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© Abel Mitja Varela / Istockphoto

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Le plus important : accompagner les crises

Pour le docteur Michel Muir, généraliste et gériatre à l’Institut Jérôme Lejeune à Paris, la prise en charge des personnes handicapées mentales vieillisantes doit sans cesse évoluer.

Inévitablement dans l’accompagnement au long cours des personnes handicapées vieillissantes, des moments de crises surviennent, liés à des changements dans leur santé (modifiant leurs capacités) ou à la perte d’objets d’attachement. Ces moments de crise se manifestent par de l’anxiété, des plaintes hypocondriaques, un ralentissement. La forme de la crise ne renseigne pas sur la cause du mal ou du mal-être, il faut chercher tous azimuts et se poser aussi la question de l’adéquation ou de changements dans la prise en charge : la personne handicapée est-elle trop stimulée par exemple ? Quelles peuvent être les causes physique et psychique ? Il convient de vérifier la température, la tension, l’alimentation, le sommeil, la mobilité, les différents organes, en particulier l’ouïe et la vue. Quelles sont également les causes extérieures à la personne ? A-t-elle vécu la mort d’un proche, un changement dans son environnement comme le départ d’un éducateur, un passage à l’hôpital ? Les personnes autistes, par exemple, sont des "éponges à atmosphère". Parmi ces crises, la dépression et la démence sont des phénomènes nouveaux qui peuvent notamment toucher les personnes trisomiques.

Rétablir un nouvel équilibre

Une fois le diagnostic posé, on peut adapter la prise en charge. Par exemple, si la personne voit et entend moins bien, on va porter son attention sur la manière de l’approcher et de la saluer. On se présente devant elle et non par derrière, dans la lumière et non à contre jour pour qu’elle puisse voir son interlocuteur… De même, quand la personne présente un trouble des fonctions exécutives (difficulté à retenir l’objectif de l’action le temps de sa réalisation), elle risque de s’arrêter en cours d’action – elle doit descendre prendre son petit-déjeuner et on la retrouve assise sur son lit – ce qui provoque des incompréhensions avec l’entourage. Or, ce n’est pas parce que la personne handicapée ne veut pas déjeuner, mais parce qu’elle a perdu le fil de son action. On pourra l’aider en décomposant les différentes étapes : faire sa toilette, s’habiller, descendre, venir déjeuner,…

Enfin, "C’est quand il n’y a plus rien à faire que tout reste à faire" (Kubler Ross). Les personnes handicapées souffrent souvent discrètement et les soignants démunis n’ont pas toujours les clés pour les soulager. Alors, être simplement présent et accompagner dans une atmosphère calme peut suffire à rétablir un nouvel équilibre. Prêter son oreille et veiller au confort de la personne demeurent toujours possibles.

Florence Chatel

Ombres et Lumière n°184

 

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