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© Maguelone du Fou pour Ombres et Lumière

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Le pardon a sauvé mon couple

Alix est mariée à Marc depuis 23 ans. Fragilisé par le handicap de leur fils aîné, leur couple a traversé une grosse zone de turbulences. Aujourd’hui, Alix estime qu’il est sauvé. Elle témoigne.

Alix est mariée à Marc depuis 23 ans. Fragilisé par le handicap de leur fils aîné, leur couple a traversé une grosse zone de turbulences. Aujourd’hui, Alix estime qu’il est sauvé. Elle témoigne. Le pardon, pour moi, c’est un chemin intérieur. Si on attend que le pardon soit demandé, on peut attendre toute une vie…. Il y a un travail personnel à faire en amont pour se remettre en question, pour accepter que l’autre soit différent. J’avais 23 ans quand Louis est né. C’était notre premier enfant et il était IMC. Marc a été tétanisé par la naissance de son fils. Il était en état de choc et il s’est réfugié dans le travail, me laissant assumer toute seule à la maison. La naissance de deux filles a suivi, mais Marc ne s’est pas plus investi. Moi, non seulement je portais tout mais en plus il fallait que je me batte avec lui car il était contre tout : l’achat du premier fauteuil roulant, les opérations à répétition… Cela m’a épuisée. Je me suis repliée sur moi. Marc me disait des paroles terribles. Notre couple était très fragilisé. Nous n’étions pas capables de partager notre douleur. Je me disais que j’attendais jusqu’aux 18 ans de notre dernière, et qu’après je partirais.

A 40 ans, Marc a fait une énorme dépression. La communication entre nous ne se faisait plus que par mails. Et puis un jour, il a touché le fond et il m’a exposé son mal être. C’est à ce moment que ma démarche de pardon a commencé. Je me suis dit qu’il m’aimait, qu’il m’avait toujours été fidèle et qu’il fallait m’appuyer sur les grâces de notre sacrement de mariage. J’ai décidé de lui ouvrir mon cœur sans le culpabiliser. Je sentais que pour avancer, il fallait que je pardonne. Dans une relation entre deux personnes, chacun doit faire son travail. Je ne peux pas faire celui de l’autre à sa place mais je serais responsable de ne pas faire le mien. Pardonner, ce n’est pas oublier ce qui s’est passé mais donner de l’espérance au futur.

Depuis cinq ans, nous remontons la pente tout doucement. Les lundis soirs, nous nous offrons une soirée à deux. Au début, tous les prétextes étaient bons pour la faire sauter mais je vois que maintenant, il y est autant attaché que moi. Marc ne m’a jamais demandé pardon. Je pense qu’il ne se rend pas compte de ce qu’il m’a fait vivre. Je lui pardonne car je pense qu’il était malade. Je suis profondément convaincue que notre vie familiale aurait été différente si elle n’avait pas été touchée par le handicap dès le début de sa construction. Aujourd’hui, il est sûr que je suis blessée, mais je n’ai plus de ressentiment. Je suis capable de dire que j’ai passé la crise et que notre couple est sauvé. Je suis heureuse, je me sens revivre et confiante en l’avenir.

Alix

Tout le dossier "Polyhandicap. La force dans la faiblesse" : Ombres et Lumière210

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