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Jean Claude Guillebaud / DR

Jean Claude Guillebaud / DR

La leçon d’Alexandre

L’éditeur Jean-Claude Guillebaud évoque combien sa rencontre avec Alexandre Jollien, IMC (infirme moteur cérébral), a changé son regard sur l’homme et ses fragilités.

Alexandre a passé les dix-sept premières années de sa vie dans un institut spécialisé où, il le dit lui-même, il était à l’état de "légume". A l’époque, personne ne lui promettait une autre existence. Mais lorsqu’un éducateur, par un coup de génie, l’initie à l’informatique, Alexandre – qui ne pouvait écrire jusque-là – trouve alors une clé à la prison de son handicap et s’ouvre au monde. Peu à peu, il fait des études et au bout du compte, décroche une licence de philosophie ! Alexandre se met alors à écrire et des années plus tard, je publie, au Seuil, deux livres de lui (Le Métier d’homme, dans lesquels il s’exprime, en philosophe, sur son handicap mais aussi sur sa volonté de vivre "comme tout le monde". Ces deux livres ont été des best-sellers, traduits en plusieurs langues. Assez vite, Alexandre est devenu une sorte de figure emblématique de l’optimisme et du courage. Grâce à sa présence, à son humour (j’ai assisté à des conférences où il parvenait à faire rire la salle toutes les cinq minutes en parlant de son expérience), il a arraché les conversations habituelles sur le handicap à je ne sais quelle tristesse de principe.

Pour dire la vérité, Alexandre a profondément transformé le regard instinctif que je portais moi-même – comme tout le monde – sur le handicap. Il m’a guéri de ma gêne. Il m’a aidé à comprendre qu’il fallait aller bien au-delà de la compassion, qui peut se révéler blessante. Mieux encore, sa présence, son histoire m’ont beaucoup aidé à travailler moi-même à ce gros livre que j’ai appelé Le principe d’humanité. J’y rappelle notamment ce que nous ne devrions jamais oublier.

La norme est porteuse d’une barbarie parfois ignorante d’elle-même. C’est autour de cette idée de normalité que le délire eugéniste s’est construit dans les années 1920, avant d’être mis en oeuvre par les nazis. En vérité, il n’y a pas de norme, mais seulement une non-divisibilité essentielle du principe d'humanité qui fonde l'égale dignité de tous les humains. Autrement dit, on n’est jamais humain à moitié, on l’est toujours en totalité et en vérité. Il n’y a aucune différence d’humanité entre un prix Nobel de biologie et un handicapé profond. Ce sont des hommes tous les deux, au même titre, avec l’entière et irréfutable dignité qui y est attachée.

Jean-Claude Guillebaud

Ombres et Lumière n°171

(1)Ed. du Seuil, 2002, 90 p., 9 euros.
(2) Ed. du Seuil, 2001, 380 p., 19,80 euros.

 http://www.alexandre-jollien.ch/

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