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A la télévision, les personnes avec un handicap intellectuel sont très peu présentes. Et la maladie psychique reste souvent l'objet de clichés comme dans la nouvelle épreuve de Fort Boyard "L'asile". © D.R.

A la télévision, les personnes avec un handicap intellectuel sont très peu présentes. Et la maladie psychique reste souvent l'objet de clichés comme dans la nouvelle épreuve de Fort Boyard "L'asile". © D.R.

Médias et handicap : il y a du boulot…

Le 29 juin, un colloque se tenait à France Télévisions sur la place des personnes handicapées dans les médias, à l’initiative du CNCPH (Conseil national consultatif des personnes handicapées). Au-delà de la question de la représentativité, comment faire une place aux personnes différentes dans une société de l’apparence ?

Cela fait tache, comme on dit. Alors que se tenait au siège de France Télévisions, à Paris, un colloque sur « Médias et handicaps », en présence de Delphine Ernotte, présidente du service public, et des ministres Françoise Nyssen (culture) et Sophie Cluzel (personnes handicapées), une polémique grandissait sur les réseaux sociaux sur la nouvelle épreuve de l’émission Fort Boyard, « L’asile », qui cumule tous les clichés négatifs liés au handicap psychique (cellule capitonnée, camisole, etc…)…La colère des associations trouvera un certain écho dans le grand amphi tout au long de cette journée organisée par le Conseil national consultatif des personnes handicapées.

Au-delà des bonnes intentions affichées (« révolution culturelle », « changer de regard », etc), ce colloque auquel participaient de nombreuses personnes porteuses de handicap aura permis de mettre en avant les enjeux difficiles liés à cette question. Sur la télévision, média phare de notre époque, le sociologue Mathieu Grossetête a présenté des chiffres qui font mal. Alors que le handicap touche 12 millions de Français, seules 0, 8% des personnes présentes à l’écran sont handicapées…Et les handicaps sont représentés de façon très inégale, avec une prédominance absolue du « fauteuil roulant » : ainsi, le handicap moteur touche 22,8 des personnes atteintes d’un handicap, mais il représente 36,8 % des personnes handicapées présentées lors des journaux télévisés, et 51 % des interviews de personnes handicapées… « La télévision aime montrer des exploits, des héros qui ont dépassé les difficultés pour atteindre la normalisation », affirme le sociologue. Par contre le handicap psychique rentre souvent dans les médias audiovisuels par la porte du fait divers, contribuant à « criminaliser » des troubles comme la schizophrénie. Quant au handicap mental, il est très peu présent, la présentation de la météo par Mélanie, trisomique 21, semblant être une exception. « Le handicap peine à fournir des images à la télévision, le profilage esthétique règne à l’écran », conclut Mathieu Grossetête.

Cette tendance à l’héroïsation, une jeune femme en fauteuil roulant électrique dans la salle la dénoncera avec vigueur, après la diffusion du spot anglais « Superhumans », sorti à l’occasion des J0 de Rio. «Ne peut-on pas être juste nous-mêmes ? Nous n’avons besoin ni de la pitié du type Téléthon, ni d’être glorifiés ! Nous voulons juste être respectés, être acteurs. »

Cyril Douillet, ombresetlumiere.fr – 4 juillet 2017

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