de logement, de surendettement, de relations avec la famille… C’est toujours la personne qui nous dit quelles difficultés elle souhaite et a besoin de résoudre pour pouvoir s’engager pleinement dans un projet de travail. Quand nous établissons le projet personnalisé, c’est la personne qui expose ce qu’elle se sent capable de faire et ce qu’elle attend comme accompagnement du conseiller d’insertion dans les domaines de l’emploi, de la vie sociale, de la santé.

Parfois le projet professionnel peut nous sembler irréaliste. Prenons l’exemple d’un ingénieur qui veut retrouver un poste d’ingénieur. Peut-être a-t-il trop de difficultés cognitives, trop d’angoisses pour faire face à un poste à responsabilité ? Mais on va essayer ! C’est à partir d’expériences concrètes qu’ensemble, nous pourrons constater les difficultés, les inaptitudes mais surtout mettre en valeur les compétences et les possibles. Nous allons alors pouvoir reconstruire avec lui autre chose, s’orienter par exemple vers un poste de technicien plus abordable. Le travail ne doit pas être une source de souffrance supplémentaire.

Dire ou taire la maladie psychique à son travail

Beaucoup de personnes en situation de handicap psychique taisent leur maladie parce que les troubles psychiques sont encore très stigmatisés. Elles cherchent l’invisibilité. Souvent elles disent : "Je veux vivre comme tout le monde, avec tout le monde." C’est très significatif de leur souhait de ne plus être montrées du doigt comme des personnes malades mentales. On peut parler de dépression à un employeur mais c’est difficile de dire que l’on a une schizophrénie, même si certaines personnes sont militantes et souhaitent que le regard change. J’ai ainsi assisté à l’entretien d’embauche d’un monsieur suivi par le Simot. D’emblée, il s’est présenté à la responsable des Ressources Humaines : "Bonjour Madame, je m’appelle D., je suis schizophrène depuis l’âge de 25 ans." Elle a cherché ses mots puis lui a répondu : "Je vous remercie de votre franchise." Mais on voyait bien que cela lui posait quelques soucis. Avec les personnes, nous réfléchissons donc à ce qu’elles peuvent dire ou non de la maladie, et comment le dire. Heureusement, il y a aussi des entreprises qui ont maintenant l’habitude de travailler avec nous et ne posent plus de questions.

Un accompagnement dans la durée

Parfois, on nous reproche de materner les personnes en situation de handicap psychique ou de les rendre dépendantes, mais notre accompagnement est en quelque sorte leur outil de compensation. Une fois que la personne est employée, nous continuons donc l’accompagnement au sein de l’entreprise ou en dehors si elle ne souhaite pas que l’on y intervienne. La maladie et les traitements entrainent souvent des troubles cognitifs avec des difficultés de mémorisation, de repérage dans l’ordre des tâches à effectuer, quelque fois des problèmes de compréhension, de fatigue et de relation. Lorsque la personne l’accepte, notre intervention en entreprise constitue un plus et facilite son intégration. Nous pouvons alors négocier des aménagements du poste de travail, mais aussi informer et conseiller la hiérarchie et parfois l’équipe, former un tuteur… Il s’agit aussi d’être disponible et réactif face à toute demande du salarié accompagné ou de l’entreprise pour assurer les médiations nécessaires, proposer des solutions pertinentes qui permettront la poursuite des collaborations.

Recueilli par Florence Chatel

Ombres et Lumière n°202

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