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© Luc Tesson

© Luc Tesson

La jalousie des frères et sœurs

Quelques pistes de réflexion, quand on sent, comme Valérie, monter en soi l’agressivité à l’égard de son frère handicapé, qui décidément accapare toute l’attention de nos parents.

1.Ne pas nous étonner

La jalousie est l’un des sentiments les plus habituels au cœur de l’homme. Le vrai problème est lorsqu’elle se tourne en haine. On le voit au long de la Bible : Caïn est jaloux de son frère Abel, au point de le supprimer ; les dix frères de Joseph voulaient le tuer mais finissent par le vendre comme esclave… et c’est lui qui, leur pardonnant, les sauvera un jour de la famine. La jalousie n’épargne même pas les amis les plus intimes de Jésus. Marthe est très agacée que sa sœur Marie ait choisi la meilleure place, aux pieds du Seigneur. Jésus, qui connaît nos cœurs, nous dit la parabole de l’enfant prodigue où l’on peut voir le fils aîné jaloux de son cadet. Celui-ci a dilapidé la moitié des biens de la famille. Pourtant, le père l’accueille avec une joie et une tendresse plus intenses que jamais. C’en est trop pour l’aîné, pourtant chéri lui aussi. Ainsi l’Ancien et le Nouveau Testament nous décrivent la morsure de la jalousie pour tous. Mais avoir senti la tentation n’est pas y consentir. Y avoir consenti et le regretter nous conduit à l’humilité et à la miséricorde de Dieu.

2.Jaloux du plus faible ?

Nous envions ceux qui sont plus brillants que nous. Leurs dons nous écrasent. Mais, paradoxalement, la jalousie s’exprime souvent à l’égard du plus petit. La jalousie peut naître de la tendresse privilégiée que les parents accordent habituellement au plus faible. On connaît le poème de ce père : "Celui de mes enfants que je préfère, c’est celui qui est malade, jusqu’à ce qu’il guérisse ; celui qui est éprouvé, jusqu’à ce qu’il soit consolé ; celui qui est le plus petit, jusqu’à ce qu’il soit devenu grand"… En fait, ce père doit rester vigilant. Les parents ont à demander la grâce d’aimer chacun de leurs enfants d’une affection unique pour que chacun se sente, d’une certaine manière, "le préféré". C’est possible. Je peux le dire d’expérience. Cela vaut, même et surtout, lorsqu’une sœur ou un frère handicapé mobilisent l’inquiétude, l’attention, l’énergie. La jalousie commence lorsque s’établit un compte entre ce que nous recevons et ce que reçoit l’autre. Notre cœur avide n’a pas la force de supporter un partage qui nous paraît en notre défaveur. Alors que lorsqu’on se sent aimé d’une façon unique, la comparaison devient impossible.

3.Trouver une femme ou un homme sûr (2 Tm 2,2) pour s’en ouvrir

Récemment, Valérie m’a écrit : "Depuis que j’ai osé prononcer le mot de "jalousie", cela m’a donné le courage d’en parler avec ma mère. Cela va mieux." Valérie peut le dire sans doute parce que le repliement sur soi ronge de l’intérieur et que la vérité libère. Plus facilement qu’à leurs parents, d’autres frères et sœurs évoqueront le problème avec un prêtre, un ami de confiance… Car c’est à partir de la prise de conscience et de l’acceptation de nous-mêmes, de nos faiblesses, mais surtout de nos dons propres, de notre mission unique, que nous pouvons avancer.
Nous pouvons aussi simplement en parler au Seigneur : "Je suis désolée, mais je n’y peux rien. Toi, tu peux changer mon cœur et empêcher qu’il ne s’aigrisse. Tu peux m’aider à ne pas me sentir lésée de l’attention qui entoure mon frère. Moi, je ne peux pas encore l’aimer, je lui en veux trop ; mais Toi, tu peux m’aider et l’aimer à ma place. Et si je l’ai blessé, tu peux le consoler. Donne-moi aussi la grâce de découvrir combien c’est beau que je sois moi et que lui soit lui, chacun de nous différent et irremplaçable." Cette prière peut aider à jeter une passerelle vers ce frère, par un sourire, un merci, une demande de service, si minime soit-il.

4.Etre l’ami du temps

Sans doute faut-il du temps pour que notre cœur se calme devant cette sœur ou ce frère rival. Tant de blessures, accumulées parfois depuis l’enfance, ne sauraient être guéries en un jour. Il nous faut être patient et miséricordieux avec nous-même, à la manière dont Jésus l’est avec nous.

Marie-Hélène Mathieu, Ombres et Lumière n°108

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