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Grande figure spirituelle du XXe siècle, Mère Teresa est un modèle d'amour des plus pauvres.

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Mère Teresa, si grande et si petite

A l’occasion de la canonisation de Mère Teresa, dimanche 4 septembre, nous publions cette chronique de Marie-Hélène Matthieu, fondatrice de Foi et Lumière avec Jean Vanier. En 1989, Marie-Hélène avait rencontré la petite sainte de Calcutta, grande par l’immensité de son cœur.

En octobre 1984, l'Assemblée Générale des Nations-Unies accueille Mère Teresa. Le Secrétaire général la présente ainsi : "Nous avons le privilège de recevoir la femme réellement la plus puissante de la terre."

Cinq ans plus tard, quand je l'ai rencontrée, au premier regard, ce qui m'a frappée, comme beaucoup d'autres, c'est sa silhouette si petite et menue. Mais lorsqu'elle m'a regardée et m'a souri, j'ai perçu avant tout sa proximité, sa tendresse, sa miséricorde. Une évidence : si elle est réellement la femme la plus puissante du monde, c'est par l'immensité de son cœur.

Le jour des ses obsèques, le 13 septembre 1997, l'univers entier la pleure. En Inde, tous sont un peu orphelins, et déjà l'ont canonisée : chrétiens, hindous, musulmans, sikhs, agnostiques ou athées. Le 19 octobre 2003, Jean Paul II, en la déclarant bienheureuse, a offert au monde une mère universelle et présente à chacun de nous si nous le désirons.

Toute à tous

La compassion de Mère Teresa n'a pas de limites. Elle rejoint toute personne souffrante, celle qui est atteinte de la lèpre, qui va mourir sur un trottoir, celle qui vit dans la misère, malade, handicapée, droguée, alcoolique… Quand on lui demande si elle a des préférences parmi tous ceux à qui elle porte secours, elle répond : "Oui, les pauvres les plus pauvres, ceux qui sont abandonnés, qui n'ont personne pour s'occuper d'eux." (1)

A Paris, en 1986, au Congrès International de la Famille, j'avais été très touchée de son appel passionné, en faveur "du petit enfant dans le sein de sa mère qui est réellement un don de Dieu". N'est-il pas le plus faible, n'ayant aucun moyen d'appeler au secours ? A Oslo, en 1979, lorsqu'elle reçoit le prix Nobel de la paix, elle ose affirmer à tout l'auditoire : "Le plus grand destructeur de la paix aujourd'hui est le crime commis contre l'enfant dans le sein de sa mère. Si une mère peut tuer son propre enfant, dans son propre sein, qu'est-ce qui nous empêche, vous et moi, de nous entre-tuer ?" En Inde, quand le gouvernement organise la contraception et la stérilisation des femmes et quand il autorise l'avortement, Mère Teresa, comme toujours, ne se contente pas de parler. Elle agit sur deux plans : la création de multiples centres enseignant la méthode naturelle de régulation des naissances et une vaste campagne en faveur de l'adoption. Chaque maternité reçoit une circulaire dans laquelle Mère Teresa supplie de ne faire disparaître aucun nouveau-né : "Nous nous chargeons d'eux."

Sa liberté d'esprit et de parole, sa détermination ont de quoi secouer notre indifférence à nous, pays d'Europe, qui sommes si souvent résignés et discrets devant le fléau de l'avortement, alors que tant de couples sans enfant aspirent à accueillir le petit enfant que ses parents ne se sentent pas la force de garder.

Faible avec les faibles

Mère Teresa ressent de plein fouet le malheur du monde occidental. Un monde très souffrant à sa manière, dont elle dit par exemple : "J'ai marché le soir dans vos rues et pénétré dans vos maisons. Il y a ici parmi vous une autre sorte de pauvreté, une pauvreté de l'âme, de solitude et d'inutilité." Ces riches, étouffés par leurs biens, elle ne les culpabilise pas, ne les condamne pas. Elle les aime dans leur misère, et les appelle à sortir de leurs citadelles d'égoïsme, pour se mettre au service de la justice et de la solidarité, et pour que nous reconnaissions le pauvre si proche de nous que nous ne le voyons plus. "Peut-être y a-t-il chez vous quelqu'un qui se sent très seul, très rejeté, très handicapé. Peut-être votre mari, votre femme, votre enfant… Le savez-vous ?"

Ce pauvre n'est pas seulement à côté de nous, il est en nous, "mystère douloureux", caché en notre cœur et qui a tant besoin de miséricorde. Mère Teresa elle-même, on l'a découvert dans sa correspondance (2), a connu pendant cinquante ans, une souffrance ignorée de tous, une nuit obscure, une agonie, semblable à celle de la petite Thérèse de Lisieux. "Mon sourire est un grand manteau qui recouvre une multitude de douleurs… C'est en moi de terribles ténèbres. C'est seulement la foi aveugle qui me permet d'avancer parce que, en vérité, tout est obscurité pour moi." 

Le secret de cette vie, si humble au milieu de la renommée mondiale, si extraordinairement féconde dans la fragilité, Mère Teresa ne l'a jamais caché. Un jour, un visiteur la découvrant en train de soigner un homme aux plaies pestilentielles, lui dit : "Même pour mille dollars, je n'aurais jamais pu toucher cet homme." Mère Teresa répond : "Moi non plus, et même pour cent mille dollars je ne l'aurais pas fait. Mais, pour Jésus, je le soigne avec joie." 

Oui, le secret de Mère Teresa est là : c'est son intimité avec Jésus. Elle vit avec Lui, en Lui, par l'Eucharistie, par sa prière incessante. C'est Lui qu'elle soigne, c'est à Lui qu'elle donne à boire, à manger, à qui elle redonne sa dignité, son utilité, et c'est Lui qu'elle reçoit en partage dans un échange d'amour incessant.

Marie-Hélène Mathieu, Ombres et Lumière n°144

(1) Pour toutes les paroles de Mère Teresa, cf. le site www.motherteresa.org

(2) Ces lettres inédites ont été regroupées dans un ouvrage Mother Teresa, come, be my light, sous la direction du Père Brian Kolodiejchuk, postulateur de la cause de canonisation. 

A revoir : Emission spéciale du Jour du Seigneur avec la messe de canonisation.

 

 

 

 

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