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Grâce à l'accompagnement du Service d’insertion en milieu ordinaire de travail (SIMOT), Patrick atteint de troubles psychiques, s'est affirmé dans son travail. © Thinkstock

Grâce à l'accompagnement du Service d’insertion en milieu ordinaire de travail (SIMOT), Patrick atteint de troubles psychiques, s'est affirmé dans son travail. © Thinkstock

Les fruits de la confiance

Touché par une fragilité psychique, Patrick, 50 ans, est actuellement magasinier dans une entreprise industrielle. Il revient sur son itinéraire professionnel en zigzag.

Je travaille comme magasinier cariste dans une entreprise industrielle qui a notamment fabriqué certaines pièces en béton du tunnel sous la manche. Je charge et décharge les camions, je prépare les commandes, et je crée des emplacements dans le stock pour des pièces nouvellement créées… C’est un travail assez physique. Je suis employé dans cette entreprise à temps plein depuis six ans. En parallèle, je suis accompagné par le Service d’insertion en milieu ordinaire de travail (SIMOT) de l’association Route Nouvelle d’Alsace qui est destinée aux personnes souffrant comme moi d’une fragilité psychique.

J’ai intégré le SIMOT au tout début du service en 1990. J’allais alors à l’hôpital de jour. Jusque-là, j’avais surtout eu des missions d’intérim, pas d’emploi fixe, à cause de ma santé inégale. J’ai beaucoup de nervosité, j’oscille entre des hauts et des bas.

Réorienté vers un autre métier

Grâce au SIMOT, J’ai d’abord fait un stage de trois mois dans un Etablissement et service d’aide par le travail (Esat) afin de me remettre dans le circuit du travail. Un an plus tard, j’ai réintégré le milieu ordinaire en tant qu’électricien en enseigne lumineuse, mon métier d’origine, dans une entreprise où je suis resté trois ans et demi. Dans ce métier, on travaille sur des chantiers parfois à 20m de haut ; à la fin, c’était un peu angoissant pour moi, je n’arrivais plus à monter sur les échafaudages. En 1995, j’ai donc été licencié pour inaptitude au travail en hauteur.

Mon employeur m’a alors conseillé le métier de magasinier et grâce à une formation dans ce domaine, je suis rentré dans une nouvelle entreprise en 1996 où j’ai évolué pendant quatre ans et demi : d’agent de conditionnement, je suis devenu emballeur et enfin magasinier.

Etre accompagné m'apaise

Tout au long de ces années, l’accompagnement du SIMOT m’a permis de m’affirmer dans le boulot en me donnant confiance en moi. Je suis sûre que ça m’a évité des rechutes et de nouvelles hospitalisations. Aujourd’hui encore, cela me sécurise. Quand j’atteins mes limites et que je suis à bout de fatigue, il arrive que je ne parvienne plus à gérer mon poste et me mette à pleurer ou à broyer du noir sur mon lieu de travail. Je peux alors téléphoner à mon référent, je peux même le déranger le week-end si vraiment ça ne va pas. Discuter avec lui des problèmes que je rencontre m’apaise et m’aide à relativiser.

Mon responsable actuel sait que j’ai un handicap et que je suis accompagné par une personne du SIMOT, avec qui il est en contact. Il m’a permis de passer mon permis cariste pour pouvoir conduire un chariot de manutention. Son souhait est que je travaille comme les autres, même si parfois il allège un peu la charge quand il voit que je fatigue. Parfois, il y a des heurts entre nous, c’est comme dans un couple ! Mais ça s’arrange toujours. Heureusement qu’il existe des structures comme le SIMOT qui permettent à des personnes avec un handicap de montrer leur capacité à faire quelque chose de bien dans un milieu normal de travail. Grâce à ça, je me lève le matin de bonne heure, je bosse, je retrouve une certaine liberté et une vie normale.

Médaillé d'honneur du travail !

J’ai fait plusieurs jobs pendant toutes ces années. Il y a eu des hauts et des bas, mais je suis fier d’avoir reçu la médaille d’honneur du travail, celle d’argent en récompense de ces vingt années de service.

A une personne fragile qui cherche du travail, j’ai envie de dire qu’il faut être patient, écouter les conseils de son chargé d’insertion, et garder confiance quand la maladie prend le dessus.

A un recruteur : parce que nous sommes très sensibles, les personnes comme nous apportent un sérieux au travail, une minutie et de la vérité. On est peut-être plus lents, mais on est aussi plus précis. Ce n’est pas parce que nous prenons des médicaments que nous travaillons moins bien. Comme quelqu’un qui a perdu une jambe, nous avons perdu quelque chose dans notre petite cervelle, mais nous essayons de faire au mieux. Et quand je commets une erreur, je le dis toujours.

Patrick

Ombres et Lumière n°202

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