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Pour embaucher des personnes avec un handicap, la Caisse régionale Centre-ouest du Crédit agricole a créé sa propre formation avec la Chambre de Commerce et d'Industrie de Limoges. © DR

Pour embaucher des personnes avec un handicap, la Caisse régionale Centre-ouest du Crédit agricole a créé sa propre formation avec la Chambre de Commerce et d'Industrie de Limoges. © DR

L’intégration "à fond la Caisse"

A la Caisse régionale Centre-ouest du Crédit agricole, un salarié sur dix est en situation de handicap. Bruno Gardic, responsable "développement durable et diversité" de la banque et responsable de la mission handicap de cette Caisse régionale, présente la dynamique de cette intégration.

La Caisse régionale du Crédit agricole Centre-ouest représente 950 salariés dont 10% de personnes en situation de handicap (le taux moyen dans les caisses régionales est de 4,6 à 4,7%). Après la loi de 2005, les caisses régionales et la Fédération nationale du Crédit agricole ont signé un accord de branche. Dès le départ, dans notre Caisse régionale, nous avons eu la volonté d’être proactif en jouant sur différents leviers : l’embauche directe, la formation, le maintien dans l’emploi, et la sous-traitance à des entreprises adaptées. Et nous avons énormément communiqué pour dédramatiser la question du handicap.

Une formation sur mesure

Nous ne souhaitions pas déroger à la règle d’embaucher des personnes au niveau bac + 2 ou bac + 3. Et très vite, nous nous sommes aperçus que nous ne trouverions pas de candidats car seulement entre 5 et 7% de personnes handicapées ont ce niveau d’études et de diplôme. Nous avons donc décidé de chercher des personnes avec un niveau Bac et de les amener au niveau Bac + 2 par une formation que nous avons créé de toute pièce avec la Chambre de commerce et d’industrie de Limoges.

Il s’agit d’une formation sur deux ans en alternance (15 jours en agence, 15 jours en formation) que nous avons voulu diplômante car nous ne souhaitions pas que les personnes se retrouvent sans rien si, à la sortie, nous ne les embauchions pas en CDI pour diverses raisons. Deux ans peuvent paraître longs pour une formation mais quand la personne a été plusieurs années sans emploi à cause de son handicap, c’est finalement court pour elle. Et pour l’entreprise, c’est le temps indispensable pour mieux la connaître. Pendant la période de formation, les "stagiaires" sont en sureffectif dans les agences ; ce qui n’est plus vrai une fois qu’ils sont nommés. Mais ce temps d’alternance a permis aux équipes d’apprendre à travailler ensemble. Et globalement, on observe très peu de rejet de personne avec un handicap par une équipe. Avec le médecin du travail, nous veillons à cette bonne intégration et à accompagner les managers pour leur expliquer les conséquences éventuelles du handicap sur le travail.

Aujourd’hui, cette formation est interbancaire, c’est-à-dire que nous avons convaincu les autres banquiers de la place de se joindre à nous. En huit ans, quarante personnes ont été formées, une quinzaine embauchées en CDI. En 2014, nous avons eu au Crédit agricole cinq diplômés dont quatre embauchés en CDI, la cinquième a eu son diplôme mais elle s’est rendue compte qu’elle n’était pas faite pour travailler dans le secteur bancaire. J’essaie de rester en lien avec les personnes que nous n’embauchons pas et de les orienter vers d’autres filières professionnelles. Car si nous les avons formées, c’est que nous avons senti chez elles une réelle motivation.

Une motivation décuplée

Ces personnes ont des handicaps variés : déficience visuelle, sclérose en plaques, handicap moteur… En moyenne, elles ont entre 35 et 40 ans, et souvent, ont arrêté leurs études depuis quinze à vingt ans. On voit aussi des personnes acquérir un bac + 2 à 50 ans. Il est sûr que c’est plus difficile à ces âges-là de se remettre aux études, mais en même temps, ces personnes ont une motivation décuplée. Elles ont l’impression que c’est la chance de leur vie d’être insérées dans une entreprise plutôt solide, avec un métier intéressant, et des perspectives d’évolution professionnelle. Un homme passé par cette formation est ainsi devenu directeur d’agence au bout de quatre ans.

Recueilli par Florence Chatel

Ombres et Lumière n°202

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