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Le sacrement des malades est-il pour moi ?

Le sacrement des malades ne pourrait-il pas aider une personne à vivre son handicap avec davantage de paix et de force ? Le point de vue de Marie-Hélène Mathieu.

Le droit canon n'est pas constitué de lois figées. Aidée par l'Esprit Saint, l'Eglise le modifie en fonction des situations nouvelles. Ainsi, le Concile Vatican II a permis de redécouvrir toute la richesse du sacrement des malades, appelé Extrême-onction, depuis des siècles. C'était alors, avant tout, le sacrement des mourants. Depuis 1973, l'Eglise précise que ce sacrement "n'est pas seulement le sacrement de ceux qui se trouvent à toute extrémité" (1). Le temps opportun arrive "lorsque le fidèle commence à se trouver en danger pour cause de maladie ou de vieillesse".

Donné pour aider à mourir, il l'est autant pour aider à vivre et à bien vivre. "Par cette onction sainte, dit le prêtre, que le Seigneur dans sa grande bonté vous réconforte par la grâce de l'Esprit Saint. Ainsi, vous ayant libéré de tous péchés, qu'il vous sauve et vous relève."

L'onction des malades est une célébration liturgique et communautaire, vécue en famille, à l'hôpital, ou souvent au sein d'une messe paroissiale. Jésus nous y rejoint dans notre corps, y vit en communion avec nous. Manifestant sa présence intime à celui qui souffre, il lui apporte réconfort, paix et courage. Il donne aussi la certitude que la faiblesse ne nous rend pas inutiles. "Aux yeux des hommes, vous êtes presque en marge. Pour l'Eglise et pour le Christ, vous êtes la force secrète par laquelle Dieu sauve le monde." (Cardinal Lustiger).

Alors, avec de tels bienfaits, pourquoi ne pas accorder aussi ce sacrement aux personnes qui le souhaitent, atteintes d'un handicap physique, sensoriel, mental, ou psychique entraînant souffrances ou difficultés à longueur de vie ?

Ce sacrement trouve son origine dans les gestes mêmes de Jésus qui, sans cesse, manifestait son amour de prédilection pour les malades et les infirmes. "Une force émanait de lui qui les guérissait tous." (Lc 6,11) Parmi les infirmes, rappelons le paralysé de Carpharnaüm, l'homme sur son grabat depuis trente-huit ans, l'aveugle-né, les sourds, les muets... Nous les appelons aujourd'hui personnes handicapées. Il y a aussi les "possédés du démon" dont on peut penser que beaucoup d’entre eux étaient atteints d'épilepsie ou de handicap psychique.

Aux Douze, Jésus donne autorité pour guérir toute maladie et toute infirmité. "Ils faisaient des onctions d'huile à beaucoup de malades ou d'infirmes et ils les guérissaient" (Mc 6, 13). Plus tard, l'apôtre Jacques promulguera ce geste comme sacrement : "L'un de vous est-il malade, qu'il appelle les prêtres et qu'ils prient sur lui après lui avoir fait une onction d'huile au nom du Seigneur. Cette prière de foi sauvera le malade." (Jc 5, 14-15)

Pourquoi l'Eglise ne pourrait-elle pas agir de même aujourd'hui pour les personnes handicapées ? Ce qui est propre au handicap, c’est que, la plupart du temps, l’on n’en guérit pas, on vit avec. Mais l’on a droit, justement, à être respecté et soutenu dans cette vie humaine en quelque sorte "blessée".

Déjà une porte est entr'ouverte. Une personne handicapée peut rencontrer un prêtre pour solliciter l'onction des malades. Ensemble, ils évoquent la gravité de son mal, son angoisse ou son repliement sur elle-même, sa révolte ou son désespoir... Parfois, le prêtre suggère lui-même la démarche et en accompagne la préparation.

Thierry et Sébastien, deux jumeaux de treize ans en fauteuil roulant, à qui l'on avait proposé la grâce du sacrement, avaient répondu : "Oui, parce que cela nous donnera le courage."

Un prêtre a proposé l'onction des malades à Michel, vingt-deux ans, atteint de surdité profonde et révolté : "Ma souffrance est devenue paix et joie, offrande à Dieu. Je n'ai plus peur de la vie."

Parlera-t-on un jour du "sacrement des personnes malades et handicapées" ? Je n’en sais rien, mais j’ai entendu les paroles de Benoît XVI, lors de son pèlerinage à Lourdes de septembre 2008, à la messe des malades : "Le Christ dispense son Salut à tous, et tout spécialement aux personnes qui souffrent de maladie ou qui sont porteuses d'un handicap, à travers la grâce de l'onction des malades." Il a donné le sacrement à dix fidèles, dont Barthélémy, vingt-six ans, atteint d'un handicap psychique (2). Alors, son état s'est amélioré, "comme si le sacrement, avait touché son psychisme en profondeur pour le pacifier", disent ses proches.

Thierry et Sébastien, Michel, Barthélémy,… pour eux, les fruits sont là. Cela ne signifie pas l'ouverture du sacrement des malades à toutes les personnes handicapées alors qu'elles ne se trouvent pas en danger, mais redisons-le, de le leur donner, avec le discernement d'un prêtre, lorsqu'elles traversent de grandes souffrances et difficultés. Question délicate qui appellerait une réflexion que nous aimerions poursuivre avec l’Eglise.

Marie-Hélène Mathieu, Ombres et Lumière n°169

(1) Constitution apostolique Sacrosanctum concilium
(2) Voir le n°166 d’Ombres et Lumière, p. 5.

 

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