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Le suicide, une menace à prendre au sérieux

Mon mari et moi vivons dans l’angoisse continuelle de voir notre fils dépressif chronique mettre fin à ses jours tant il est sombre et parle de se suicider. Par Dr van Amerongen, psychiatre, bénévole à l’Unafam*

Au cours de l’évolution d’une pathologie psychiatrique dépressive, la peur et la fascination de l’acte suicidaire sont permanents. La menace de mettre fin à ses jours est à la fois une attitude de violence et une demande. Devant l’impossibilité de trouver une solution à ses souffrances, on préfère faire savoir aux autres qu’ils sont incapables de vous aider et qu’on va disparaître en emportant le secret de votre mal-être. Une demande, car jusqu’au bout la personne qui a perdu l’espoir de vivre et de comprendre les raisons de son incapacité à faire face (aux autres et à soi-même) est persuadée que des solutions existent, mais qu’elles ne sont pas disponibles pour lui. L’angoisse continuelle est une situation organisée à son insu par la personne malade pour signifier que "tout est inutile et j’ai donc raison de vouloir disparaître".
Il faut demander de l’aide et ne pas rester paralysé par cette situation paradoxale. Les tentatives de suicide sont fréquentes, le risque de réussite lors d’un nouvel essai est grand. C’est pourquoi il faut toujours tenir compte des menaces et encore plus des tentatives de passage à l’acte. Les professionnels ont la possibilité, si ce n’est de tout prévenir, mais au moins d’envisager le sens de la menace de mettre fin à ses jours. Sans harceler la personne malade, il ne faut pas non plus la laisser avec ses questions, mais reprendre le dialogue sur les pensées, les peurs ou les actes vis-à-vis desquels elle est dans l’incapacité temporaire de réagir.

L’entourage familial ou amical a besoin d’être écouté et orienté, mais aussi d’être entendu sur la situation actuelle et ce qui s’est passé auparavant. Il existe toujours un élément, passé inaperçu, qui peut se révéler capital afin de mettre un terme à la menace et réintroduire le désir de vivre. C’est ainsi que le discours négatif de la personne malade peut reprendre du sens. N’oublions pas non plus la question des thérapeutiques en cours (chimiques ou psychothérapiques), de leurs associations parfois néfastes, et des effets secondaires non verbalisés, ou qui ne sont plus adaptées. Une réévaluation et des propositions nouvelles sont bénéfiques.

Patrice Van Amerongen, Ombres et Lumière n°164

*Union nationale des amis et familles de malades psychiques

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