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Reportage à la CLIS des P'tits malins de l'école Lamazou (Paris 16e) en 2013. Depuis plus de 40 ans, cette école primaire expérimente la mixité entre enfants valides et déficients intellectuels pour le bonheur de tous. © Mélanie-Jane Frey

Reportage à la CLIS des P'tits malins de l'école Lamazou (Paris 16e) en 2013. Depuis plus de 40 ans, cette école primaire expérimente la mixité entre enfants valides et déficients intellectuels pour le bonheur de tous. © Mélanie-Jane Frey

"L’inclusion scolaire sera réussie quand nous nous intéresserons aux personnes avant de regarder leur diagnostic médical"

259 941 élèves en situation de handicap viennent de faire leur rentrée dans le milieu ordinaire, selon les chiffres de l’Education nationale. Parmi eux, se trouvent les élèves de l’enseignement catholique. Etat des lieux avec Françoise Maine, responsable de la mission "Besoins éducatifs particuliers" au secrétariat général.

Comment s’est passée la rentrée 2015 pour les élèves en situation de handicap dans l’enseignement catholique ?

Cette rentrée permet à encore plus d’élèves en situation de handicap d’avoir des dispositifs et des réponses adaptées. Nous sommes toujours en progression sur l’accueil, ce qui est pour nous essentiel. Et nous allons continuer à travailler pour pouvoir en accueillir davantage car malheureusement nous ne répondons pas encore à toutes les demandes. Des régions comme le Nord, la Bretagne, les Pays-de-Loire et la région lyonnaise sont engagées depuis très longtemps dans l’inclusion scolaire. Les autres régions font beaucoup d’effort ; le plus difficile restant dans les milieux ruraux isolés.

Quelles sont les nouveautés dans l’enseignement catholique ?

Cette année, nous ouvrons 40 structures de plus qui rentrent soit dans le dispositif des unités d’inclusion scolaire (ULIS école, collège, lycée), soit dans des dispositifs originaux puisque toutes les situations de handicap ne trouvent pas une réponse aujourd’hui dans ce qui est proposé par l’Education nationale. Nous venons ainsi de créer, grâce à notre fond d’aide à l’innovation, un poste itinérant d’aide à l’inclusion à Reims. Il s’agit d’un enseignant qui se rend dans plusieurs écoles d’un même secteur pour aider les enseignants à se former et à trouver des réponses pédagogiques adaptées aux situations qu’ils rencontrent. C’est une innovation à laquelle nous croyons beaucoup.

De même, nous avons été les premiers à expérimenter il y a sept ans une classe soleil de maternelle pour enfants autistes. C’est ce dispositif fondé sur les méthodes comportementales qui est repris aujourd’hui par l’Education nationale sous forme d’unités d’enseignement en maternelle : 30 sont ouvertes cette année dont deux dans l’enseignement catholique. Ce sont des dispositifs assez couteux en moyens humains car ils nécessitent d’avoir un auxiliaire de vie scolaire (AVS) par enfant, un enseignant spécialisé, et un psychologue pour superviser les adultes.

A partir de maintenant, les classes d’inclusion scolaire en primaire deviennent des "ULIS école". Est-ce un simple changement d’appellation ?

Non, c’est plus que cela. Cette démarche est intéressante car elle instaure une vraie cohérence entre l’école et le collège. Or à l’école, la CLIS correspond encore trop à une classe spécialisée fermée dans laquelle restent les enfants. L’idée, c’est d’ouvrir davantage le concept de classe à celui d’un dispositif passerelle favorisant l’inclusion des enfants et des jeunes en situation de handicap dans une classe ordinaire. En d’autres termes, on inverse la tendance : l’enfant se trouve en premier lieu dans une classe ordinaire et en deuxième il bénéficie d’un dispositif où, avec d’autres enfants comme lui, il peut revenir sur certains apprentissages à son rythme.

Le ministère de l’Education nationale annonce 350 équivalent temps plein d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), le nouveau métier créé pour pérenniser les auxiliaires de vie scolaire (AVS), ainsi que 10000 contrats aidés pour des missions d’AVS. Etes-vous concernés ?

Nous ne sommes pas concernés par les AESH qui sont totalement pris en charge par l’Education nationale. Dans l’enseignement catholique, les AVS relèvent de contrats de droit privé, ce dont le grand public n’a pas toujours conscience. Certes, nous recevons des aides de l’Etat pour leur embauche mais une part non négligeable de leur financement revient à l’établissement scolaire. A titre d’exemple, un collège de Rouen qui accueille beaucoup d’élèves dyslexiques reconnus par la maison départementale du handicap, emploie 20 AVS. Cela représente 25000 à 28000 euros par an pour cet établissement.

Enfin, autre nouveauté de la rentrée : le partenariat entre les établissements scolaires ordinaires et les instituts médico-sociaux…

Nous y travaillons. Cela implique une mutation culturelle pour les enseignants et le milieu spécialisé. Pour beaucoup d’éducateurs spécialisés, les jeunes qu’ils accueillent ne sont pas en capacité de suivre dans le milieu ordinaire. Certes, une petite partie ne pourra pas accéder au milieu scolaire ordinaire mais pour moi elle est minime.

Une inclusion à tout prix ne met-elle pas en échec certains jeunes ?

Le système scolaire met malheureusement en échec 150 000 jeunes ! Cela ne concerne pas que des élèves en situation de handicap. C’est pour cette raison que Pascal Balmand, le Secrétaire général de l’enseignement catholique, souhaite que nous passions de l’élitisme pour certains à l’excellence pour tous.

Manque-t-on encore d’ambition pour les élèves en situation de handicap ?

Il est sûr que l’on ne va pas encore assez loin globalement en France. Par exemple, la réforme du collège touche à beaucoup de domaines, mais elle n’aborde pas du tout la question des ULIS et des élèves en situation de handicap. Pour les politiques, la loi est appliquée, c’est l’essentiel ! C’est vrai que la loi est appliquée, mais tout le monde n’a pas aujourd’hui une place à l’école ou en institut médico-éducatif (IME). Des milliers de familles se trouvent encore sans solution pour leurs enfants. Ça n’est pas acceptable. D’autre part, il n’y a pas encore assez d’accompagnement qualitatif. Il faut que l’on puisse proposer aujourd’hui à ces jeunes en situation de handicap des parcours de formation qui leur correspondent et soient dans une continuité. Qu’ils puissent rentrer chez nous en maternelle et en ressortir avec un CAP, un BTS…

Quel changement cela implique-t-il dans le métier d’enseignant ?

Aujourd’hui, un enseignant se retrouve devant une hétérogénéité d’élèves sans précédent. Certains portent un handicap dont il n’a jamais entendu parler. En cinq ans, les classes ordinaires ont complètement changé. Des professeurs trouvent des solutions pédagogiques de manière intuitive, d’autres sont complètement démunis et inquiets. Il faut les aider. Encore en France, le handicap véhicule pas mal de peurs : on rencontre des professeurs qui craignent d’avoir un enfant autiste dans leur classe parce qu’ils ne savent pas comment l’aborder et l’accompagner. C’est pourquoi, nous avons mis en place nos propres parcours de formation sur les besoins éducatifs particuliers et nous formons chaque année 3000 enseignants. Nous avons des demandes exponentielles dans le second degré ; ce qui prouve que les professeurs sont motivés.

Le handicap pousse les enseignants à travailler davantage en équipe, à porter sur un jeune des regards croisés, à être créatifs. Parfois, en discutant entre eux, ils réalisent qu’il suffit d’une toute petite adaptation, de penser différemment la situation pour la rendre accessible. Nous devons les aider à avoir davantage confiance en eux.

Nous aurons réussi l’inclusion scolaire quand nous parlerons simplement d’élèves, quand nous nous intéresserons aux personnes avant de regarder leur diagnostic médical.

Propos recueillis par Florence Chatel, ombresetlumiere.fr – 3 septembre 2015

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