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© F. Chatel / Ombres et Lumière

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La main à la pâte

A Waterloo (Belgique), une boulangerie, créée par un couple chrétien, met les personnes handicapées qui y travaillent, au cœur d’un réseau social.

Quand on entre dans la boutique, ça sent bon le pain chaud. Ariane, une jeune fille de vingt et un ans, avec un handicap mental, glisse une baguette toute fraîche dans un sachet en papier et la dépose à côté de la caisse où Odette, une bénévole de quarante-huit ans, enregistre le montant tout en discutant avec le client. Pendant ce temps, de l’autre côté d’une porte vitrée, d’autres personnes handicapées s’affairent à la boulangerie, préparent des sandwiches en cuisine, ou mitonnent le déjeuner. Depuis que Grain de Vie existe, Waterloo (Belgique) n’est plus une "morne plaine" !

Un travail pour s’épanouir

Grain de Vie, c’est un centre de jour qui progressivement devient un "atelier protégé". Créé il y a douze ans par Vittorio de Santis, un Italien qui respire la bonté, et sa femme (voir encadré), son activité a démarré avec quelques personnes dans le fournil d’un boulanger pendant les heures où celui-ci ne l’utilisait pas. La fabrication du pain s’est ensuite poursuivie dans leur propre maison, puis à Waterloo tout près de Bruxelles où, depuis l’ouverture d’une boutique il y a trois ans, Grain de Vie a pignon sur rue. Aujourd’hui, dix-sept personnes handicapées y travaillent, entourées d’une quarantaine de bénévoles. Un grand nombre d’entre eux viennent de l’église catholique Saint-Paul, la paroisse de Vittorio. Deux personnes sont également salariées : le boulanger, – un pasteur habitant à 110 km de là – , et son assistant, musulman.

Ce jour-là, Benjamin est à la boulangerie. Casquette blanche vissée à l’envers sur la tête, tablier blanc et pantalon à petits carreaux mauves, le jeune homme trisomique lance sur la table un morceau de pâte qu’il tape avec la paume de sa main, avant de former une boule avec des gestes précis. Comme ses collègues, il a pris son travail à 9h et sera quitte à 13h après le déjeuner pris tous ensemble. L’après-midi, seule la boutique fonctionne, avec deux personnes dont l’une est handicapée. "C’est très important pour la socialisation, note Vittorio de Santis. Parler avec les clients, se sentir appelé par son prénom, est gratifiant." De la même manière, faire la cuisine permet de développer l’autonomie, et toucher la pâte à pain fait du bien au psychisme : "C’est une matière vivante, sa chaleur décontracte." Responsable pédagogique, Stéphane Tosberg, le boulanger, reconnaît que la fabrication du pain permet d’expérimenter la méthode Vittoz (1). Pour lui, quelle que soit l’activité, il faut partir des qualités de chacun, par exemple choisir une personne qui sourit facilement pour livrer le pain. "Les personnes handicapées ne connaissent pas toujours leurs dons, explique-t-il. A nous de les chercher et de leur montrer ce qu’elles font le mieux."

Présence du saint sacrement

De fait, depuis six ans qu’elle travaille à Grain de Vie, Isaline est plus ouverte à la maison, elle participe davantage aux conversations et donne volontiers un coup de main pour éplucher des carottes, souligne Odette Cambier, sa maman. "Ces enfants guérissent leur cœur et leur être par le travail, ajoute-t-elle. Et je trouve génial que le saint sacrement soit présent dans la maison. Je suis sûre que Jésus travaille avec eux." Caché dans le tabernacle, dans un coin de la chapelle située au sous-sol, le Pain de Vie est la vraie nourriture de cette maison, source de l’harmonie qui y règne et de son rayonnement. Grégory, un homme trisomique ne s’y trompe pas : chaque matin, il vient prier ici avant d’aller travailler. Plusieurs fois dans l’année, une célébration, ouverte à d’autres confessions, a également lieu.

"La personne handicapée a été pour moi une fenêtre, confie Vittorio. Elle a ouvert mon horizon à d’autres formes de pauvreté." Grain de Vie livre ainsi du pain dans des centres de réfugiés, aux Petites Sœurs des Pauvres, et à l’association Poverello, sorte de "Restos du cœur", installée à Marolles, un quartier défavorisé de Bruxelles. Aujourd’hui, pour répondre à d’autres demandes de ce type et donner plus de travail aux personnes handicapées, Vittorio lance une nouvelle opération : toute personne qui le souhaite peut les soutenir en versant cinq ou dix euros par mois. Nom de cette campagne : "Soyez doublement solidaire". Une autre manière de partager le pain.

Florence Chatel, Ombreset Lumière n°171

(1) Méthode de concentration fondée sur la réceptivité des sens, inventée par un médecin suisse au début du XXe siècle.

 

Grain de Vie, Rue de la Station 122 - 1410 Waterloo – Belgique, tél. 00 322 353 20 66

 

 

e. 

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