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Faire du judo permet à Raphaëlla de gagner en aisance corporelle tout en s'amusant car elle a choisi cette activité. © DR

Faire du judo permet à Raphaëlla de gagner en aisance corporelle tout en s'amusant car elle a choisi cette activité. © DR

Le sport, lieu d’intégration et d’exigence

Dernière de cinq enfants, Raphaëlla a 9 ans. Bien qu’ayant d’importants troubles neuromoteurs, elle pratique depuis toute petite une activité sportive qui a évolué en fonction de ses possibilités et de ses goûts, nous raconte sa maman.

Etant une dernière de famille nombreuse, Raphaëlla a toujours dû un peu suivre les plus grands pour que la famille ait autant que possible une vie classique. Toute petite, elle a eu la chance d’être accompagnée par une psychomotricienne qui l’a emmenée à la piscine dès que le cap de la neurochirurgie lourde avait été dépassé. Bébé, elle a ainsi pu bénéficier d’un éveil et d’une stimulation dans l’eau. La piscine est néanmoins du long terme puisque Raphaëlla ne sait nager que depuis cette année. Elle ne fait pas beaucoup de brassées, mais elle flotte avec bonheur dans l’eau. Et c’est quelque chose que nous pouvons partager avec elle. Nous aimons l’activité physique en famille mais nous ne sommes pas des sportifs effrénés. Nous mettions notre priorité ailleurs. Raphaëlla est donc sportive occasionnelle.

Un jour, Raphaëlla m’a accompagnée aux journées portes ouvertes du conservatoire pour assister au spectacle de danse de sa sœur. A la fin de la démonstration de ces jeunes-filles, elle s’est mise à la barre devant le miroir en essayant de reproduire les mêmes mouvements. La professeur de danse m’a suggéré de l’inscrire au cours. J’ai répondu que ça n’était pas possible en raison de ses problèmes neuromoteurs. Elle m’a alors indiqué un atelier de danse, "Temps danse 14", avec un accueil adapté pour tous les enfants. Je n’imaginais même pas que c’était possible ! Les professeurs de danse des petits sont très souvent des psychomotriciens ! Ils n’ont donc pas peur d’accueillir des enfants en difficulté motrice.

Pour moi, ça a été à la fois exaltant et difficile. La confrontation au monde réel des autres petites filles n’était pas simple : la différence de Raphaëlla se voyait comme le nez au milieu du visage et, en même temps, tout le monde était tellement gentil. Au début, les autres parents n’osaient pas m’aborder ; moi-même je prenais sur moi. Ensuite il s’est passé de belles choses, Il a juste fallu que je me rende accessible, prendre les devants et défaire quelques peurs avec des mots simples posés sur les difficultés de notre fille.

Être dans un groupe d’enfants valides a fait aussi beaucoup grandir Raphaëlla. La danse classique implique une discipline et un sens du collectif : notre fille a dû prendre en compte l’environnement autour d’elle, les consignes. Le groupe l’aidait à les comprendre. C’était une sorte de cercle vertueux. Le professeur s’adaptait aux difficultés de Raphaëlla mais il avait les mêmes exigences pour elle sur le comportement, la tenue, que pour les autres petites filles.

En tant que parent d’enfant handicapé, on est dans un petit paradoxe : on a très envie que son enfant soit accueilli, mais on s’attend quand même à ce qu’il ait des droits ou un accompagnement un peu plus enveloppant que les autres enfants. De ce point de vue, c’est aussi éducatif pour les parents ! Nous désirons l’intégration de notre enfant handicapé – c’est un droit – mais cela implique les mêmes exigences que pour les autres parents. Je m’étonne de voir qu’elle n’a pas de règles dérogatoires, qu’elle se fait gronder comme les autres ! Mais c’est bien ainsi ! Au bout de deux ans, pratiquer de la danse avec les enfants de son âge s’est avéré plus compliqué pour Raphaëlla. Elle a dû arrêter.

Au même moment, sur notre paroisse, des cours de judo ont été proposés aux enfants du catéchisme et du quartier. Il y a eu une démonstration, et un jour, Raphaëlla est rentrée à la maison en disant qu’elle voulait faire du judo ! Elle m’a harcelée. Je suis allée voir le professeur avec elle, pensant une nouvelle fois que ça ne serait pas possible compte tenu de ses difficultés d’équilibre, il lui a répondu : "Bien sûr, Raphaëlla, tu commences la semaine prochaine." Il se trouve qu’il est prof handisport !

Au début, c’était très difficile pour elle. Du fait de ses opérations, elle ne peut pas faire certains mouvements. Mais elle a trouvé sa place dans le groupe. Je ne sais pas ce qu’implique concrètement le fait d’être formé handisport, mais je trouve que le professeur a une grande patience et une capacité à réguler le groupe autour de Raphaëlla. Les autres enfants ricanent vite, ce n’est pas amusant pour eux quand ils se retrouvent avec elle en binôme, le professeur sait équilibrer les réactions de chacun. Pour lui, l’intégration a la vertu d’éduquer les autres enfants.

En ce début d’année scolaire, Raphaëlla commence sa troisième année de judo. Elle a fait des progrès incroyables. Je suis étonnée de sa capacité à reproduire certains gestes, elle a gagné en aisance corporelle. Par exemple, elle ne pouvait pas faire de roulade car elle a la nuque raide. Maintenant, elle y arrive. Cela renforce des exercices qu’elle effectue par ailleurs en rééducation mais, là, elle les fait de manière ludique, dans la joie du groupe, et parce que c’est son choix. L’autre jour, elle m’a dit : "Tu vois maman, j’ai toujours raison de demander."

Claire, ombresetlumiere.fr – 1er septembre 2016

Tout le dossier "Sport et Handicap. Ensemble, se dépasser !" : Ombres et Lumière213

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