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"...mais un Samaritain s'approcha"

L’amour renouvelle. L’amour du prochain me renouvelle. Comment comprendre ? Un commentaire de la parabole du bon Samaritain par Mgr Pierre d’Ornellas.

Que signifie : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" ? Comment l’amour renouvelle-t-il dans ce commandement donné par Jésus ? Le Seigneur répond quand il rapporte que le bon Samaritain, à la différence du prêtre et du lévite, s’est approché de l’homme laissé à demi-mort et lui a rendu la vie : "'Lequel, à ton avis, s’est montré le prochain de l’homme tombé aux mains des brigands ?' Il dit : 'Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui.' Et Jésus lui dit : 'Va, et toi aussi, fais de même.' " (Lc 10, 36-37)

Qui est mon prochain ?

Le prochain à aimer n’est donc pas d’abord le pauvre, le handicapé ou le malade. Le christianisme n’invite pas le bien portant à soigner le malade, le voyant à guider l’aveugle. Cela, le bon sens l’affirme. Le christianisme, c’est bien autre chose ! Il s’agit d’ "aimer son prochain". "– Et qui est mon prochain ?", interroge le légiste. Voilà la question ! Selon Jésus, celui qui semble devoir être aimé, n’est pas le pauvre à qui du bien est prodigué, mais plutôt "celui qui a exercé la miséricorde".

Le prochain est celui qui se fait proche. Ici, c’est le Samaritain. Il "fut pris de pitié". Or, dans l’évangile de Luc, les personnes prises de pitié évoquent Dieu. Songez au Père de l’enfant prodigue ! Le Samaritain évoque le Christ en qui Dieu se fait proche. Aimer le prochain consiste donc à aimer le Christ qui est si proche de nous. La miséricorde avec laquelle il s’approche des hommes, suscite leur amour et leur joie. Ils sont renouvelés ! Ils deviennent capables d’aimer le Christ, d’aimer Dieu.

Cela est vrai entre nous. La personne devenue capable d’aimer celui qui s’approche d’elle, est renouvelée. En elle, l’amour naît du bien qui lui est fait. En effet, le prochain aime cette personne dont il s’approche et suscite en elle une réponse : elle aime son prochain, celui-là qui lui fait du bien. Telle est l’alliance scellée dans l’amour qui suscite l’amour. Cet amour nouveau rend capable la personne d’être à son tour le prochain de l’autre. L’amour est le bien qui sauve, qui rend aimable à soi-même, qui renouvelle, qui suscite la joie d’être aimé et de pouvoir aimer. L’alliance et la joie qu’elle suscite, dévoilent la beauté de toute vie.

Pas de biens donnés sans alliance

Au pauvre qui souffre, donner un toit, une nourriture ou un vêtement, sans amour, sans sceller une alliance avec lui, c’est le laisser dans sa douleur, parfois insupportable.

Une nuit d’hiver, Dieu m’a donné un prophète en cet homme qui était allongé sur une bouche de métro alors qu’il neigeait. Je me suis arrêté. Tapant sur son épaule, je lui dis : "Je vais te donner un lit pour que tu dormes au chaud. Il fait trop froid." Il n’a pas accepté le lit. J’ai continué : "Demain matin, si tu es là, je t’apporte un café chaud." Il n’a pas voulu le café. Si j’étais resté à côté de lui, peut-être aurait-il accepté mon alliance. Trop de choses lui avaient sans doute été données sans alliance. Il ne croyait plus aux choses. Il attendait que quelqu’un se fasse proche pour lui apporter le seul bien qui compte, un prochain dont la proximité aurait signifié : "Tu es aimé."

Le prochain qui fait du bien, c’est celui dont la seule richesse est l’amour, l’amour qui, gratuitement, se fraye un chemin jusqu’au cœur de l’autre. Emprunter ce chemin demande du temps, exige le respect de la liberté d’autrui. N’aimons pas pour que l’autre nous aime. Aimons gratuitement. C’est la gratuité avec laquelle l’homme est aimé, qui ouvre son cœur à ce pourquoi il est fait : aimer. L’alliance qui renouvelle, demande le don de son temps qui est don de soi.

Le pauvre nous renouvelle

Bien souvent, aimer son prochain signifie aimer le pauvre. Alors que, selon l’Évangile, c’est le pauvre qui se fait proche de nous, alors même qu’il est handicapé, qu’il est malade ou qu’il ne peut pas marcher. Quand nous allons vers lui avec nos jambes en bonne santé, nous lui permettons d’être notre prochain et de nous faire du bien en nous partageant le seul bien qu’il a, le désir d’aimer et d’être aimé. Il nous révèle que la seule chose à laquelle il aspire, c’est l’amour. Et cela pourrait bien nous révéler que la seule chose dont nous avons nous aussi besoin, c’est l’amour. Le pauvre s’est alors fait notre prochain. Selon le christianisme, nous l’aimons parce que nous reconnaissons notre véritable bien, celui pour lequel Dieu nous a créés : l’amour. Le pauvre nous a renouvelés en suscitant en nous la capacité d’aimer. Cela est réciproque car, nous faisant proches du pauvre, nous suscitons aussi en lui l’amour, nous le renouvelons. La vie trouve son prix en cette alliance.

En nous découvrant prochains les uns des autres, nous nous renouvellerons mutuellement par notre amour. Dans cette perspective, sont inscrits tous nos biens : notre santé est précieuse pour le malade, mais elle n’est que moyen ; notre vue est utile pour l’aveugle, mais elle n’est que moyen. L’Évangile nous invite à nous faire prochains l’un de l’autre, aveugle et voyant, malade et bien portant. C’est ainsi que nous entrons dans l’alliance qui révèle la beauté de la vie. Alors, nous exultons de joie.

Mgr d’Ornellas, archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo

Ombres et Lumière n°131

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