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© Le Tremplin

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L’alternance en vue d’un travail

Directeur du centre de formation Le Tremplin à Paris, Christophe Colin a une longue expérience dans la formation professionnelle de personnes avec un handicap mental.

En quoi consiste Le Tremplin ?

Le centre de formation du Tremplin est une petite structure qui accueille seize jeunes déficients intellectuels, âgés en majorité de 18 à 25 ans, et qui les prépare à l’entrée dans la vie professionnelle. Nous proposons une formule en alternance, c’est-à-dire que les jeunes sont à mi-temps au Tremplin et à mi-temps en entreprise (stage deux jours par semaine). Etant spécialisés dans la cuisine et les travaux ménagers, nous plaçons les jeunes en priorité en stage dans des cuisines de collectivités (écoles, collèges, lycées, maisons de retraite, hôpitaux, restaurants d’entreprises…) gérées par des groupes de restauration collective comme, par exemple, la Sodexo. Certaines jeunes filles font également des stages dans des écoles où elles assistent les institutrices pour certaines tâches auprès des enfants, un peu comme des assistantes maternelles. Ce stage en milieu ordinaire est vraiment un lieu d’apprentissage.

Comment se passent ces stages en entreprise ?

On demande aux responsables de l’entreprise s’ils sont d’accord pour accueillir un jeune sur un de leurs sites deux jours par semaine. Les jeunes ne sont pas tenus d’être performants ou opérationnels car on estime qu’ils viennent là pour apprendre à travailler. En revanche, on leur demande d’être suffisamment autonomes pour ne pas peser sur l’équipe. Pour que cela se passe bien, il faut bien sûr que le gérant du site soit partie prenante du projet, mais aussi que le jeune ait un tuteur, un professionnel référent sur place. Celui-ci est essentiel pour la réussite de l’insertion. La formule en alternance plait au jeune car il se retrouve régulièrement avec d’autres jeunes handicapés comme lui ; ce qui n’est pas le cas, les jours où il travaille dans l’entreprise. En outre, si l’on voit qu’un jeune a du potentiel, on peut lui proposer d’augmenter progressivement le temps de travail en entreprise.

Quel est l’objectif du Tremplin ?

L’insertion en milieu professionnel ordinaire ? Le but premier du Tremplin est l’épanouissement des jeunes avec un handicap mental qui nous sont confiés. Nous faisons du sur-mesure ! Le stage en milieu ordinaire permet de préciser leur projet professionnel. En fonction des compétences que le jeune aura développées, des aptitudes qu’on aura découvertes, on pourra envisager pour lui une insertion en milieu ordinaire. Mais c’est vraiment pour une minorité de personnes car cela nécessite des compétences solides, une grande autonomie, et que la personne ait le désir de travailler en milieu ordinaire. D’autres montrent des capacités au travail et ont mûri leur projet, mais ils ne sont pas assez polyvalents, performants, ou solides pour pouvoir viser le milieu ordinaire – celui-ci peut être très fatigant pour des personnes ayant un rythme plus lent –, on les invite donc à postuler dans des Etablissements et Services d’Aide par le Travail (ESAT) où ils seront encadrés par des éducateurs spécialisés. Enfin, certains, s’ils peuvent rendre quelques services en entreprise, n’atteindront pas un niveau qui permet d’envisager une embauche, que ce soit en milieu ordinaire ou protégé. Ces derniers seront orientés vers des structures de type occupationnel (Centre d’Accueil de Jour, Centre d’Initiation au Travail et aux Loisirs…) ou pourront, s’ils le souhaitent, rester chez nous avec un projet personnalisé de type occupationnel.

Quelle évolution constatez-vous depuis que le Tremplin existe ?

A l’origine, les CAT (anciens ESAT), qui relèvent encore aujourd’hui du médico-social, étaient financés à 80-90% par des fonds publics. Ils avaient notamment été créés pour permettre à des personnes avec un handicap mental, comme par exemple les personnes trisomiques, à prendre leur part dans la société par le biais d’un travail adapté. Mais au fil des années, la participation de l’Etat a diminué et la partie commerciale s’est développée impliquant des travailleurs plus performants. Si bien qu’aujourd’hui, les personnes trisomiques ont plus de mal à intégrer des ESAT. Aujourd’hui, un jeune trisomique de 20 ans qui sort d’un Institut médico-professionnel (IMPRO) a quasi systématiquement une orientation en Centre d’Accueil de Jour (CAJ), c’est-à-dire occupationnelle, car il est considéré comme inapte au travail. Beaucoup de personnes trisomiques arrivent au Tremplin avec une telle orientation, et notre challenge est de préparer tranquillement avec eux un projet professionnel. On ne leur demande pas d’être opérationnels à 20 ans, mais on leur donne trois, quatre, cinq ans… et on regarde comment ils évoluent. En fonction de leur évolution, ils pourront peut-être ensuite postuler avec succès dans un ESAT, voire même en milieu ordinaire ! C’est d’ailleurs, ce qui se passe pour le plus gros contingent de nos élèves. Quel est l’enjeu pour l’entreprise qui embauche une personne avec un handicap mental ? Tout d’abord, il faut reconnaître que, pour un chef d’entreprise, c’est plus difficile d’employer une personne handicapée mentale. Car il aura beau faire tous les aménagements possibles, la déficience intellectuelle de la personne sera toujours là ! C’est en réalité le travail qu’il faut adapter à la personne. Il faut lui faire un poste sur mesure constitué de tâches à sa portée, trouver un salarié d’accord pour être son référent, et enfin qu’il y ait un consensus dans l’entreprise pour l’accueillir. Chloé, une jeune fille trisomique du Tremplin, a été la première personne avec un handicap mental embauchée dans le groupe Mercedes France. Dix ans plus tard, elle y travaille toujours. Embauchée dans le plus gros concessionnaire d’Ile-de-France, elle s’occupe, entre autre, du courrier. De ce fait, elle est connue "comme le loup blanc" dans la maison et unanimement appréciée ! Quand les entreprises acceptent de jouer le jeu – et grâce à l’évolution positive de la loi, de plus en plus de sociétés créent des postes de chargés d’insertion handicap –, elles ne le regrettent pas. Les personnes avec un handicap mental humanisent l’entreprise et créent une cohésion dans les équipes de travail.

Propos recueillis par Florence Chatel, ol.ombresetlumiere.fr - 15 novembre 2011

Le Tremplin, 62 bd Vincent Auriol, 75013 Paris - Tél. : 01 45 82 65 66 – letrempling@club.fr ; http://letrempling.perso.sfr.fr/

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