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Selon des évaluations réalisées à l’étranger, le job coaching permettrait deux fois plus d’entrée dans l’emploi, trois fois moins d’abandon de parcours, 30% en moins de rechute. © Alex Raths Thinkstock

Selon des évaluations réalisées à l’étranger, le job coaching permettrait deux fois plus d’entrée dans l’emploi, trois fois moins d’abandon de parcours, 30% en moins de rechute. © Alex Raths Thinkstock

Le job coaching : une méthode qui confronte au réel

Pourquoi un dirigeant aurait-il droit à un coach, et pas une personne en situation de handicap psychique ? Venu des pays anglo-saxons, le job coaching (emploi accompagné) fait peu à peu son apparition en France, comme à Annecy (Haute-Savoie) où l’association Messidor l’expérimente depuis un an et demi. Interview de Christophe Allemand, responsable de ce nouveau dispositif.

Qu’est-ce que le job coaching ?

C’est un dispositif pour des personnes, atteintes de troubles psychiques plus ou moins handicapants, exprimant le souhait et la motivation de travailler en milieu ordinaire. Son objectif vise une insertion directe en milieu ordinaire de travail. De la recherche d’emploi au maintien dans celui-ci, la personne est accompagnée par un intervenant unique, le job coach. Comme nous visons directement un emploi en milieu ordinaire, sans formation préalable, nous ciblons l’emploi correspondant aux aptitudes et habilités de la personne tout en prévoyant les aménagements de poste nécessaires : horaires de travail, rythme, besoin particulier de soutien, tout point de repère utile à l’employeur… Puis rapidement, nous plaçons la personne dans une dynamique d’action envers l’emploi : recherche d’offres, ciblage d’entreprises, rédaction d’une lettre de candidature… Nous observons ainsi comment elle se mobilise et ce qu’elle est capable de mobiliser.

A quel ressorts doit faire appel le demandeur d’emploi ?

La motivation et l’envie d’accéder à l’emploi en milieu ordinaire est la seule condition pour entrer dans le dispositif du job coaching. La confrontation d’emblée au réel du travail permet de sortir de l’imaginaire. Certes, des symptômes de la maladie psychique, comme l’angoisse, peuvent resurgir ; la question qui se pose alors est comment les gérer. Cette confrontation au réel révèle les aptitudes et les freins de la personne et permet d’envisager son retour à l’emploi sous un angle réaliste en l’accompagnant dans la durée. Il arrive que nous nous rendions compte que la personne ne peut pas reprendre tout de suite un travail en milieu ordinaire ou que la priorité pour elle est une meilleure prise en charge médicale. Avec son accord, nous organisons un entretien avec l’équipe soignante pour en discuter et définir ce qu’il convient de faire : reprise de soins, poursuite ou temporisation, réorientation vers un autre milieu de travail.

Comment évaluez-vous le travail que peut accomplir la personne ?

Le parcours professionnel de la personne fait souvent ressortir une problématique centrale. Prenons le cas d’une personne qui a des problèmes d’impulsivité et qui enchaîne les contrats les uns derrière les autres depuis de nombreuses années. En analysant avec elle son parcours, nous notons qu’une même situation conduit systématiquement à l’arrêt du contrat de travail. Si nous observons une réaction disproportionnée par rapport à la situation, il peut être intéressant d’en parler avec l’équipe soignante pour définir ensemble la conduite à tenir pour envisager son retour et son maintien dans l’emploi.

Autre exemple : le CDI n’est pas toujours la clé d’entrée pour des personnes éloignées de l’emploi depuis plusieurs années ou en rupture régulière de contrat. Il fait référence à l’engagement, ce qui soulève de la peur dans l’immédiat. Mieux vaut alors envisager un CDD dans un premier temps et se donner le temps d’éclaircir cette notion d’engagement, même si cela présente un risque de précarité.

Une fois qu’une problématique se dégage, nous regardons avec la personne ce qui est possible pour elle aujourd’hui compte tenu du marché local de l’emploi, de ses compétences, habiletés et capacités mais aussi des conséquences de ses troubles au travail. Ça permet d’identifier le métier et les modes de compensation du handicap. Pour la personne souffrant d’impulsivité, ça peut être de trouver un travail dans un secteur où il y a moins de pression, où le flux d’activité est régulier. Nous nous positionnons sur un principe de réalité de ce que peut faire la personne. Parfois, cela peut être à l’opposé de ce qu’elle imaginait faire à l’entrée dans le dispositif.

Le désir de la personne n’est-il pas quand même important ?

Il est important s’il rentre dans un principe de réalité. Le désir premier de la personne, c’est celui de travailler. On regarde ensuite avec elle ce qui est possible. Souvent, au cours de l’accompagnement, la personne, en se confrontant aux situations de travail, se rend compte par elle-même de ce qui est possible ou de ce qui va être compliqué pour elle. Notre travail est plutôt de fermer des portes jusqu’à ce que nous ouvrions la bonne.

Nous accueillons régulièrement des personnes qui ont suivi une formation, persuadées que c’était ce qu’elles voulaient faire, mais elles n’ont jamais abouti à un emploi ! Notre objectif est de sortir la personne de l’illusion et d’éviter qu’elle s’enferme dans des impasses. Après… sortir de l’illusion peut parfois prendre du temps, et nous nous mettons au rythme de la personne. Si au bout de deux ou trois mois la personne n’a pas réussi à se mobiliser dans une action concrète, ne serait-ce que repérer une offre d’emploi, c’est qu’il y a quelque chose qui bloque. Parfois, nous sommes démunis ; c’est pourquoi nous avons besoin d’être en lien avec les lieux de soins de la personne. Nous ne pouvons pas travailler seuls. Et la personne est toujours associée à nos discussions.

Quel sont les fruits du job coaching ?

In fine, ce mode d’accompagnement permet à la personne de faire un pas de plus, même si elle ne retrouve pas un emploi tout de suite. Parfois, cela permet de la réorienter : elle a peut-être besoin d’une étape intermédiaire avant un emploi dans le milieu ordinaire. C’est vraiment un dispositif qui la remet en mouvement quel que soit l’aboutissement. Envisagé en prolongement du soin, le travail peut concourir au rétablissement de la personne quand il est accompagné. Des évaluations de cette méthode ont été faites à l’étranger. Il en ressort deux fois plus d’entrée dans l’emploi, trois fois moins d’abandon de parcours, 30% en moins de rechute. Je pense ainsi à un monsieur qui a retrouvé un emploi dans lequel il se sent bien. De lui-même, alors qu’il rejetait tout traitement depuis quelque temps, il a demandé à son psychiatre de lui en prescrire un pour se donner toutes les chances de conserver son emploi.

Propos recueillis par Florence Chatel

Ombres et Lumière n°202

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