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© DR  pour Ombres et Lumière

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La révolte d’une petite fille

Depuis le diagnostic de la surdité sévère de leur fille Maylis, ses parents ont fait le choix de l’oralisme. Cette jolie fille de neuf ans, ne cache pas son mal-être.

"La vie est nulle. C’est trop dur d’être sourd." La jeune demoiselle qui martèle ces mots a neuf ans. Son visage tout joli, aux traits déterminés, dit assez sa maturité et l’ambivalence que Maylis porte en elle : ses cheveux en queue de cheval ne cachent pas la prothèse auditive et l’implant cochléaire, mais son air tendu vous fait immédiatement comprendre qu’il ne faut pas lui en conter… Tous les signes d’une extrême sensibilité sont là.

Sa maman me confirme que leur seconde enfant, cette petite fille par son âge, est en pleine révolte : "Je n’aurais pas dû naître" est le reproche que Maylis lui a lancé. L’impuissance de sa maman à accompagner ce mal-être lui pèse terriblement, la tentation de baisser les bras est grande.

Et pourtant, Dieu sait qu’elle ne ménage pas sa peine… Depuis le diagnostic de la surdité sévère de leur petite fille, ses parents ont fait le choix de l’oralisme, c’est-à-dire lui donner l’accès à la langue française et ainsi participer pleinement au monde des entendants coûte que coûte. Pour ce faire, Maylis – comme ses parents – a appris le langage parlé complété (LPC) grâce auquel elle a pu être intégrée rapidement dans le milieu ordinaire. Actuellement, elle ne bénéficie plus d’aucune aide extérieure en classe. Elle compense ce qui lui échappe par une vive intelligence et une volonté farouche d’y arriver. Mais les relations avec les autres élèves sont difficiles… Maylis qui se sent mise à l’écart, aimerait bien se retrouver de temps en temps avec d’autres enfants sourds, me dit-elle. En même temps, l’essentiel pour elle est de faire tout comme les autres : cours de danse (section jazz pour les sons graves), Jeannettes…

"C’est vrai que Maylis est sur un strapontin : ni complètement dans le monde entendant, ni dans le monde sourd." Tout en reconnaissant que leur fille a sans doute besoin de côtoyer des amis malentendants, ses parents n’envisagent pas d’alternative à l’oralisme. En ce sens, ils ont fait pour elle le choix de l’implanter ; Maylis a rejeté l’implant au sens propre du terme, celui-ci étant remonté à la surface de la peau… Quand elle sera grande, assure sa maman, elle pourra apprendre la langue des signes française (LSF) si elle le souhaite, mais pas avant qu’elle ait parfaitement maîtrisé la langue française. Elle y arrivera ! Nul n’en doute quand on veut devenir, comme elle, professeur d’université ou commandant d’un bateau…

Marie-Vincente Puiseux, Ombres et Lumière n°174

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