Sur le même sujet

  • Une amie pour les parents découragés

    Sainte Thérèse de Lisieux, fêtée le 1er octobre, peut-elle aider les parents désemparés face à l'éducation d'un enfant en gra

  • Peut-on éduquer sans punir ?

    Bernadette Lemoine, psychologue, réfléchit à la place des récompenses et punitions dans l’éducation des enfants.

  • Manon apprend la pudeur

    A l’adolescence de l’enfant handicapé, comment lui faire découvrir l’intimité et la pudeur ? Témoignage de parents.

© www.photo-libre.fr

© www.photo-libre.fr

Le look, reflet du regard

L’habillement n’est pas qu’une affaire de goûts et de couleurs. Il reflète aussi le regard que nous portons sur notre enfant handicapé.

Tant qu’ils sont jeunes, les parents semblent ne pas trouver trop de difficultés à vêtir leurs enfants. Pourtant, il n’est pas rare de rencontrer des enfants handicapés négligés sur le plan du soin, de la propreté, ou de l’habillement, signe d’un lien complexe, d’un certain regard que les parents portent sur leur enfant, d’un désinvestissement éducatif. Parfois, on rencontre aussi des enfants dont on veut "compenser" le handicap : en achetant à tout prix des vêtements de marques, ou en modifiant son apparence physique pour tenter de gommer une disgrâce. Telle cette petite fille trisomique de quatre ans, que sa mère emmenait régulièrement chez le coiffeur pour lui faire faire des permanentes…

Choix des parents et goûts de l’enfant

Le plus souvent, ce sont les parents qui choisissent les vêtements de leur enfant handicapé, parfois pendant très longtemps. "Il y a chez l’enfant encore très dépendant la peur de s’opposer (donc d’être moins aimé), avance une mère de famille, le sentiment profond d’être une cause de souffrance, avec la volonté de ne pas en rajouter. Le vêtement est alors pour lui une manière de dire : « je suis conforme à l’image que tu attends de moi. "
Difficulté pour les parents quand ils ont à habiller leur enfant jusqu’à l’âge adulte ("mon fils ne pourra jamais mettre son pantalon tout seul…", soupire un papa), à choisir pour lui par nécessité, et en même temps apprendre à le faire goûter au plaisir de porter une tenue qui le met en valeur. Cette maman a trouvé sa mesure en faisant pour son fils ce qu’elle ferait pour elle-même. "Quand j’ai habillé Laurent (polyhandicapé), je l’installe devant le grand miroir de sa chambre pour qu’il ait une image de lui, et je lui dis : "Laurent, tu es beau !", il rit, il est content. J’ai aussi besoin de me sentir bien dans le regard que je pose sur lui."
Les parents sont amenés progressivement à respecter les goûts de leur enfant handicapé, à le laisser choisir, pour que celui-ci puisse se vêtir à la mesure de sa croissance personnelle. Chez les uns (garçons surtout), l’habillement quotidien va susciter peu d’intérêt, voire une totale indifférence, à moins qu’ils ne soient attachés, tel Frédéric, à leur vieux pull qui a dix ans… impossible d’en changer. Mais lors des grandes occasions, la joie de porter un nœud papillon, visible sur leur visage, va témoigner de leur fierté à s’habiller comme les autres, dans le ton de la fête.
Chez d’autres, ce sera plutôt une manière d’attacher une importance à leur image, leur confort : "J’ai l’habitude de toujours soigner mon apparence, car la vie ne m’a pas loupé ! constate ce garçon IMC de trente ans, je me mets donc souvent en cravate, ça passe beaucoup mieux et pallie ma déficience physique."

Eduquer notre regard

Le vêtement est langage. Il exprime quelque chose de la personne, et la multitude des interprétations est infinie. Le vêtement est invitation au dialogue, et c’est peut-être l’enjeu majeur du soin à apporter au look de notre enfant. "C’est notre responsabilité d’encourager au respect de l’autre, de faciliter la relation", soutient une maman. L’apparence peut et doit aider à découvrir sa valeur, mais on sait bien qu’elle ne dit pas le tout de sa personne. A chacun de nous d’éduquer son propre regard, comme nous y encourage le prophète (1 S, 16,7), car "l’homme regarde l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur".

Raphaëlle Simon, Ombres et Lumière n°149

Pour aller plus loin

A voir aussi