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Olivier Delacroix : "J’ai mesuré à quel point la maladie mentale pouvait être douloureuse"

Mercredi soir, l’émission de témoignages "Dans les yeux d’Olivier" aura pour thème la maladie psychique. A l’occasion de cet épisode remarquable de justesse, nous avons rencontré Olivier Delacroix, son réalisateur-présentateur.

Pourquoi avoir choisi ce thème ? Au départ on voulait juste parler de la bipolarité, qui touche plusieurs personnes autour de moi. Puis on s’est aperçu que ce serait un peu redondant sur 90 minutes. On a décidé d’élargir et de traiter d’autres pathologies. Mais il a été compliqué de faire passer l’idée à France 2, par ce que l’on sait que les téléspectateurs ont un rapport compliqué à la maladie mentale. Cela met mal à l’aise, comme le fait de parler des personnes handicapées en général, d’ailleurs. Regardez le Téléthon : cela rapporte beaucoup, mais les émissions sont peu regardées ; les gens sont gênés. Dans notre jargon, on dit que c’est « segmentant » : le téléspectateur ne s’identifie pas forcément. Pourtant, la maladie mentale touche beaucoup de personnes. « Etre son pire ennemi », c’est ce qui caractérise les personnes malades psychiques ? On a eu des discussions sur ce titre, et pourtant il résume bien ce que nous disent les témoins. Mais c’est vrai que le mot « ennemi » peut choquer. La maladie mentale est souvent taboue et très douloureuse. A-t-il été difficile de réaliser cette émission ? Oui, il est difficile d’en parler en France. Il a été difficile de trouver des témoins. L’émission a une image de sérieux : chez nous, le voyeurisme, le « trash », le larmoyant n’ont pas leur place. C’est sans doute grâce à cette image qu’on a réussi à trouver quatre personnes qui ont accepté d’aller aussi loin pour se raconter. Parce que c’est compliqué de parler de sa pathologie, de ses TOC ; de dire que parfois on entend des voix. C’est compliqué de dire qu’on est un peu dingue, qu’il y a une maladie en nous qui fait que l’esprit n’est plus tout à fait maîtrisable…En échangeant avec ces personnes, je me suis aperçu combien je n’avais pas réalisé profondément combien c’était douloureux. Combien il faut du courage pour combattre cela. Je n’ai pas découvert ces difficultés, mais j’ai évalué autrement l’importance de la douleur, et combien cela peut paraître insurmontable à la personne à certains moments. Je pense à Youri, aux états qu’il m’a décrit lorsqu’il s’est retrouvé en hôpital psychiatrique, shooté aux médicaments, puis lucide sur ce qu’il lui arrivait et ce qu’il faisait vivre à son entourage… Qu’est-ce qui vous a touché chez les proches ? Vous montrez un couple qui se sépare, des conjoints qui restent fidèles en dépit de tout… Beaucoup de pères quittent le foyer lorsqu’un enfant est atteint d’un handicap. D’un autre côté, j’ai été touché par la dignité du mari de Fabienne, atteinte d’Alzheimer, fou amoureux, et souffrant devant l’inéluctable…. Il y a de l’espoir dans chacune des histoires, est-ce un parti parti-pris ? Non ! Dans nos émissions, on ne cherche pas le « happy end » à l’américaine ! Simplement, au fil des saisons de l’émission, de nombreux sujets graves et difficiles, on a réalisé que toute personne peut se transformer, développer des énergies insoupçonnées, s’en sortir quelle que soit sa situation. Pour nos quatre témoins, la maladie évoluera, mais elle sera toujours là, toute leur vie. Dans tout ça, ils se battent, développent une intelligence, un apprentissage d’eux-mêmes, une acceptation…Il y a une vraie lumière, y compris chez les proches. En tournant ce film, j’ai pensé aux autres, à tous les autres. Je me rappelle ce voisin schizophrène que j’ai eu il y a quelques années ; tout le voisinage s’était ligué contre lui. Personne n’essayait de comprendre. J’ai réalisé combien la maladie mentale fait peur ; les gens ne savent pas que ça peut être soigné. On imagine le pire, et pas la solidarité nécessaire. Moi j’ai établi un lien avec ce garçon, qui lui a fait du bien, et j’ai fait en sorte qu’on ne le fasse pas enfermer. J’ai été choqué par une émission de M6 l’an dernier, qui s’intitulait : Un an chez les fous les plus dangereux …Voilà l’image que véhicule la maladie mentale : des fous à enfermer ! Avec cet épisode, j’ai voulu contribuer à changer les choses, montrer que l'on peut vivre avec ce type de pathologie. Propos recueillis par Cyril Douillet L’avis d’Ombres et Lumière : Il fallait toute l’empathie et la délicatesse d’Olivier Delacroix pour recueillir ces témoignages sur la maladie psychique. Au-delà de la parole très authentique de Marion, bipolaire, de Fabienne, touchée par un Alzheimer précoce, d’Éric, atteint de TOC (troubles obsessionnels compulsifs), ou de Youri, schizophrène, l’intérêt de l’émission est de faire parler les proches : parents, conjoints, enfants, frères et sœurs, montrant bien que c’est toute la constellation familiale qui est atteinte. A travers ces expériences de vie éprouvantes, se dégage l’espoir qu’il est possible de vivre avec le handicap psychique, et pour l’entourage, avec la personne malade.CD Je suis mon pire ennemi, France 2, mercredi 21 octobre, 22h45

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