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Le Pape François en prière devant le reliquaire de Notre-Dame des Larmes de Syracuse, lors de la veillée pour "essuyer les larmes" de ceux qui souffrent le 5 mai 2016 à la Basilique Saint-Pierre de Rome. © L'Osservatore Romano

Le Pape François en prière devant le reliquaire de Notre-Dame des Larmes de Syracuse, lors de la veillée pour "essuyer les larmes" de ceux qui souffrent le 5 mai 2016 à la Basilique Saint-Pierre de Rome. © L'Osservatore Romano

Ma Veillée des larmes

Pour ses 50 ans, Béatrice a choisi de vivre le Jubilé de la Miséricorde à Rome avec trois amies proches avec qui elle a partagé peine et espérance depuis sa séparation d’avec son mari, atteint de troubles psychiques. Le 5 mai dernier, elle était à la Veillée des larmes proposée par le Pape François dans la Basilique Saint-Pierre.

En voyant que le Pape lançait un Jubilé de la Miséricorde, l’année de mes 50 ans, je me suis dit : c’est mon jubilé ! Après des années difficiles marquées par mon divorce, j’étais heureuse de vivre une certaine renaissance. C’est ainsi que j’ai fait une grande fête en invitant toutes les femmes qui avaient été une lumière dans ma vie, et que j’ai décidé avec trois "sœurs de cœur" d’aller à Rome. C’était pour moi l’occasion de célébrer la Vie et l’Amitié. Nous sommes parties au moment de l’Ascension. J’étais très touchée que le Pape nous invite à une Veillée des larmes, je trouvais cela audacieux : il n’y a pas si longtemps, les larmes étaient encore un signe de faiblesse. Nous nous sommes donc inscrites à cette veillée, puisque c’était la procédure.

Dans les larmes peut naître une espérance

Ce soir-là, les gens sont arrivés en avance dans la Basilique Saint-Pierre de Rome qui au fur et à mesure s’est noircie de monde. J’étais très émue de franchir la Porte sainte en entrant. Pour moi, cela venait vraiment couronner notre démarche de pèlerinage dans le cadre du Jubilé de la Miséricorde.

Tout à coup, il y a eu un grand silence, et nous avons vu le Pape François arriver. Il avait le visage grave, il semblait presque en deuil et nous signifier que nous étions bien là pour compatir à toutes les larmes du monde et les confier dans la prière.

J’avais ressenti quelque chose d’un peu semblable quand Jean-Paul II était venu pour la dernière fois à Lourdes en 2004 et qu’il avait dit : "Et si je pouvais, je prendrais chacun de vous contre mon cœur pour vous dire combien je compatis à la souffrance de chacun."

En voyant le Pape François presque accablé par toute la souffrance de l’humanité, j’ai été bouleversée. Dans le fond, Jésus aurait été à côté de lui, je ne vois pas ce qu’il aurait fait de plus. On n’était pas dans le pathos, mais dans la reconnaissance que dans les larmes peut naitre une espérance.

Très rapidement ont pris la parole plusieurs témoins. Je ne les comprenais pas bien car tout était en italien et les livrets qui nous avaient été remis aussi ! Ensuite, a eu lieu une grande prière d’intercession – pour des victimes de guerre, des enfants abusés,… – qui m’a rappelé celle du Vendredi saint. C’était magnifique !

Tout ce qui peut entraver la vie, ce sont les blessures, les souffrances, le mal que l’on s’est infligées à soi-même, que l’on a fait subir aux autres, ou que l’on a reçu du mal et des souffrances des autres. Cette veillée était l’occasion d’offrir tout cela à Dieu !

La communion au-delà du langage

J’attendais beaucoup de cette Veillée des larmes, sans doute beaucoup trop ! Je m’étais imaginé une ambiance de tendresse, de beauté, de chaleur… Finalement, j’ai été très touchée mais différemment. J’ai expérimenté la communion au-delà du langage, quelque chose d’extrêmement profond au-delà du sensible et du tangible. Les larmes, c’est comme le sourire : dans une foule internationale où l’on a le barrage des langues, elles permettent d’entrer en relation. Et même si on ne pleure pas, on porte forcément les larmes de quelqu’un.

Ça n’était pas des larmes mortifères, c’était des larmes d’espérance. Dès que l’on pleure seul, les larmes peuvent devenir un chemin mortifère. Mais quand on pleure à plusieurs ou en présence de quelqu’un, la dimension du partage nous tourne vers la vie. Pleurer ensemble avec de très chères amies est de l’ordre du cadeau ou de la grâce. On ne fait pas la morale à quelqu’un qui pleure, et on ne pleure pas non plus devant n’importe qui. Dans ma vie ces dernières années, ceux avec qui j’ai pu pleurer, m’ont portée, accompagnée, aimée. A cette veillée, on était loin des larmes de la manipulation, des larmes d’excuses un peu faciles, des larmes de la commedia dell’arte, des larmes de crocodiles… Il y avait un accueil gratuit sans questions qui ressemblait à la miséricorde de Dieu, quelque chose de l’ordre de la consolation. Il ne restait plus qu’à mettre la main sur son voisin, l’étreindre, lui tendre la main. Il n’y a pas de consolation sans partage. "Heureux ceux qui pleurent ensemble, ils sont consolés."

Béatrice, ombresetlumiere.fr – 9 juin 2016

Lire le dossier "Touchés par la miséricorde" : Ombres et Lumière n°212

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