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Le 22 novembre, le pape François a reçu en audience plusieurs centaines de personnes autistes, leurs familles et des chercheurs. © Osservatore Romano

Le 22 novembre, le pape François a reçu en audience plusieurs centaines de personnes autistes, leurs familles et des chercheurs. © Osservatore Romano

"L’Eglise peut contribuer à faire sortir de l’ombre les personnes autistes"

Du 20 au 22 novembre 2014, le Conseil pontifical pour la pastorale de la santé organisait au Vatican un colloque international sur l’autisme, sur le thème : "animer l’espérance." Mgr Nicolas Djomo, évêque de Tshumbe et président de la conférence épiscopale de la République Démocratique du Congo, ancien psychologue clinicien, était l’un des intervenants.

Quelle est la réalité de l’autisme en République Démocratique du Congo ?

C’est une réalité encore assez cachée. Notre pays a connu une quinzaine d’années d’instabilité, il a été frappé par la grande pauvreté si bien que la situation des enfants autistes n’a pas suffisamment été mise en avant. Il faut dire aussi que l’attention s’est tournée sur les grandes maladies endémiques comme le sida, la malaria ou la tuberculose. Nous avons dans notre pays très peu de structures hospitalières où les enfants autistes sont pris en charge et où se pratique un diagnostic spécifique. La plupart de nos médecins n’ont hélas pas été sensibilisés, ni suffisamment formés pour prendre en charge ces enfants. Ce colloque me permet ainsi de sensibiliser les praticiens au niveau de l’Eglise, je pense en particulier à la sensibilisation des médecins catholiques. Suite à cette rencontre, nous pourrions intéresser le gouvernement pour qu’une loi soit votée pour mieux prendre en charge l’autisme, nous pourrions aussi inviter les universités catholiques à promouvoir la recherche épidémiologique. Mais la priorité reste une meilleure formation de nos jeunes médecins dans les facultés.

Sur un plan pastoral, comment l’Eglise congolaise agit concrètement auprès des autistes ?

Une fois rentré de cette conférence internationale, je vais pouvoir en faire la restitution aux évêques en premier lieu. Car c’est au sein de nos diocèses, où nous avons des structures hospitalières et des centres de santé, qu’une attention doit s’éveiller sur la situation de ces enfants. Au niveau de la commission épiscopale, il nous faut encore développer notre pastorale de la santé afin que soient mieux accompagnés les autistes et leurs familles. Le chantier est devant nous. Il est nécessaire que la médecine au Congo puisse d’abord mieux s’occuper de ces personnes, que les diagnostics soient plus précoces pour que nous pasteurs puissions ensuite correctement les prendre en charge.

Est-il possible d’être "dans l’Eglise" avec les autistes, et de répondre à leurs aspirations spirituelles ?

Absolument, nous avons quelques centres où sont pris en charge les malades mentaux et quelques autistes, avec une véritable orientation spirituelle. C’est le cas du centre psychiatrique des Frères de la charité situé dans la ville de Kananga, au centre du pays, mais aussi des religieuses à Bandundu, non loin de Kinshasa. Ce sont des lieux où la spiritualité qui accompagne ces personnes est développée, notamment la prière avec elles. Mais les structures sont insuffisantes par rapport à la taille du pays, et c’est un défi majeur à relever.

Au-delà du manque de structures et de moyens, y’ a-t-il aussi une dimension culturelle qui joue dans l’exclusion de ces personnes ?

Je ne dirai pas que les autistes, comme les malades psychiatriques, sont rejetés pour des raisons culturelles. Notre problème est plutôt de réaliser des études socio-culturelles approfondies pour voir quel est l’impact de la culture africaine dans leur milieu, auprès de leurs proches. On insiste beaucoup sur les causes génétiques et biologiques de la maladie, mais on oublie qu’il y a une interaction avec l’environnement. Dans notre pays, je crois qu’on est loin du rejet, mais il y a des souffrances de la part des familles qui portent le poids de l’enfant autiste. C’est pour cela que la communauté nationale et l’Eglise devraient davantage s’en occuper afin d’aider ces familles, et contribuer à développer les qualités de ces enfants qui peuvent vraiment apporter à la société.

Ce colloque au Vatican était une première, est-il un fruit du pontificat du Pape François, qui insiste beaucoup sur la proximité avec les plus à la marge de nos sociétés?

Oui, le Pape François a une grande proximité avec les malades, et nous demande de sortir, de faire sortir ces personnes qui sont cachées, afin de poser un regard sur elle, et de mieux nous en occuper. Il y a une forte impulsion de la part de notre Saint-Père pour que ces personnes, en particulier les autistes, puissent revenir au centre de l’attention. C’est à nous pasteurs, à nous Eglise, dans nos pays du Sud, de faire en sorte que ces personnes peu visibles puissent sortir de l’ombre.

Propos recueillis par Olivier Bonnel, à Rome, ol.ombresetlumiere.fr – 24 novembre 2014

 

Pape François : "Rompre l’isolement et la stigmatisation"

"Il est souhaitable de créer un réseau de soutien et de services, complet et accessible, qui implique, outre les parents, les grands-parents, amis, thérapeutes, éducateurs. Ces personnes peuvent aider les familles à surmonter la sensation (...) d'inadaptation, d'inefficacité et de frustration. (…) Il s'agit de rompre l'isolement, et dans de nombreux cas, la stigmatisation qui pèsent sur les personnes affectées de troubles autistiques, comme aussi souvent sur leurs familles."

(extrait du discours aux participants, 22 novembre)

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