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Les personnes handicapées ont bousculé le rendez-vous un peu "convenu" qu'est la Conférence nationale du handicap © Présidence de la République

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La République réenchantée

Jeudi 19 mai, avait lieu à l’Elysée la Conférence nationale du handicap. Un rendez-vous politique plus surprenant que prévu.

A priori il n’y avait pas grand-chose à attendre d’un tel événement. De loin, la Conférence nationale du handicap, qui réunit le gouvernement et les acteurs du secteur, notamment associatifs, pour faire un point d’étape (normalement tous les trois ans, mais celle-ci avait été avancée) sur les politiques en faveur des personnes handicapées, fait partie de ces rendez-vous politiques un peu prévisibles où chacun joue sa partition : les ministres venant défendre leur bilan, "tout ce qui a été fait", avec les éléments de langage adéquats ; les représentants d’associations venant plaider pour "plus d’ambition", moins d’atermoiements. D’autant que nous sommes en période préélectorale... Un jeu de postures sans doute nécessaire, mais un peu ennuyeux, donc.

Et pourtant cette matinée du 19 mai a fait entendre une musique un peu différente. Non seulement parce que l’Etat n’avait lésiné ni sur les symboles : la conférence se tenait dans les salons de l’Elysée ; ni sur le casting : Hollande, Valls, Touraine, Vallaut-Belkacem, Cosse, et quelques secrétaires d’Etat plus discrets avaient fait le déplacement. Non, ce qui a surtout fait de ce raoult républicain un moment un peu à part, c’est la place qui a été faite aux personnes malades et handicapées elles-mêmes. On ne peut que se réjouir qu’elles aient eu la part belle lors des tables rondes thématiques, intercalées entre les discours des experts et des politiques. Comment oublier le témoignage, sous les dorures du Palais, de Sophie, 36 ans, diagnostiquée borderline, qui a retrouvé un emploi à temps partiel après une longue période d’hospitalisation ? Les paroles toutes simples de Fabien, atteint d’une maladie du cerveau, heureux résident d’une maison Simon de Cyrène à Vanves ? Le récit digne du parcours semé d’embûche de Céline, non voyante et étudiante en troisième année de licence d’anglais à Paris ? Ringardisant toute tentative de langue de bois, leurs interventions touchaient à l’essentiel… A la fin de la matinée, voir le président Hollande participer à une table ronde avec deux personnes handicapées - Pascal, aux mots incertains et rieurs, et Joseph Schovanec, le désormais célèbre "saltimbanque de l’autisme" - et la maman de Jean-Charles, un enfant sourd, avait quelque chose de savoureux - presque un moment de grâce, mêlant humour et émotion.

Au-delà des mots d’ordre de la "société inclusive", au-delà de la mise en scène non exempte de calculs, l’authenticité et la fraicheur de la prise de parole de ces personnes apportaient ainsi chair et souffle à cette rencontre… Signe qu’un vrai renversement de perspective est en train de s’opérer dans la société : non pas “faire pour” les plus fragiles, mais faire avec. Et l’on se prend à rêver : et si les personnes handicapées pouvaient réenchanter la République ?

Cyril Douillet, ombresetlumiere.fr – 23 mai 2016

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