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Ma sœur se marie. Et moi ?

Iseult a dû faire preuve de beaucoup de tact pour aider Alice, sa fille aînée, présentant des troubles de la personnalité, à vivre le mariage de sa soeur Aude.
Pour nous, parents, ces moments autour du mariage de l’un de nos enfants sont difficiles à gérer : dans notre cas, il nous faut participer pleinement à la joie de celle qui va se marier, l’y accompagner, tout en portant en nous la souffrance de notre enfant qui a un handicap. Nous devons laisser la future mariée vivre à fond la joie de son mariage, ne pas lui montrer notre déchirement intérieur, ne pas lui faire porter le poids de cette peine causée par le fait que sa sœur handicapée, elle, ne pourra peut-être pas vivre ce bonheur. Alice souffrait d’autant plus que c’était sa sœur plus jeune qu’elle qui se mariait. Dans sa tête, c’était dans l’ordre des choses que, en tant qu’aînée, elle se marie la première ! J’essayais de donner sa place à chacune, en étant discrètement présente à celle qui ne se mariait pas. Cette période demande des disponibilités tellement contraires ! [url=http://ol.fr/node/6124/edit#]Modifier le résumé[/url] [b]Aujourd’hui, est-ce possible ?[/b] Aude et Marc ont annoncé à Alice leur projet de mariage, avec beaucoup de tact et de délicatesse. Pour elle, ce fut un choc immense. Elle a pu ensuite me dire : "Ca me fait beaucoup de chagrin, je suis triste, j’ai mal. Mais je suis heureuse pour Aude." Quand Alice me parle de son mariage, - dont elle rêve bien sûr - j’essaie de lui dire les réserves que j’y vois. Je lui montre ce qui est possible ou non pour elle. "Aujourd’hui, est-ce que ce serait réalisable que tu te maries ? Serais-tu vraiment heureuse ? Pourrais-tu te débrouiller pour tenir ta maison ?" D’elle-même, elle reconnaît que c’est trop tôt. Elle me répond : "Je sais maman." Puis elle ajoute : "Mais, sait-on jamais ?" Parfois, elle me dit : "Laisse moi, Maman, je vais rêver." Il y a au fond d’elle une plage d’espérance, une part de rêve. Elle en a besoin. Et ce n’est pas mauvais. Nos enfants, comme nous mêmes, ont la grâce nécessaire pour vivre l’aujourd’hui. Mais pour demain ? Dieu nous fait le cadeau de ne pas connaître l’avenir. Pourquoi le voudrions-nous pour nos enfants ? Pourquoi leur dire l’insupportable ? Un immense besoin de consolation Nous, parents, sommes appelés à accueillir la souffrance de notre enfant dans ce domaine, et à le consoler. Alice venait vers moi avec des chagrins immenses. Je l’invitais à me dire sa douleur, dans des sanglots et de la colère parfois aussi. Je lui permettais auprès de moi l’expression de sa jalousie, de sa tristesse. Je lui montrais avec tendresse combien je la comprenais, lui disant que c’était normal qu’elle ressente tout ça, la prenant dans mes bras lorsqu’elle en avait besoin. Même si notre cœur est broyé par le chagrin, il nous faut être attentif pour guetter tous ces signes qui expriment la peine. Ils sont de l’ordre de la vie, les réprimer serait malsain. Attentifs à chacun Puisqu’il s’agissait du mariage de sa soeur, Alice savait bien que celle-ci porterait une robe de mariée alors qu’elle-même en rêve aussi... Le choix de la tenue pour ce jour de fête est d’autant plus important. Aller avec son enfant handicapé choisir un bel habit neuf, qu’il aimera et dont il sera fier, pourra être un plaisir et un moment privilégié dans ces instants difficiles. Une autre façon de donner à notre enfant sa place est de l’inviter à participer à la messe de manière un peu unique : lecture, intentions de prière, procession des offrandes, pourquoi pas témoin de l’engagement des mariés (ils le sont vraiment en profondeur, "témoins"). Nous avions essayé de trouver des personnes, de son âge si possible, amis ou famille proche, qui seraient attentifs à Alice pendant la journée et la soirée du mariage, qui la feraient danser, etc. Penser à prendre de bonnes photos d’elle aussi ! Celle qui va se marier a déjà beaucoup donné depuis le début de sa vie auprès de sa sœur handicapée et aura sans doute encore beaucoup à donner. A nous, parents, de veiller à la libérer au maximum de ce souci pour qu’elle soit tout à la joie de ce qu’elle vit et à la préparation de son mariage. Iseult Ombres et Lumière n°156

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